Tweeter ou bloguer ?

Valérie Boyer, députée UMP, pensait-elle réellement tweeter une citation de Montesquieu, avec la phrase suivante : « Le droit du sol est l’absurdité qui consiste à dire qu’un cheval est une vache parce qu’il est né dans une étable », et ne pouvait-elle prendre l’occasion de cet objet non identifié qui lui parvenait sur son iphone, pour revisiter les  écrits de l’auteur de l’Esprit des Lois, se demander si la notion même de droit du sol existait  chez Montesquieu, et s’il était la bonne personne  pour apporter de l’eau au moulin de ceux qui voudraient bouleverser notre droit d’accession à la nationalité et remettre en cause le droit du sol, dont Nicolas Sarkozy disait ” C’est la France”.

Si elle voulait prendre position sur le sujet, après bien d’autres, elle aurait pu  le faire de façon très prudente et circonstanciée, comme  JF Copé dans une interview à Valeurs actuelles, où il propose de limiter l’application du droit du sol,  dans des circonstances très précises, pour les clandestins, par exemple, que la république peut être amenée à reconduire hors de ses frontières, et dans ce cas, l’attribution de la nationalité à leurs enfants nés sur le sol français empêcherait  ladite mesure de reconduction de ces familles. On pense à Mayotte en particulier. Néanmoins, contrairement au Canada, où l’attribution de la nationalité est effective dès la naissance de l’enfant sur le sol canadien, l’attribution de la nationalité aux enfants d’étrangers nés en France, n’est effective qu’après un long séjour sur le sol français, au moins cinq ans, pour des parents qui disposent d’une carte de résidents sur la longue durée. Le dispositif juridique permettrait déjà de priver ces enfants de la nationalité, mais est-il pertinent d’expulser des familles, dont les enfants sont scolarisés depuis des années et le fait de les priver de nationalité rendrait-il les choses plus faciles ?

Cette proposition n’est donc qu’un coup d’épée dans l’eau, et masque l’impuissance à maîtriser en amont, les flux migratoires illégaux. C’est plutôt à une analyse des raisons de cet échec qu’il faudrait s’atteler.

On est néanmoins, encore, avec la proposition de JF Copé,  dans la continuité républicaine, sans rupture avec la loi de 1998, dernière retouche à la loi sur la nationalité, et ce n’est pas chez Montesquieu qu’il faut chercher une caution à un législateur tout puissant, capable d’opérer une rupture d’une telle ampleur qu’une remise en cause radicale du droit du sol (http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4278179)

Valérie Boyer aurait été bien inspirée de percevoir dans cette “citation” sans nuances, où il est question de ne pas mélanger les vaches et les chevaux, les relents de la rhétorique d’extrême-droite, et retenir son Tweet.

Aurélie Filippetti et son  « Soutien total à Frédéric Haziza,  dont les attaques ont des relans abjects d’avant-guerre”, n’a pas fait beaucoup mieux, en donnant une audience à une obscure pétition qu’il aurait mieux valu laisser circuler sur les réseaux d’extrême-droite, puisqu’on n’empêchera pas le Net de charrier toutes sortes d’immondices, plutôt que de l’exposer en pleine lumière, avec le point d’entrée, pour le grand public, d’une faute d’orthographe d’un ministre de la culture, professeure agrégée, de surcroit, alors que cette pétition, s’il fallait en parler,  posait un vrai problème de fond, masqué par le non-évènement de la faute d’orthographe du ministre.

Culte de l’immédiateté, hyperréactivité à  l’évènement, déclencheur d’un circuit réflexe quasi-spinal, où l’on prend avec frénésie des positions, comme un trader sur des “futures” ou des “options”, en pariant qu’elles seront payantes. L’indicateur est alors le nombre de “followers” qui vont ” retweeter” la petite formule de moins de 140 caractères.

A quand la cotation des émetteurs de tweets, à la bourse des mouvements de buzz, qui est, en politique, au mouvement d’opinion, ce que l’écume est à la vague.

On pourrait bien évidemment profiter de l’été pour se débrancher, en laissant ces pauvres politiques, à leur poursuite du vent, mais puisque notre président nous donne l’exemple, et reste lui-même mobilisé, en ce début du mois d’août, tentons de réfléchir au phénomène, avant d’être gagnés par la  torpeur de l’été.

Essayons-nous à une petite modélisation du fonctionnement d’Homo Politicus, le petit homoncule ( de sexe féminin ou masculin), qui s’agite sur les bancs de l’assemblée nationale, quand il n’a pas la chance de pouvoir poser lui-même une question au gouvernement,  lorsque les caméras de LCP sont allumées, et qui pianote sur son smartphone et tweete frénétiquement quand elles sont éteintes, en pensant ainsi gérer au mieux son patrimoine de visibilité, d’influence, peut-être..

Homo politicus, donc, dans un calcul utilitariste, semblable à celui de son homologue, homo economicus, chercherait  à maximiser son gain – multiplier les occasions de faire parler de lui – et minimiser ses risques, et de ce dernier point de vue, il est en permanence au bord du gouffre, puisqu’on ne compte plus ses congénères, happés par un sort funeste à l’occasion d’une parole malheureuse.

Il faut donc savoir gérer la parole immédiate, comme un montagnard au pied sur, saura parcourir un sentier de chèvres escarpé. Et il est vrai que le flot de ces petits tweets, allègres et vifs dans leur ton, anodins et vite oubliés quand ils tombent à plat, est tout à fait de nature à satisfaire l’aversion au risque de notre homo politicus.
Pourquoi ainsi se priver d’exister, à bon marché, si le public considère que cela suffit, même si c’est pour certains la seule manifestation visible de leur activité politique.

