Demandez le programme

L’UMP réunissant à la même table, Jean-François COPE, Jean-Pierre RAFARIN et François FILLON, c’est déjà en soi un spectacle réjouissant, et il ne faut pas  bouder notre plaisir.

A défaut de se trouver un chef, on s’occupe à rédiger un programme, disent les méchantes langues. On entend également que ce «programme» est en fait une façon détournée de se livrer à un inventaire du précédent quinquennat, tant il est vrai que le simulacre du 17 octobre 2013 a laissé des frustrations dans bien des esprits. En guise de bilan-Sarkosy, nous avions eu la formule d’anthologie de JF COPE « la lucidité, c’est de reconnaître les succès du quinquennat ».

Programme-diversion, donc, ou programme-rattrapage ?

Le programme de l’UMP, nouvelle mouture, mené par le délégué général au programme, le même Hervé MARITON, qui était déjà le « pilote » de la magnifique journée du 17 octobre, ne se présentait  pas sous les meilleurs auspices.

Comment prépare-t-on un programme ?

On tente tout d’abord de ne pas entendre  la  petite musique qui vient de la rue de MIROMESNIL, et qui nous susurre «  si tu penses qu’on est élu en proposant d’abolir les 35 heures et de mettre la retraite à 65 ans, ce que tu te goures, fillette, fillette, ce que tu te gou-ou-res ».
Nous sommes prévenus de la destination  dudit programme, au cas où Nicolas ferait son retour.

Allons-y tout de même pour le programme, et tournons-nous d’abord vers les think-tanks.

Selon un principe taylorien de division des tâches, ce n’est plus que du sein de ces cercles d’experts-notables que sortiront  les idées d’où viendra  le salut du pays. Et par ailleurs, il n’y a guère que d’eux qu’on puisse attendre qu’en trois réunions de travail, on obtienne l’objet miraculeux, bien charpenté et percutant dès son sommaire, qui va redonner une colonne vertébrale à la pensée ectoplasmique et sans forme du grand parti de gouvernement auquel nous apportons pourtant nos suffrages, fidèlement.

Consulter les militants, en organisant une exposition publique, sur le web, pour voir si, de leur poste de vie, tel ou tel citoyen pourrait déceler une malfaçon dans cette belle mécanique, n’y pensez-pas.
Pour autant, rassurons-nous, cet objet céleste n’aura pas à subir la désintégration d’une rentrée dans l’atmosphère, puisqu’il ne s’agit pas d’un programme de gouvernement, et qu’il n’atteindra pas la terre ferme. Pour ceux qui l’auraient oublié, nous ne sommes pas au gouvernement (soupir).

Il ne s’agit donc, peut-être, que de «donner des orientations », ou jouer devant l’opinion un «virtual game », un divertissant jeu de plate-forme, qui pourrait concurrencer tous ces jeux vidéo qui inondent nos magasins en ces périodes festives.

C’est au sein du think-tank « Génération entreprises-entrepreneurs associés », associant des parlementaires et des chefs d’entreprise, qu’on est allé chercher 20 propositions percutantes, chiffre rond qui sonne bien, qui laisse augurer quelque chose de neuf et de complet, pour « éclairer l’avenir » des français.

On a bien écouté  Jean-Michel FOURGOUS, maire d’Elancourt, porte-parole du Think-tank, et Oliver CARRE, député du LOIRET, nous expliquer que la « situation avait radicalement changé », et que les « mesures » que nous n’avions pas prises au cours du quinquennat précédent s’imposaient maintenant. Veulent-ils nous indiquer que la gravité toute particulière de la situation économique, et le choc provoqué dans l’opinion par la descente aux enfers de l’économie française, a suffisamment préparé les esprits à des «mesures » que nous n’avions pas eu le courage de mettre en œuvre il y a peu de temps, à un moment où elles auraient été plus productives et moins douloureuses ?

C’est donc tout de suite, qu’il faudrait passer à 45 ans de cotisations et retarder l’âge de la retraite à 65 ans ? Pourquoi  ne pas supprimer aussi les avantages des régimes spéciaux des fonctionnaires ?  Annuler le différentiel de CSG des pensions de retraite ? Revoir les modalités de réversion de pension pour les conjoints survivants, qui sont trop favorables pour les hauts revenus, alors que les besoins du conjoint survivant ont diminué ?

Après le débat sur la réforme des retraites, mené dans tous ses retranchements sous la houlette de Eric WOERTH, dont je garde la nostalgie comme d’un excellent chef de projet, et avec toute la richesse des notions accumulées pendant cette période, l’énoncé « 45 ans de cotisations et 65 ans pour l’âge légal » est une régression, disons-le. Il était possible de faire plus créatif.

Ce que nous avons appris de cette période de débat sur la réforme des retraites, c’est que la brutalité de mesures générales, doit s’accompagner de mesures d’accompagnement des personnes. C’était, par exemple,  le débat sur la pénibilité, sur les emplois précaires. Les mesures difficiles ont également besoin d’un horizon de temps, permettant une adaptation progressive des acteurs sociaux aux changements demandés, étalée dans le  temps. Enfin, il faut un horizon de sens, seul apte à mobiliser les français à qui on pourrait demander d’immenses sacrifices, pourvu que ceux-ci soient perçus comme justes et utiles pour l’avenir du pays. Tout cela n’est pas même ébauché dans le programme de l’UMP.

