Ce serait bien de passer à l’acte, monsieur Hollande

Et si l’innovation, dont on nous parle comme du Saint-Graal pour sauver l’emploi n’était pas la belle histoire qu’on veut nous présenter, mais un chemin semé d’embuches ?
Selon une étude publiée par des chercheurs d’OXFORD et citée par THE ECONOMIST,   47 % des emplois tertiaires, considérés comme relativement sophistiqués, nécessitant une expertise, à l’opposé des tâches routinières et facilement automatisables de certains emplois industriels, sont susceptibles néanmoins de disparaitre dans les deux prochaines décennies, remplacés par des programmes informatiques, qui feront mieux que l’homme, avec des algorithmes complexes, et surtout, grâce à  l’accès au « big data ». La conduite d’une automobile dans la circulation new-yorkaise n’était-elle pas considérée il y a encore dix ans comme l’exemple même de ce que ne pourrait pas faire une machine avant longtemps ?
Nous ne sommes pas assurés de voir se reproduire les schémas du passé, où l’innovation, détruisant certes des emplois, comme les métiers à tisser en Angleterre au 18 ème siècle, amenait des gains de productivité et de nouveaux types d’emplois. Il s’agit, de nos jours, pour les machines, de s’emparer du «  Brain Work »,  la valeur ajoutée humaine se trouvant  ainsi limitée comme peau de chagrin, à des fonctions de haute créativité, avant que ces tâches mêmes ne soient colonisées par les computers. Nous sommes  engagés dans une course entre l’éducation des jeunes générations, (présentée comme la panacée pour relever les défis économiques de demain), et le progrès technologique, qui pourrait bien prendre une longueur d’avance et laisser les jeunes les mieux éduqués hors de l’emploi.

Il n’y aurait bientôt plus de place que pour les professeurs de yoga et pour les activités du «  care », vision ébauchée par  Martine Aubry il n’y a pas si longtemps, et qui semblait carbonisée par la conjoncture économique, mais qui pourrait bien faire son retour dans quelques décennies. Le parti socialiste n’aura plus qu’à ressortir ses vieux dossiers pour préparer l’alternance, avec un troisième François..

En attendant, on peut retenir de cette réflexion d’un journal « libéral », deux enseignements pour aujourd’hui.

Le premier est la formation des jeunes générations, où les pistes proposées sont un renforcement des premiers apprentissages, en âge préscolaire, où se forme l’agilité intellectuelle des enfants, et,  pour la suite de leur parcours scolaire, mettre en premier le développement de l’esprit critique, plus que la conformité à des objectifs d’apprentissage de masse, et développer les jeux pédagogiques sur ordinateur, susceptibles de renforcer les talents nécessaires pour ce futur où l’interface avec les machines sera tout à fait déterminant dans les emplois de demain.

Par ailleurs, le fait de disposer des moyens d’automatiser une tâche ne veut pas dire qu’on a intérêt à le faire. Le rédacteur cite les usines NISSAN, au Japon, qui ont poussé l’automatisation à l’extrême, et les mêmes usines NISSAN en Inde, où une place beaucoup plus importante est laissée à des emplois manufacturiers, du fait de leur coût bien moindre qu’au Japon.
Dans les process  manufacturiers, la part du coût de la main-d’œuvre est de moins en moins élevée, et l’avantage concurrentiel des pays à faible coût de main-d’œuvre s’amenuise, tandis que prennent  le relais les facteurs d’environnement, au sens large, qualité des  infrastructures, coût de l’énergie, proximité des marchés, climat des affaires, compétences disponibles, qui deviennent, y compris en Chine, déterminants pour la localisation de la production.

