Encore un dernier post

 

Etrange relation que celle du militant de base et du parti auquel il essaie de se sentir appartenir.

Devrais-je me satisfaire de ces messes, auxquelles nous assistons périodiquement, avant l’élection supprême,  ces assemblées où nous sommes conduits en autobus, pour faire masse, pour battre des mains, et  donner l’illusion de faire peuple, le peuple de droite des meetings, pendant que Bygmalion est à la manœuvre. Assemblées où on ne manquerait pas de me convier, peut-être, courant 2017.

La dernière fois que j’ai été sollicité, c’est pour le meeting de Nicolas Sarkozy sur la place de la Concorde. Et ensuite, pour renouveler ma cotisation à l’UMP, puis pour le sauvetage.
Ensuite, je me suis inscrit à  Force Républicaine, dans l’attente d’une manifestation locale de ladite entité, où je pourrais rencontrer des gens de bonne volonté, intéressés par l’avenir du pays, et qui voudraient, comme moi, assister à un forum, un échange, sur la place du village, ou sous un préau d’école, dans un café, voir et entendre des personnes en chair et en os, des adhérents, des affiliés, des sympathisants, comment les appeler ?

Ou sont-ils, ces sympathisants, ces militants ? Je les cherche dans les blogs, dans les commentaires, dans les réponses aux commentaires, dans les Tweets.

J’y vois beaucoup de gens intéressés par les micro-évènements de la vie politique, manifestant leur approbation de l’action du  leader qu’ils se sont choisi,  et de ses prises de position. Des gens qui collent vraiment au flux des mouvements de leur candidat, qui ont en tête manifestement  l’échéance de 2017  et le  leadership à droite, en s’adressant à « François », à «  Jean-François », à « Alain » ou à «  Nicolas ».

Moi je sais bien que  François ou Nicolas,  comme les autres,  ne s’intéressent aux individus que s’ils font masse, et que j’aurai beau écrire sur leur  blog «  Bravo François pour vos prises de position », j’anticiperai chez lui, ou chez ceux qu’il aura chargé de lire les commentaires, une frustration, un agacement, que  je –nous- ne soyons pas cinq mille à envoyer ce message, mais une misérable individualité qui pointe douloureusement le travail de conviction  qui reste à faire pour entraîner tous les autres.

Quant il s’agit pour un adhérent de base, de vouloir approfondir un thème, il faut en passer par  le programme bien rangé du site de l’UMP, ou la revue ” Le mouvement des idées” un peu intimidante par la brochette de sommités qui y signent des contributions un peu générales et technocratiques, si je peux me permettre.
Et si l’on va sur les blogs des personnalités, pour  y deviner le cheminement, ou les mouvements de pensée d’un homme d’état que nous aimerions mieux connaître, nous sommes  reconduits  immanquablement vers les prises de position,  dans les grands médias, de François Fillon,  ou d’Alain JUPPE, pour prendre l’exemple de leurs blogs respectifs.

La contribution des obscurs et des sans-grades est limitée à des commentaires de moins de 1400 caractères, après modération par le webmestre, dans les cases et sur les sujets qu’on vous suggère, en s’adressant à l’auteur du post, et sans s’attendre à une réponse de celui-ci, ou à un commentaire du public du blog.
Les membres de la société civile, capables de produire dans le cadre de leur travail, un mémoire bien charpenté et bien argumenté, sont dans l’incapacité de mettre sur le net, sur une plate-forme de leur parti, une contribution sur un sujet qu’ils connaissent intimement, et qui mérite d’intéresser les décideurs politiques, qui voient peut-être  le sujet ou le secteur à partir d’une hauteur stratosphérique et pourraient bénéficier d’informations concrètes pour parfaire leur point de vue. Et pourquoi un simple citoyen s’interdirait-il de proposer une analyse globale, voire une proposition  sur un problème politique qu’on pourrait qualifier de systémique, adjectif employé récemment pour qualifier le risque de certaines banques ” too big to fail”. Peut-être le foisonnement de points de vue très divers, l’usage d’arguments qu’on ne lirait pas sous des plumes autorisées, éviterait précisément, après des itérations nombreuses entre blogueurs de base et hommes politiques, de voir survenir une décision politique hors-sol, qui expose le pays à un risque systémique. Il n’est nul besoin de chercher des exemples.

