Réduire le coût du travail

Les déclarations de Carlos GOSHN au grand jury RTL nous mettent du baume au coeur. La désindustrialisation n’est pas une fatalité. Ce qui constitue l’obstacle numéro un, selon lui, n’est pas la durée du travail, ou la fiscalité, mais le coût du travail.

La conclusion qu’on pourrait en tirer, est qu’il faut accentuer le transfert de charges des entreprises vers la consommation des ménages, ce qui est déjà entamé, et réduire la dépense publique, ce qui n’est pas gagné.  Ces nécessités impérieuses surviennent néanmoins au plus mauvais moment, comme l’écrit Yves ZLOTOWKI, économiste à la COFACE, dont les propos sont repris par Les ECHOS : ”  L’exemple de la zone euro, montre que mener des réformes structurelles en bas de cycle, en rendant plus flexible le marché du travail, plus concurrentiel le marché des biens et services ou en baissant la taxation des entreprises par exemple, peut être dangereux… Le risque est d’aggraver la déflation à court terme”.

Ce point de vue est renforcé par une étude de l’OCDE datant de 2012 : ” Les effets bénéfiques des réformes du marché du travail ( telles que celles du système d’assurance-chômage ou de la protection du travail) se matérialisent surtout dans des situations de croissance économique, alors qu’une détérioration des performances à court terme peut survenir lorsqu’elles sont appliquées en période de ralentissement économique”.

Tous les pays européens, au moins ceux du Sud, sont dans la même dynamique de baisse du coût du travail et  réduction des dépenses publiques, dans une conjoncture dégradée, et au sein d’une zone euro où l’on s’interdit tout soutien monétaire à la conjoncture.

Si la France ne se joint pas à ce mouvement, nous allons perdre en termes de compétitivité et de parts de marché.

C’est donc le moment, pour l’europe, et pour l’Allemagne, de prendre le relais des facilités monétaires que la FED a le projet d’interrompre. Ce n’est pas gagné d’avance, car cela signifie vaincre l’aversion de l’Allemagne pour le risque inflationiste ( qui n’est pas d’actualité), et convaincre la BCE de déroger à ses règles statutaires, en pratiquant largement le quantitative easing que, strictement, la conjoncture monétaire ne lui impose pas.

Un pacte de responsabilité entre les pays européens du Sud ( la France inclus) et la BCE pour accompagner de vraies réformes de structure par une aide monétaire ?

Réduire les dépenses de santé

L’assurance-maladie serait un des principaux «gisements » pour trouver les 50 milliards de réduction des dépenses publiques, nous dit Le Monde, dans sa livraison du 14 février.

Fait suite à ce propos, un diagramme (camembert), montrant la répartition des postes sur lesquels a porté la réduction de dépenses de santé, sous la droite (2009-2012) et sous la gauche (2013-2014). Les braves petits journalistes-militants du Monde ne peuvent s’empêcher de tenter le clivage dans leur titre « la Droite fait participer les patients, la gauche les épargne ».

Il faut s’arrêter un instant sur cette affirmation, et examiner en quoi ce qui est à l’étude aujourd’hui «épargne les patients». Ce qui est proposé pour les diabétiques insulino-dépendants, nous dit-on, ce serait une « autorisation administrative » pour les soins infirmiers à domicile des patients diabétiques, qui reçoivent la visite d’une infirmière, trois ou quatre fois par jour pour surveiller leurs constantes ou leur administrer l’insuline. Qui va fournir la prestation de surveillance de ces innombrables prescriptions des médecins traitants, sinon le corps des médecins-conseils, qu’il faudra sans doute renforcer. Qui va se retrouver à l’hôpital avec une hypoglycémie, ou voir progresser les complications de son diabète, sinon le patient lui-même, chez qui l’enjeu des soins à domicile est précisément d’éviter une dérive vers des complications menaçantes et une prise en charge hospitalière coûteuse. Quel schéma mental est à l’œuvre derrière ce dispositif de renforcement du flicage, coûteux et inefficace, sinon la suspicion d’un conflit d’intérêt entre les médecins et les infirmières à domicile, qui ne se connaissent pas, le plus souvent, et chez qui le « compérage » ( terme de la déontologie pour qualifier des pratiques d’adressage délictueux entre professionnels de santé) n’est plus à craindre à l’époque des déserts médicaux. Quelles économies attendre d’un tel dispositif ? très incertaines.

