François Fillon renverse la table

Comment interpréter les propos de François FILLON, réitérés vendredi soir à NICE, dont j’ai retenu personnellement qu’il renvoyait dos à dos les sectaires des deux camps – et l’adjectif sectaire n’est pas usurpé à la lecture des réactions de Jean-Vincent  PLACE, sur le mode de la mise en scène d’une «  personne comme ça, dont on dit qu’elle (est) un peu irrésolue et mollassonne », qui aurait « écouté les mauvais conseillers », et « là, il ne durcit pas le ton, il passe une ligne qui est scandaleuse »  ou de Gilbert COLLARD, en marge de l’université d’été du FN ( un haut lieu où souffle l’esprit) «  ces danseurs de tango nous amusent avec leurs petits pieds aux souliers vernis qu’ils glissent, comme un grivois, sous la table ». On a  vraiment  envie d’être dirigés par des hommes politiques qui instrumentalisent leurs adversaires politiques comme de petites marionnettes, dont ils connaîtraient les ressorts  et les turpitudes, et qui distillent leur rhétorique haineuse, truffée de « bons mots », ou de formules qui sentent la transpiration d’extrême-droite ou la bonne vieille hargne  recuite de gauche.

La petite phrase de François FILLON a constitué un «  stress test » pour le monde politique français. Les opportunistes du centre ont cru voir leur horizon s’éclaircir. Hervé MORIN, ancien ministre de François FILLON, prêt à toutes les bassesses et à tous les excès pour monter sur l’estrade médiatique, où il n’a pas grand-chose à dire, y voit le signe que « la décomposition de l’UMP n’est pas terminée ». Quant à Jean-Louis BORLOO, il se gonfle comme la grenouille de la fable de La Fontaine, et ne rêve plus que d’une alliance avec le prince d’aquitaine à la tour abolie,  François BAYROU, dont la machine à paroles s’est pourtant tarie depuis des mois.
François FILLON est donc « irrésolu », comme le signale Jean-Vincent PLACE. Il présente tous les signes de la délibération intérieure, et il est manifestement en position d’infériorité en face de ceux qui dégainent dans la seconde le mot définitif, qui campe l’homme de caractère, celui qui possède les ressources inépuisables d’une pensée par stéréotypes et simplifications.
François FILLON est «  mollasson », car il a tous les signes d’une maladie déjà répandue chez les anciens grecs, nommée alors la Phronésis, la modération dans l’expression, la prudence dans l’action, alors que la norme au sein du personnel politique est  l’Ubris et la démesure, la mise en scène du « Je », quand on est au pouvoir, et l’agitation forcenée pour faire du sur-place. C’est la  devise du paraître, du faire semblant d’avoir une prise sur ces évènements qu’on ne comprend pas, et auxquels on ne s’est pas préparé à faire face, tout occupé qu’on était,  dans l’opposition, aux polémiques et aux attaques ad hominem. On fait semblant de diriger, d’un air martial, mais on est en privé, sur le mode du « Ces choses nous dépassent, feignons de les organiser ».

François FILLON  a mis sur la place publique un conflit cognitif – n’est-ce pas la transparence à laquelle on appelle les hommes politiques ?

Jérôme FOURQUET situait la divergence de sensibilité entre l’électorat de l’UMP et celui du Front National, sur le terrain des grands équilibres économiques, de la compétitivité du pays, de la réduction des déficits, soucis manifestés par les membres de l’UMP, et pas par ceux du Front National. Ce sont ces thèmes, déterminants pour l’avenir du pays, que doit porter François Fillon, en homme d’état, et il ne lui sera pas difficile de se démarquer des propositions du Front National.

En revanche, dans un article d’ATLANTICO *, le même Jérôme FOURQUET montrait la grande fongibilité des frontières politiques entre les  électorats de l’UMP et du FN, et l’approbation de listes communes aux municipales chez 40 % des adhérents de l’UMP.

Un mouvement qu’on pourrait qualifier de viral se développe sous nos yeux, comme en témoigne par exemple le succès de la page Facebook de soutien au bijoutier niçois, qui a tiré sur son braqueur, en même temps que le constat de l’impuissance publique en matière de sécurité, amène des pans entiers de la population à se radicaliser.

On peut déjà augurer que la consigne du “ni Front républicain-ni alliance avec le FN”, qui équivaut finalement à un vote blanc, ne va pas satisfaire l’électorat de l’UMP, qui ne va pas rester bien sage sous la houlette de Jean-François COPE.
Il ne faut donc pas renoncer à rallier les hommes et femmes de bonne volonté, à des propositions positives, qu’il faut s’atteler à formuler, plutôt que de rester dans la position du «  joker », coincé entre les visions idéologiques de la gauche, telles qu’elles transparaissent dans le projet de loi pénale, et la « charte en dix points », du FN, dont on n’ose imaginer le contenu, à laquelle devrait se plier l’homme politique de droite qui voudrait rallier sur son nom les suffrages des électeurs du FN.

Un homme d’état tel que François FILLON  doit se faire entendre sur ces sujets, avec des propositions fortes. Il ne s’agit pas de renforcer les clivages sur sa droite ( exclure les électeurs du FN), mais de créer par la qualité de ses propositions et par son engagement personnel sur ces sujets, un pôle d’attraction, qui lui permette d’appeler à l’union de part et d’autre de cette  frontière,  des moins sectaires ( c’est-à-dire, clairement, de ceux qui s’affranchiront de la logique des appareils politiques  et jugeront ses propositions sur pièce)

On attend maintenant dans le clan FILLON,  le débat  sur la sécurité des personnes et des biens, qui doit faire suite au coup de force de François FILLON, qui vient de renverser la table.

*http://www.atlantico.fr/decryptage/t-aime-moi-non-plus-pourquoi-question-avenir-ump-et-fn-se-pose-autant-en-termes-alliances-potentielles-que-luttes-mort-jerome-fo-841776.html