Mais laisser les simples militants débattre  entre eux, sur une plate-forme qui serait pour le parti l’équivalent de ce journal de HONG-KONG, dont les contributeurs ne sont que des citoyens, et non pas des journalistes professionnels, et qui s’expriment pour eux-mêmes, et non pas au nom de la rédaction du journal, ce modèle, qu’on pourrait qualifier de participatif ou délibératif,  semble impensable aux responsables de l’UMP, qui ne pensent qu’à verrouiller la communication entre adhérents, et à empêcher un accès horizontal, de militant à militant.

Ou qu’on aille sur la blogosphère de la droite modérée, tout est verrouillé. Pas de plate-forme sur laquelle un adhérent lambda pourrait inscrire son blog, poster une contribution, attendre des réactions de ses pairs, des membres du même « club ».

Certes, on ne s’attend pas à une prise de position, un tant soit peu spéculative ou risquée, de la part des  personnalités politiques supposées animer le « club », en dehors de leurs prises de  position dans les médias publics, positions bien lissées par les communicants, par définition, bien  arrêtées, puisqu’on ne peut pas avouer qu’on est en recherche, en questionnement, et sans réponse sur certains sujets,  quand on est sur l’estrade. On peut certes craindre la malveillance de ceux qui passent leur vie à traquer les petites phrases, et s’il apparaissait qu’un jour on ait pu  avouer ne pas avoir d’opinion définitive, c’est une image d’homme d’état multiscient qui pourrait sombrer soudainement.

Mais un adhérent de base, qui ne brigue rien, doit-il renoncer à penser par lui-même, à travailler sur ce qui est « élaboré » par les personnalités autorisées de son parti ? Pourrait-on faire grief à l’UMP de permettre à sa base de débattre réellement, sous son égide, c’est-à-dire entre membres d’un même parti, d’une même sensibilité, mais sans que les prises de position ou questionnements des uns et des autres soient cautionnés par le parti lui-même.
Qu’est-ce exactement, d’ailleurs, que ce parti, qui verrouille le débat, tout en prétendant l’appeler de ses vœux, qui prétend rechercher les contributions et rechercher l’approbation de sa base, mais qui infantilise les adhérents, en considérant comme un acte hostile une prise de position autonome des obscurs et des sans-grades, ou du moins comme une initiative qu’on ne doit en rien encourager.

Il semble même que les fillonistes n’aient pas accès aux listes de diffusion des militants UMP, alors, d’obscurs blogueurs, pourquoi leur communiquerait-on les adresses internet des militants habitant leur canton ?

Et d’ailleurs, les membres de la société civile, les troupes des quelques centaines ou milliers d’entrepreneurs, de commerçants, de travailleurs de l’industrie, de  médecins, de juristes, de fonctionnaires, ou venant de multiples autres horizons, qui ont manifesté un jour leur intérêt pour ce parti, qui se sont rendus dans les groupes de réflexion thématiques qui fleurissaient avant 2012, et qui se sont éteints depuis, ceux-là, qui veulent réfléchir à l’avenir de leur secteur, et du pays, que fait-on pour les accueillir, pour les enrôler dans ce mouvement social qu’il faudra bien faire naître pour rallier le pays dans son ensemble à autre chose que l’ambition personnelle d’un homme providentiel, mais pour constituer un projet, par les itérations entre un homme politique, et des citoyens, et pas en faisant descendre sur le bon peuple, au dernier moment, un document technocratique qu’on appellera un projet, qui n’aura été habité que par un petit cénacle d’ambitieux.

Si je regarde ces quelques années où j’ai produit consciencieusement mes posts bien léchés, dans mon petit coin, sur mon blog, que j’ai naïvement intitulé « pour la démocratie à l’UMP », espérant une réaction de quelques-uns de ces possesseurs de la petite carte rouge et bleue, ou de ceux qui les encadrent.