La bonne approche, en revanche, serait de développer l’éducation thérapeutique, d’apprendre l’autonomie aux patients, pas à pas, avec un « filet de sécurité », qui ne serait pas l’hôpital, mais peut-être un organisme de télémédecine, à partir de capteurs électroniques sur les patients,  ou à l’aide d’une ” Hotline”, où l’on pourrait faire appel à un « coach » de santé, à toute heure, au lieu de se précipiter à l’hôpital. Toutes ces innovations coûtent plus qu’elles ne rapportent, à court terme.

L’autre piste est l’hôpital, que la gauche, nous dit le Monde, « préserve depuis son arrivée au pouvoir ». Il faut dire qu’avant l’arrivée de la gauche, les hôpitaux étaient «dans la seringue », avec la machine infernale de la convergence tarifaire. Le principe en est simple, et repose sur le constat que pour un séjour hospitalier d’un patient nécessitant des prestations semblables (une appendicectomie, un accouchement), le différentiel de coût entre les hôpitaux publics et les établissements privés (les cliniques) pouvait varier dans des proportions significatives. Il était tentant d’attribuer à tous les établissements, un même forfait pour un séjour hospitalier dont la prestation de soins serait semblable, autour d’un système de comptabilité de l’activité et de facturation à l’assurance-maladie inspiré des DRGs américains. C’est ce qui a été fait, avec le PMSI (programme de médicalisation des systèmes d’information) et l’établissement des GHS (Groupes Homogènes de Séjour).
Imaginons un hôpital, dont les coûts fixes sont importants (salles de bloc opératoire, personnels de soins),  et dont l’activité serait insuffisante pour couvrir tous ces coûts avec son niveau d’activité (taux d’occupation insuffisant). Au bout de plusieurs exercices déficitaires, et si la tendance ne se corrige pas, la conclusion qu’il faudrait tirer de cette comptabilité analytique implacable, c’est de décider la fermeture d’un équipement de soins «non rentable », et organiser les filières d’adressage des patients concernés vers un hôpital plus important, qui aurait quant à lui la « taille critique ».

Pouvait-on pour autant attendre des gestionnaires d’établissement et des équipes médicales d’en tirer eux-mêmes cette conclusion, et de se faire Hara-kiri ?  Il fallait  l’intervention résolue des agences sanitaires, les ARS, qui ont bien avancé dans cette voie, il faut le reconnaître, et ont fermé beaucoup d’activités au sein des  structures hospitalières, mais en restant  prisonnières de certains concepts.
L’un de ces concepts est celui de « mission de service public ». L’argument qui prévaut est celui de l’accessibilité aux soins (naître et mourir au pays). Il faudrait un hôpital de secteur, garant de la mission de service public, c’est-à-dire, dans l’esprit de beaucoup de personnes, susceptible de prendre en charge tous les types de soins, pas trop loin des bassins de vie, évitant d’avoir à faire des dizaines ou centaines de km pour se faire soigner.

Les adversaires de la fermeture des petits sites hospitaliers, mettent en avant l’explosion des coûts de transport, pour se rendre dans les grands hôpitaux, qui viendrait réduire à néant les économies réalisées grâce à la fermeture de ces  petits sites. C’est sur cet argument d’avoir à assurer, dans une ville, la mission de service public hospitalier, que les pressions du politique empêchent la fermeture de petites maternités, ou de services de chirurgie inoccupés, peu productifs et dangereux.

Les mutations technologiques en cours apportent une réponse à cette demande légitime, de disposer en périphérie, de toute l’expertise médicale possible, puisque, grâce aux nouveaux outils de télémédecine, l’expertise la plus pointue est présente dans les hôpitaux ou unités de soins les plus reculés. Prenons l’exemple de la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux. L’hôpital en périphérie accueille le patient et pratique scanner et IRM, lesquels sont transmis dans un centre de référence de neurochirurgie. Ne seront envoyés physiquement vers le service de neurochirurgie que les patients ayant besoin d’une prise en charge neurochirurgicale spécifique. Le travail collaboratif entre experts neurochirurgiens de garde, dans un grand hôpital, et urgentistes, dans un hôpital de périphérie, permet aux centres de référence de faire un tri efficace d’un bien plus grand nombre de patients que si ceux-ci encombraient leurs lits, et ainsi, d’obtenir la taille critique et d’économiser les coûts.