Si nous voulons relocaliser la production en France, comme le proclame le ministre du redressement productif, sur quels leviers pouvons-nous agir ?
Modifier le positionnement de nos produits, qui ne sont pas placés suffisamment haut dans la gamme de qualité, et agir sur tous les autres facteurs dits de «compétitivité hors prix », arguments utilisés par François Hollande au cours de la campagne présidentielle. Rappelons nous l’antienne, ce ne sont pas les charges des entreprises qui posent problème, mais le positionnement moyenne gamme de nos produits.
Il y avait une erreur sur l’horizon et sur la séquence. Pour dépenser plus en R&D, et augmenter la qualité de nos produits, il faut des profits, lesquels ne viendront que de la diminution des charges et de la restauration des marges des entreprises, qui sont historiquement basses. Ensuite, il faut du temps, de  la détermination, et enfin, la stabilité des règles fiscales, car les segments de marché des produits haut de gamme ne sont pas faciles à pénétrer. La concurrence y est féroce. Les effets visibles d’une politique de soutien des entreprises ne seraient visibles qu’après le quinquennat.

Diminuer les charges des entreprises, c’est à court terme, augmenter la pression fiscale sur la consommation, et, si on veut éviter que celle-ci soit insupportable, et risquer ainsi un choc négatif sur la demande, il faut, à marche forcée, diminuer la dépense publique. In fine, il faut gager la diminution des charges sociales des entreprises sur la diminution de la dépense publique.

Commençons donc par diminuer les charges des  entreprises, pour restaurer leurs profits, et fléchons les investissements vers la recherche (mais au fait, n’est-ce pas ce qu’on appelle le crédit-impôt-recherche ?). C’est en franchissant un ” gap technologique”, en investissant dans  un outil de production industrielle innovant que l’on rattrapera le retard et l’obsolescence de l’outil industriel français et que nous restaurerons un avantage concurrentiel sur nos voisins allemands, et leur parc industriel flambant neuf.

Les profits sont la source des investissements, desquels découleront les emplois de demain. Le processus mettra des années, et son impact sur l’emploi n’est pas à attendre avant quelque temps. Car ou bien les entreprises sont en position de conquête des marchés, et l’emploi ne viendra qu’en conséquence d’un investissement parvenu à maturité, et d’un carnet de commandes en progression, ou bien les entreprises se laissent ligoter par des engagements de maintenir ou de créer des emplois non productifs, autre façon de tomber à nouveau dans la trappe de la non-compétitivité et de poursuivre la destruction du tissu productif.

Laisser penser que les effets sur l’emploi d’un allègement de charges prévu dans tous ses effets pour 2017, date du transfert accompli des cotisations familiales des entreprises vers les ménages, seront visibles en 2014,  et pourquoi pas avant les élections municipales, c’est un exercice d’anticipation politique, un “effet d’annonce”, qu’on a rarement poussé autant dans ses retranchements, un procédé usé jusqu’à la corde, et qui laisse transparaître dans toute sa nudité, le conflit d’intérêt, voire le divorce  entre celui qui gouverne la France, en recherchant déjà la formule d’une réélection sur un mensonge,  et l’intérêt du pays.

Toute cette communication sur les ” contreparties” demandées aux entreprises est un laborieux exercice d’un président qui s’obstine à jouer à contretemps, et qui traîne le boulet de son agenda de réélection, avant d’avoir commencé à agir.

Il espérait, comme ses prédécesseurs,  que tout le travail serait fait par la croissance, et j’invite à ce sujet à la lecture dans le Monde Week-End, de l’article sur les relations entre le président Nicolas Sarkosy et François Fillon, au cours du quinquennat, pour comprendre que le seul homme politique qui porte réellement dans ses gènes la nécessité de la réforme du pays  avant celle de sa survie politique personnelle, c’est François Fillon.

Le seul levier, accessible immédiatement, qui n’attend plus que la petite main incertaine de notre président pour l’actionner, c’ est donc  la baisse du coût de la main-d’œuvre, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit quand on veut décharger les entreprises des cotisations d’assurance familiale.