Si je regarde ce soliloque pathétique, dans lequel je me suis complu, certes, sans penser un instant que je produisais des analyses ou des considérations remarquables, mais en voulant garder une trace de ce qu’un honnête homme, soucieux de citoyenneté, et de compréhension du monde qui l’entoure, pouvait ressentir et formuler.

Si je regarde cet espoir déçu de ne pas voir naître une démarche semblable, chez  de multiples autres citoyens-blogueurs,  encouragés par ” notre ” mouvement politique à penser par eux-mêmes, à contribuer avec leur intelligence, faisant réseau, constituant  un nuage de blogs,  sur lequel créer une dynamique de mobilisation pour le pays, un engagement citoyen.

Si je regarde ce total désintérêt des responsables locaux de ce parti, connaissant ma démarche, sans me gratifier d’un coup de téléphone de bienvenue, lors de mon inscription à l’UMP, ou d’une prise de contact annuelle, pour échanger quelques mots.

Si je regarde donc l’absence totale de la moindre convivialité ou cordialité, et la morgue et condescendance de ces  petits marquis de la politique, qui n’ont pas envie de se laisser approcher par le vulgaire.

Si je regarde  la totale atonie de la vie locale de ce parti, au moins dans ma ville et mon département, parti d’élus, qui se congratulent pour leurs résultats, et qui ne font plus rien d’autre, en particulier pour faire vivre le mouvement politique qui les a portés là où ils sont.

Si je regarde tout cela, et d’autres choses encore, plus locales, et tout à fait navrantes.
Et bien, je pense que j’ai passé suffisamment de  temps à la poursuite du vent, et je m’interroge sur ce qu’a été ma motivation.

Est-ce le sentiment « d’être de droite », qui fait pardonner  à ceux que l’on pense être de son camp, jusqu’à ce que nos yeux se décillent et qu’on se rende compte qu’on s’est trompé en sollicitant cette petite carte d’adhérent, qui nous a  conduit à nous cacher notre aversion pour ce parti et pour ses moeurs.

Suis-je d’ailleurs ” de droite”, si ma seule raison pour l’être est mon égale aversion pour la gauche?

L’UMP, parti d’élus, n’a que faire de ma contribution de citoyen, de mon adhésion, de mon soutien, de ma mobilisation ou de quoi que ce soit que je pourrais faire, et je n’ai plus que faire de l’UMP.

Temps long, temps court

Temps long, temps court, nous avons perdu toute vision sur le  premier, et le deuxième même se raccourcit encore et se tend. Notre président « habile, trop habile » pour ses hagiographes du Monde, n’agit plus qu’en réaction, avec ce fort coefficient de maladresse et d’improvisation, qui discrédite déjà toute velléité d’action, ou même ses prémices.

L’action du président est marquée par une sorte de biais de disponibilité, diraient les psychologues de la décision, autour d’une perception,  qui aurait envahi son champ de conscience, un pari initial, que la crise était conjoncturelle, et qu’un cycle haussier viendrait nous en sortir, et nous porter comme une vague, quoique nous fassions, et même si nous ne faisions rien. Il ne s’agissait que d’amuser la galerie, et de  chercher dans l’immense nuancier des postures morales,  celle qui conviendrait, pour chaque circonstance, s’ajoutant à la guirlande  des “moi-président “. Mais rien ne vient, et tout sollicite une action, à laquelle on ne s’est pas préparé, dans ce camp où l’on croit que les bonnes intentions et les bons sentiments – affichés- suffisent pour infléchir la réalité.

Et toujours la lecture des faits par le Monde du 12 avril, dans son éditorial, dont la non-signature voudrait laisser penser à un propos qui atteindrait l’objectivité, et se hisserait au-dessus de l’expression de l’opinion particulière d’un signataire.
On voit donc dans cet éditorial, « l’hyperprésident Hollande » contraint par la situation à déroger aux règles morales qu’il se serait assignées, lui qui « avait refusé un nettoyage politique de toute l’administration », et à qui le PS suggère que « les difficultés de l’heure » seraient dues à « la résistances des hauts fonctionnaires ».  Il faut beaucoup d’imagination au Monde pour voir à l’œuvre une « brutale reconcentration des pouvoirs » et la constitution d’une « garde rapprochée », façon vol de l’aigle, alors que d’autres y verront un pitoyable jeu de chaises musicales improvisé, où l’on ne se fatigue même pas à chercher une autre destination au préfet  Pierre-René LEMAS, ignare en matière de banque et d’investissement industriel  que la caisse des dépôts et consignations, place laissée libre par Jean-Pierre JOUYET. Et l’exfiltration de Harlem DESIR, aux affaires européennes, domaine dans lequel son seul fait d’armes est un absentéisme franc et massif dans ses fonctions de député européen.