Donner un essor à la télémédecine, pour disposer de la compétence spécialisée, grâce à l’accès au spécialiste « pointu » du centre de référence,  et fermer les centres périphériques qui n’ont pas la taille critique, c’est-à-dire, ne plus disposer en périphérie, de la présence physique des spécialistes sur le site hospitalier, mais de médecins plus polyvalents, formés à l’interfaçage des personnels de l’hôpital  avec le centre expert, et organiser  aussi l’interfaçage des médecins de ville avec les médecins hospitaliers, c’est une nouvelle politique hospitalière qui se dessine, non seulement pour les urgences, mais aussi pour toute forme d’expertise médicale imaginable.

C’est vers ce fonctionnement en réseau qu’il faut s’orienter pour donner un fil directeur à la réforme de l’hôpital.

Faut-il en attendre à court terme des bénéfices en termes de réduction de coût ? C’est possible, si dans le même temps, la restructuration hospitalière est menée à marche forcée, mais il s’agit de projets dont les bénéfices s’apprécient sur un horizon de cinq ans.

On voit bien qu’en matière de réforme du service de santé, deux voies sont mises en avant.
La première est d’effectuer un «  shift » restructurant d’une modalité d’organisation vers une autre, ce que Marisol TOURAINE appelle une «  politique structurante » du service de santé.  Un exemple en est  le développement de la chirurgie ambulatoire, qui pourrait représenter un jour jusqu’à 70 % des actes chirurgicaux.

Structurant ou restructurant, un mouvement d’ampleur stratégique comme celui-ci doit être étudié dans toutes ses dimensions. Il ne viendrait à l’idée de personne qu’un opéré n’aurait pas besoin de soins médicaux le soir de son intervention, et pourrait rentrer chez lui sans nécessiter l’intervention d’un personnel de soins à domicile. La réduction de dépense hospitalière, dans ce cas, peut-elle être analysée en termes de vraies économies pour l’assurance-maladie, ou de transferts du coût des suites opératoires, de l’hôpital vers les soins de ville ? Est-il envisageable qu’un patient opéré ne puisse pas, en cas de complication, trouver une place d’hospitalisation dans un service de chirurgie ou dans une salle de réveil, au sein de l’hôpital le plus proche. Ces services, dont le taux d’occupation serait incertain, et dont la couverture en personnel devrait néanmoins être dimensionnée sur les crêtes d’activité, seraient, par nature, non efficients sur le plan économique.

Par ailleurs, que fait-on des personnels, disposant du statut de la fonction publique une fois qu’on a fermé leur service ? Est-ce qu’ils ne continuent pas à peser dans les rôles des emplois de la fonction publique ?

Enfin, restructurer coûte cher dans un premier temps. Organiser un service de chirurgie ambulatoire, physiquement, est différent de ce qu’on fait pour un service intra-hospitalier. Les circuits au sein du bloc opératoire doivent être distincts, les  procédures mobilisent du temps de personnel pour être mises en routine. Dans un premier temps, il s’agit, du point de vue de la comptabilité publique, de décaisser le coût de la restructuration, comme pour tout investissement de productivité, mais  les bénéfices en termes de réduction de coûts de fonctionnement ne sont pas à attendre avant plusieurs exercices budgétaires.

L’autre façon de réformer, est de passer un coût de rabot, pas trop déstabilisant, qui ne change pas le fond de l’organisation, qui sur le nombre de lits d’un hôpital, dont on ne change pas l’organisation, qui sur le coût des médicaments ( forfait tiers-payant contre génériques), qui sur le blocage des honoraires des médecins ( les honoraires des médecins spécialistes n’ont pas progressé depuis plus d’une décennie), qui sur le prix des médicaments remboursés aux laboratoires ( au risque de ne pas disposer en France de certains médicaments très coûteux, en l’absence d’un accord avec un laboratoire sur son prix de remboursement), qui sur le déremboursement de certains soins ou médicaments.
Dans ce cas, les économies, par nature, sont marginales, et il ne faut pas en attendre, en valeur consolidée, les 5 milliards d’euros visés par le gouvernement, mais les effets sont immédiats.

Ce qui est absent de la perspective, m’a-t-il semblé, à la lecture de cette page entière du Monde, sur la réduction de la dépense publique, c’est l’horizon du temps de la réforme de la dépense publique –  pour les allemands, dix ans dans une conjoncture budgétaire favorable, sans la pression de la réduction des déficits publics, et sans le risque déflationniste qui pèse sur l’économie européenne aujourd’hui – L’erreur serait de ne conserver dans le périmètre de l’action que les mesures-rabots, avec un horizon sur les tout prochains budgets, car  nous sommes au bout de tous les expédients possibles, et ce n’est pas à la hauteur des enjeux.