Néanmoins, s’il s’agit,  a minima, de remplacer le CICE par la suppression des cotisations familiales, (http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/01/15/mais-au-fait-c-est-quoi-les-cotisations-familiales_4348485_823448.html). nous n’allons certes pas pleurer cette usine à gaz malformée qu’était le CICE, dont le premier bénéficiaire était LA POSTE, et au moins l’aide gouvernementale aura-t-elle le mérite d’être fléchée plus clairement vers la réduction du coût de la main-d’œuvre, pour toutes les entreprises, qu’elles soient bénéficiaires ou non.

Mais, par rapport à la situation d’asphyxie actuelle des entreprises, ce fléchage plus lisible des réductions de charges sociales, qui ne se traduirait que par une diminution marginale de 15 milliards d’euros, ne sera pas suffisant pour restaurer les marges des entreprises, et sauver celles qui sont au bord du gouffre.

Les organismes internationaux le mentionnent avec de plus en plus d’insistance, il faut réformer le marché du travail en France. Les affreux patrons,  à DAVOS, dont les investissements en France sont néanmoins bienvenus, voient dans le code du travail un obstacle aux investissements dans notre pays, relayant l’appel des patrons des entreprises étrangères installées en France, mentionnant leurs difficultés à défendre la destination France pour les investissements de leurs entreprises.

Lancinant problème du salaire minimal, trop élevé en France, et concernant trop de personnes au sein des entreprises. Faut-il le diminuer de quelques points et compenser par un revenu de substitution alloué par les pouvoirs publics, mettant en place un « édredon », de mesures compensatoires, accès aux produits de consommation de base, gratuité des transports,  prestations compensatoires diverses, l’effort étant réparti entre  l’état et les collectivités locales. Définir le seuil de déclenchement de ces mesures. Tout cela n’a rien à voir avec un libéralisme effréné, s’il s’agit de sécuriser les travailleurs pauvres, et de maintenir, voire améliorer leurs standards de vie, en améliorant leur accès au travail. Vaut-il mieux, pour un jeune qui débute, un stage non rémunéré, ou un emploi payé moins que le SMIC, mais dont il peut faire état comme d’une première expérience professionnelle ?

Je crains que seule une TROÏKA de créanciers prenant   les commandes d’un pays asphyxié  par sa dette ne soit en mesure de faire en France ce qu’on fait nos voisins, mais ce sera dans la douleur et l’humiliation.

En attendant, il faut faire ce que nous pouvons faire, ce que peut faire un président sub-normal,  et en finir avec l’inaction. Il faut donner corps à ce autour de quoi tourne le président, en paroles, le choc de compétitivité de son ami GALLOIS, la réduction de la dépense publique (les « économies »), le transfert des charges des entreprises vers la consommation des particuliers, tout ce qu’on a entendu dans sa bouche, et qu’il s’est acharné à étouffer dans l’édredon de son indécision.

Hélas, le bruit de fond des médias de gauche, dénonçant les glissements du président vers la social-démocratie, bientôt le social-libéralisme, occulte une réalité aveuglante : Il ne s’agit pas de jouer sur un nuancier idéologique, mais de réalités économiques qu’il faut prendre à bras-le-corps, et qui n’ont que faire des commentaires byzantins de journaleux attardés et provinciaux.

Derrière tout cela, hélas,  il y a de solides conflits d’intérêts du président et de son parti, de solides intérêts à défendre ses mandants,  la classe des titulaires de l’emploi à vie, les insiders de l’emploi public, qui agitent leurs drapeaux idéologiques et mettent en avant leurs « valeurs » et notre « modèle social », prétendant défendre l’intérêt général.

Répugnant ragoût servi par David REVAULT D’ALLONNES dans le Monde, où l’on explique au public de gauche, désorienté par ce « changement de cap », que ce n’en est pas un, qu’il ne s’agit en fait que de préparer les prochaines élections, et de nous dire que le président «  est en campagne », et qu’il n’est « jamais aussi bon que lorsqu’il est en campagne », car, ce qui compte, ce n’est pas l’état du pays, c’est le maintien de cette petite troupe dans les palais nationaux, derrière le rideau de leur communication dévoyée, de leur mensonge.