Au député tweeteur, je préférerais nettement le député blogueur, mais je dois dire que je n’en connais pas.
Imaginons l’ homo politicus titulaire d’un blog, tenant en haleine une grande troupe de followers, attendant avec impatience ses deux ou trois posts hebdomadaires. On lui connait une implication tranquille et de longue durée dans quelques sujets qu’ il a pu approfondir, et où l’on sait qu’il apporte une contribution et une expertise, au sein d’une commission parlementaire, mais on sait aussi qu’il ne se privera pas de prendre position sur tous les grands sujets, en apportant des argumentaires bien charpentés,  de plus de 140 caractères.

On l’imagine s’épancher longuement sur son blog, où il exposerait l’état d’avancement, par nature inachevé, de la réflexion à laquelle il se livre, avec ses collègues, pour parvenir à une bonne loi, voire pour parvenir à ne pas faire de loi. Il pourrait même, en confiance, s’avancer un peu et dire de quel coté penche sa préférence, au point où en est le débat parlementaire, quitte à en changer le lendemain ( de préférence), du fait d’éléments nouveaux, voire, on peut toujours rêver, si nous inscrivons, nous, ses ” followers”, sur son blog, une remarque pertinente, qu’il pourrait prendre en compte.

C’est cela la transparence à laquelle il faut appeler. Nous n’avons que faire de connaitre  le détail du patrimoine de nos élus, mais aimerions connaitre pour chacun(e) d’entre eux(elles), quelle est sa  sensibilité, quels sont ses conflits d’intérêt, ses attachements, connaitre le niveau d’information dont il(elle) dispose, sur les sujets qu’il(elle) a la possibilité de suivre, et connaitre les sujets qu’il(elle) n’a pas le goût de suivre,  les moyens qu’il(elle) se donne pour documenter sa connaissance des sujets, et les ressorts à partir desquels cet  élu se forge une opinion, le(la) laisser nous démontrer qu’il(elle) ose penser par lui(elle)-même, et n’est pas totalement déterminé(e) par une discipline de groupe. Nous aimerions le(la) voir nager à contre-courant et non pas faire la planche au  fil de l’eau. Avoir l’humilité de voir ses écrits, ses analyses, désavoués sur le fond par la poursuite des évènements, par le principe de réalité, ou par des mouvements d’opinion versatiles, qui vous situeront dans le camp de ceux qui ” étaient contre”, durablement, et qui sont supposés n’avoir pas compris le sens de l’histoire. Que voila pourtant une vraie prise de risque, qui va de pair avec le courage qu’on attendrait d’un politique, un homme ou une femme qui a de l’épaisseur, et il en existe un grand nombre, heureusement, mais il ne s’en trouve aucun pour parier sur la maturité des citoyens, et mettre en pratique cette transparence-là.

Tweeter ou  bloguer, le choix des politiques est clair, malheureusement.

Etre de droite ?

Production intense cet été dans la revue ESPRIT sur les sujets de fond de notre vie politique, dans le numéro de juillet,  intitulé «Contre les maîtres à penser» et en août-septembre «A quoi servent les partis politiques ?»,  dont je ne saurais trop conseiller la lecture. Si on rajoute à cela la rediffusion le samedi 1er août de l’émission «Répliques» d’octobre 2012, d’Alain Finkielkraut, sur «qu’est-ce qu’être de gauche ?», avec Marcel GAUCHET et Jacques JULLIARD, il y a de quoi réfléchir à la chose publique cet été.

Je ne retiendrai que quelques points de cette riche production d’idées et d’analyses, ramassée en deux revues que chacun peut se procurer et en une émission qu’il est facile de podcaster, et que tout militant de la chose politique pourrait consulter pour son plus grand bien.

Je voudrais en effet, à partir de ce que je lis et entends, garder le fil conducteur de mes posts précédents, et continuer à plaider pour le débat au sein de l’UMP, pas le débat auquel on nous convie régulièrement, pour « valider » les projets des chefs, mais le débat, en tant que procédure et méthode constitutive de l’appartenance à ce parti, ce qui me semble, disons-le, tellement à l’opposé de la culture politique de l’UMP, qu’il s’agirait d’un véritable aggiornamento, que François FILLON me semble à même de porter, et qui pourrait constituer pour lui une façon de prendre l’initiative.

Il ne faut pas se cacher la crise profonde que traverse l’UMP, qui ne se limite pas à la crise de ses finances, et la troupe des militants-donateurs – 100 000 militants sur 250 000 adhérents à jour, et les deux tiers des députés seulement, nous dit-on ! – (plus un député socialiste), ne doit pas faire illusion sur l’absence de visibilité et la perte d’influence dans l’opinion du parti qui a porté la grande aventure de 2007.

C’est une évidence que l’UMP – ou un courant en son sein – doit maintenant clore une période révolue, en faire le bilan et reconstruire une nouvelle gouvernance pour le parti lui-même – ou pour un courant en son sein –  à partir d’une base élargie de militants.
Etre militant, en effet, ce n’est pas fréquent, l’inscription sous la bannière d’un parti politique ne concerne que 1 à 2 % de la population, et cela dans tous les pays d’Europe. Ces temps derniers, il faut même s’accrocher pour ne pas rejoindre la troupe des agnostiques et sceptiques, en considérant que, décidément, il n’y a plus à attendre grand-chose des partis politiques.
Au sein de ces quelques dizaines de milliers de personnes, qui se situent par un acte volontaire à l’intérieur d’un parti, la disparité des situations est frappante, Continue reading “Etre de droite ?”