Il faut lancer résolument les réformes de structure, qu’il faut concevoir comme des investissements, sans prétendre à ce qu’elles nous apportent un bénéfice budgétaire à court terme.
Le parallèle avec le pacte de responsabilité passé avec  les entreprises est frappant, permettre aux entreprises d’investir en diminuant leurs coûts et restaurant leurs marges, c’est promouvoir les emplois de demain.  Restructurer l’hôpital, c’est investir aujourd’hui, pour dépenser moins demain.

 

Le conflit cognitif du président socialiste

Comment pouvons-nous comprendre la répétition des couacs gouvernementaux et quel jugement faut-il porter sur cet étrange dysfonctionnement de l’exécutif, dont la recension minutieuse remplit les colonnes du Monde, dans un registre de surprise douloureuse, et maintenant de révolte ouverte, qui prête à sourire quand on se souvient de la tendresse bienveillante affichée par la rédaction du Monde envers les propositions mal fagotées du candidat Hollande, et dans le récit attendrissant des premiers pas hésitants du président normal, qu’on pouvait lire dans ses colonnes il n’y a pas si longtemps. Ce qui est en cause aujourd’hui, c’est le manque de discernement de cette rédaction et la connivence que ces tartuffes voulaient masquer sous les oripeaux d’un parti-pris raisonnable.

Les grands journalistes du Monde, transformés en hagiographes du président, ont rapetissé à la mesure de la petitesse du président normal. David REVAULT D’ALLONNES, parti sur les traces du président avec les accents d’un poète épique, nous évoque maintenant une scène des MONTY PYTHON, accompagnant le retour piteux de croisade du chevalier, sans monture, chevauchant un balai (un scooter),  sous les sarcasmes de ses anciens hagiographes.

Et l’on a beau faire, organiser chaque numéro du Monde comme un « dispositif », comme ce numéro du 5 février 2014, que j’ai devant les yeux :  un éditorial «famille, le recul, l’esquive», où l’on affirme, sur le ton de la conciliation, pour désarmer les préventions, que «sur des sujets aussi complexes que la PMA et la GPA, il n’est pas interdit de prendre le temps de réfléchir davantage », en espérant peut-être prolonger l’acquiescement du lecteur à la phrase suivante, où l’on cite ensemble, le «  jour de colère » et la manif pour tous, en mettant dans le même sac tous ces  «activistes, prêts à toutes les manipulations et à tous les mensonges ».
Et l’on use un peu plus loin d’un autre procédé, sous la plume de Gaëlle DUPONT, qui reconnait que «dans la bouche du premier ministre », et dans l’esprit de Dominique BERTINOTTI, (favorable à la PMA pour les couples de lesbiennes), la loi sur la famille pouvait bien apparaître comme «  un véhicule destiné à accueillir l’encombrante PMA, qu’une partie des députés socialistes souhaitait intégrer par amendement à la loi ». On reconnait donc l’emploi du procédé du « paquet », au sein duquel la PMA, passager clandestin, pouvait apparaître comme une contrepartie – négative pour certains – à toute une série d’autres avancées sur la famille, plus consensuelles. De fait, on nous dit que la manipulation n’a pas marché, que la ficelle était un peu grosse, mais, rassurons-nous, il ne s’agissait que d’une maladresse, d’une faute tactique, puisque le bien-fondé de la PMA-GPA, pour maman1-maman2, ou papa1-papa2, ne peut être discuté que par des arriérés.

Ce qui est retenu par la journaliste, c’est l’abandon des mesures pour les 720 000 familles recomposées, de l’accès aux origines, de la facilitation de l’adoption, toutes ces attentes « passées par pertes et profits ». En refusant  la PMA, au sein du paquet, on expose les catégories citées à une grave injustice.

Mais c’est dans son titre que Gaëlle DUPONT nous donne à voir un chef-d’œuvre de manipulation sémantique «  Dès l’origine, un texte vu comme un support pour la PMA », pour ceux que la polémique lasse, et qui ne liront que le titre, le terme vu se verra accoler « par ses adversaires réactionnaires », et présenté comme un fantasme sans fondement d’esprits obscurcis et suspicieux, et pour ceux qui liront le papier, et qui accoleront «  vu et conçu dès l’origine », on explique quand même la technique du paquet, mais puisqu’on a raison sur le fond, qu’importe la malhonnêteté des moyens.