Le programme, appelons-le plutôt projet de l’UMP,  toujours remis sur l’ouvrage, pourrait être le moyen de coller à la réalité sociale et économique du pays et de se projeter dans ses responsabilités futures. Un grand parti d’opposition, démocratique,  pourrait se permettre d’ouvrir des options, de les discuter dans toute leur complexité, de faire vivre le débat en son sein, sans se presser de le clôturer, en se donnant l’opportunité de créer un véritable mouvement d’opinion,  autour de  militants et sympathisants , en ordre de bataille et de militantisme, bien avant les échéances de 2017. Hélas, ce n’est pas cette option qui a été choisie.

Le programme de l’UMP propose également  l’abolition des 35 heures  et de toute référence à une durée légale du travail, en dehors d’accords de branche.  Certes, le consensus progresse dans l’opinion sur le fait que  les 35 heures n’ont pas fait progresser l’emploi, et constituent au contraire un carcan pour les entreprises, y compris  dans la fonction publique, dans  les hôpitaux,  par exemple. En densifiant la journée de travail, les 35 heures n’ont pas contribué à améliorer la qualité de vie au travail. Tout cela, nous le savons.

Pour autant, Il est  dramatiquement erroné de penser que l’intensité de la crise suffit, seule, à faire œuvre de pédagogie, et puisse mener les français à accepter la brutalité de mesures technocratiques sèches, comme de tirer un trait sur ce qui est devenu une composante importante de leur style de vie. Cela n’est acceptable que si l’on fait la démonstration formelle que l’abolition des 35 heures, accompagnée d’ autres mesures, au sein d’un dispositif convaincant d’amélioration de la compétitivité des entreprises, permettrait  la « création d’un million d’emplois », comme le proclame le MEDEF, proposition ou scénario  qu’il faut prendre au mot, en ébauchant un canevas  de  contrat tripartite, entre l’état et les partenaires sociaux, autour d’objectifs quantifiés, formant un “paquet pour l’emploi”, associant sacrifices et gratifications.

C’est cette mécanique qu’il faudrait s’atteler à décrire plus avant pour être crédibles, en rentrant dans le concret des propositions,  par exemple,  l’augmentation du temps de travail des fonctionnaires, d’une heure par semaine, proposée par Agnès Verdier-Molinier, qui permettrait, selon elle, d’ «économiser 375 000 postes de fonctionnaires »,  et qui, inscrite dans le paysage global de ce programme,  aiderait à l’acceptation du sacrifice des 35 heures par les salariés du privé, en même temps qu’il s’agirait  d’ un moyen concret, avec beaucoup d’autres possibles, sans doute, de créer des ponts entre des sujets liés, ici amélioration de l’emploi et réduction de la dépense publique.

Faut-il, en effet, comme le propose Bertrand Martinot dans son livre ” inverser la courbe du chômage”, gager la réduction de la taxation du travail sur la réduction de la dépense publique ?

Et s’il s’agit de  faire des propositions pour réduire la dépense publique, il ne suffit pas, d’avancer un objectif chiffré, de baisse de  la dépense publique de 5 % par an, comme dans le programme de l’UMP, si on ne nous donne comme outil que la défunte RGPP, qu’on étendrait à la fonction publique territoriale.  A-t-on tiré l’enseignement des limites de la RGPP, qu’il aurait fallu  faire évoluer vers une réforme profonde et structurelle de l’état, comme le réclament de plus en plus de voix, même à gauche, par exemple, les GRACQUES, qui en font un horizon de salut pour notre pays.

Nous avons dix points de PIB de dépense publique à diminuer pour rentrer dans la médiane des pays développés, et la contribution de l’UMP sur ce point est disons-le, insuffisante.

Comment mener la baisse de la dépense publique, et en même  temps élaborer un dispositif pour prendre à bras-le-corps le problème de cette hydre administrative, de ce rouleau compresseur des 400 000 normes technocratiques, qui nous étouffent. Un vrai choc de simplification administrative, et pas le simulacre mené en son temps par Edouard Balladur, ou par François HOLLANDE actuellement, qui «  attend les propositions du corps préfectoral » depuis des mois, accréditant l’image d’une France sur-administrée et sous-gouvernée ?

Et si nous n’avons pas la possibilité de trouver les moyens concrets et immédiats de cette baisse de la dépense publique, et qu’il faut quand même agir sur la compétitivité de l’économie française, il faudra se résoudre à un transfert massif de charges des entreprises vers les particuliers. Le renforcement des prélèvements sur la consommation, en clair la hausse de la TVA serait affectée au choc de compétitivité et non pas à la baisse des impôts des particuliers. Et dans ce cas, peut-on promettre raisonnablement une baisse des impôts ?

C’est à cette compréhension des enjeux cruciaux pour l’économie de notre pays  qu’on aimerait que l’UMP nous convie  dans son programme. Son objectif véritable devrait être de réveiller la base militante, de nous rendre plus intelligents.