Le chemin de croix n’est pas fini. A la page 15, Michel FIZE, portant son appartenance au CNRS en bandoulière, lance un concept innovant «  non à la désobéissance légale ». Je passe rapidement sur cette lecture pénible, pour en extraire l’argument ( comme on arrache une dent cariée), en plusieurs temps : La loi sur le mariage gai a été votée par la représentation nationale ( faisant mine d’oublier que la PMA n’y figurait pas, et suggérant que le débat est clos sur le sujet), donc, contester dans la rue la PMA, c’est contester les fondements de la  démocratie, la constitution, et crime encore plus odieux, c’est se poser en «  individu «trop certain »( de soi), qui se veut plus éclairé que  ses propres représentants politiques » (sic). Voila un sociologue du CNRS qui n’a pas lu Montesquieu « Là où il n’y a pas de conflit visible, il n’y a pas de liberté ». Et de terminer en rameutant Robert BADINTER, au prétexte des cris « dehors les juifs » de quelques malades mentaux, évoquant le temps de l’occupation, référence qui s’imposait à monsieur le sociologue,  avant d’appeler à «  se défaire de tous ces ayatollahs de la pensée la plus rétrograde qui soit ». Dehors les catholiques ?

On ne saurait qu’approuver sa conclusion «  l’intelligence (est) aujourd’hui en grand danger »

Et puis, ce n’est pas fini, nous avons encore droit à Gérard Courtois en page 18, qui commet un petit texte d’anthologie sur « la droite, otage du populisme chrétien ». Ce n’est plus de l’amalgame, c’est de la super-glue, où l’on tient à toute force ensemble, Alain SORAL, les trois mobilisations, dont on met en scène les  misérables participants « Associer ces trois mobilisations relève d’un scandaleux amalgame, se récrieront les intéressés ». Il faut toute la clairvoyance de cet analyste profond de notre société qu’est Gérard COURTOIS, pour repérer ce qui rapproche tous ces gens «  la défense bec et ongle de la famille traditionnelle », qui n’est en fait que la manifestation d’un obscurantisme, la croyance en « l’ordre naturel », dont il découle toute une série de graves conséquences, en particulier « l’opposition à l’égalité homme-femme ». Et n’allez pas voir dans la proposition de modifier le code civil pour parler du parent 1 et du parent 2, ou encore, de supprimer la notion de « gestion en bon père de famille », remplacé par «  gestion raisonnable », dans les textes administratifs, comme un « totalitarisme linguistique ». Pas plus que la lutte contre les « préjugés et stéréotypes filles-garçons, qui structurent dès le plus jeune âge les inégalités entre les sexes », n’est l’affirmation que les différences ne sont qu’un construit social. Place à l’enfant 1 et à l’enfant 2.

N’y a-t-il personne dans ce journal pour apporter une nuance à ces pitoyables démonstrations, pour prendre un peu de hauteur, comme le ferait un Jean DANIEL. Personne pour reconnaitre la possibilité d’une altérité, d’une gestion « raisonnable », et non clivante, des problèmes de sociétés. Quel principe retient Cécile PRIEUR, s’exprimant au nom de la rédaction en chef : «  Ne pas céder à l’immobilisme en matière de mœurs est plus qu’une nécessité ».

La fuite en avant n’est pas toujours raisonnable, madame PRIEUR, et c’est ce que semble avoir compris le président.

Mais pour aller plus loin dans l’analyse de cette dernière retraite en désordre des troupes gouvernementales, qu’on ne cherche plus à présenter comme un repli sur des positions préparées à l’avance, et devant cette impression de désarroi qui transpire des palais nationaux et des grands médias de gauche, une question apparait avec insistance. Qui est le président ?
Quels outils faut-il employer pour tenter d’y voir plus clair dans le fonctionnement de ce Mister BEAN à l’Elysée, qu’on ne parvient plus à entendre, derrière l’avalanche des sarcasmes qui s’abattent sur lui, pourchassé même jusqu’à des heures incertaines, surpris à chevaucher, casqué, son destrier à deux roues, avec sur le visage, une expression de clown triste, pris en défaut.

Faut-il employer l’analyse séméiologique du médecin, qui décèlerait une «maladie» dans l’exercice du pouvoir, ou bien le vocabulaire de l’informatique, qui a envahi le discours des politologues, en posant la question du «logiciel » du président ?

Je pense qu’il faut faire les deux. L’indécision et les reculades du président proviennent à la fois d’un conflit cognitif, comme diraient les psychiatres, et du logiciel comportemental de celui qui n’impulse pas, mais arbitre, en laissant les initiatives se poursuivre au-delà du raisonnable, jusqu’à l’acte de l’arbitrage-couperet, laissant madame BERTINOTI en apesanteur devant les micros, avec sous le bras, les pesants rapports « d’experts », IRENE THERY et le  président du tribunal de BOBIGNY, appelés en renfort pour leur impartialité bien connue sur le sujet, et qui « n’a appris que lundi que son texte était recalé ».

Pas de vision, peut-être pas beaucoup de vraies convictions, ce logiciel-là, nous le connaissons chez ses prédécesseurs, et depuis Raymond BARRE, et peut-être Lionel JOSPIN, nous n’avons connu que des manipulateurs d’opinion, ce qui a fait leur force pour la conquête du pouvoir, leur faiblesse à l’exercer, et leur unique moyen de s’y maintenir. Tous n’ont pas réussi. Nous n’avons eu pendant les trois  dernières décennies, que des surfers, chevauchant la vague, qui retombe lourdement, et se brise sur la réalité du pays.
François HOLLANDE n’a pas fait exception, mais cette fois, la séquence mensonges-fausses promesses (dont on peut penser qu’ils étaient assumés), et déception après l’installation au pouvoir, s’est accélérée  de façon vertigineuse.

Mais peut-être notre président n’était-il pas aussi cynique, dans le reproche fait à son prédécesseur de l’usage abusif de la communication. Peut-être croyait-il au caractère opérationnel de son programme, constitué de bric et de broc, d’approximations, certes, mais construit par des gens de probité auto-proclamée, et inspiré par les valeurs du parti de la vérité. Peut-on passer autant de temps à la tête d’un parti socialiste hors-sol, et ne pas  percevoir son positionnement politique dans les termes de la vérité et des valeurs ?

Et le choc de la réalité, visible dès l’image du président mouillé jusqu’aux os le jour de son intronisation, n’est-il pas de nature à provoquer ce conflit cognitif, et son cortège d’inhibition, d’immobilisme et de stupeur ? et peut-être aussi une sorte de rémanence, de persévération mentale, de fuite en avant, manifestée par ces paris perdus d’avance, sur la croissance, qui allait revenir, sur la courbe du chômage, sur les 65 milliards d’économie, témoignant d’une ordalie – la providence ne saurait m’abandonner, après m’avoir distingué par mes hautes aspirations morales, qui ne sont hélas, elles aussi, que des vélléités.

Faut-il lire dorénavant les actions du président, selon le registre des instances du moi, le surmoi socialiste muselé, le ça instinctuel des pulsions de survie politique, le moi, arbitre incertain, tentant de prendre en compte la réalité,  mais envahi par les lapsus et les actes manqués ?

Ce n’est pas ce que nous dit Gérard COURTOIS, dans sa chronique du Monde du 12 février 2014, sous le titre  ” Jusqu’ici, tout va mal”, où il fait référence au titre et au contenu du livre de Cécile AMAR, journaliste au JOURNAL DU DIMANCHE. François Hollande y est décrit comme méfiant, n’ayant confiance qu’en lui-même, qui ” consulte, prend  son temps. Avant de régler un problème, (il) essaie toujours de le laisser se résoudre de lui-même, sans agir”. En somme, nous dit Gérard COURTOIS, un président “habile, trop habile, solitaire, trop solitaire, confiant, trop confiant”.
Y-a-t-il une réalité derrière ce portrait d’un exercice mitterandien du pouvoir (solitaire), libéré d’échéances vulgaires, et menant dans le secret son agenda personnel (trop habile), dans la posture du “Wait and see” d’un Sir William DRAKE, devant l’invincible Armada,  (le président trop confiant).

N’est-ce pas plutôt l’alternance d’inhibition et de fuite en avant qui fait l’actualité de l’action du président ?

Dans ce registre, le mouvement actuel du président pourrait être pris pour une divine surprise. Faut-il prendre au sérieux la conversion du président au redressement économique et à la baisse de la dépense publique,  autour d’une conviction, qu’il se serait forgée, et qui déterminerait maintenant un cap, lisible pour tous, et une action résolue  et pérenne dans la durée, ou s’agit-il d’une ”  habileté” de plus ?