Le président s’est-il donné le temps de constituer autour de Manuel VALS une équipe choisie  selon les critères de la compétence, en reconduisant dans leur fonction, par exemple, les rares ministres qui ont fait le job, et dans des secteurs importants, Fleur PELLERIN pour l’économie numérique, et surtout Bernard CAZENEUVE au budget, où il n’aurait pas été de trop pour savoir appliquer les coups mortels de  rabot, des 39 milliards, plus 11, excusez du peu, dont on  ne sait pas encore où on les trouvera. Impréparation palpable, audible, dans la déclaration de politique générale de Manuel VALS, lisant péniblement ses notes sur ces réalités dures, qui ne sont pas des «points de détail », et relevant la tête pour dire sa fierté d’appartenir à une république qui peut nommer un étranger au poste de premier ministre. Pour l’instant, l’opinion lui fait crédit.

Le président a du agir vite, en réaction, presqu’en panique, sous la dictature de l’ogre  médiatique, une fois la digue de la « bonne gestion municipale socialiste » submergée, et à quel exercice se livre-t-il ? à neutraliser celui à qui on demande d’apporter sa bonne réputation, son énergie, en l’entourant d’un « gouvernement resserré », constitué des mêmes « hollandais », à qui on a donné mission, sans doute, de résister, comme ces « hauts fonctionnaires » mentionnés dans l’éditorial du Monde, et peut-être de neutraliser les efforts du premier ministre.

C’est ce qui est qualifié « d’équilibre des forces », terme grandiloquent pour qualifier cette avidité de pouvoir, dont on ne se départit jamais, et qui passe avant toute autre considération.

Pour l’instant, il s’agit de gagner quelque temps, même pas, sans doute, de sauver le quinquennat, qu’on voyait, rappelons-nous, comme une première période où on nous demanderait des efforts, précédant une deuxième où nous pourrions jouir de la prospérité retrouvée, de l’orage qui s’éloigne. Hélas, les efforts sont à venir, et là encore, nous – le président, le gouvernement, le pays – ne sommes pas préparés.

Il s’agit d’éviter que monte dans l’opinion, la demande, de plus en plus insistante, et qui se fait jour, de la dissolution, devant ce tableau, qui se précise, jour après jour, d’une faillite manifeste de l’action présidentielle et gouvernementale. Et qui sait même s’il ne devrait pas se sentir obligé, par des déclarations martiales antérieures à sa venue aux affaires, de tirer les conclusions d’un profond désaveu de son action par le pays, manifesté, disait-il à l’époque, par une défaite franche  aux élections intermédiaires, et de se démettre.

Et nous avons encore un temps – euphémisme – de retard pour aborder le tournant de la rigueur, problématique qu’on n’a pas élaborée, y compris sans doute chez les « hauts fonctionnaires », pendant les précieux mois où nous – moi président- je n’étais pas encore dans la seringue, mais je savais sans vouloir le voir, que la réduction de la dépense publique, il faudrait bien que je m’y mette.
Car, quand on y regarde de près, la copie des 50 milliards d’économies, elle est bel et bien bâclée, et elle souffre aussi  de cet effet lampadaire, ce halo de lumière où l’ivrogne recherche ses clefs, qu’il a perdues, parce que simplement, dans le halo de lumière, là, c’est éclairé.

Les dépenses de santé, qu’on pourrait sans doute raboter encore de quelques centaines de millions, à court terme, et au sein desquelles on pourrait, après un investissement de restructuration – réorientation vers la chirurgie ambulatoire, fermeture d’hôpitaux, développement d’innovations dans les prises en charge –  dans cinq ans, peut-être, lever ces masses de 10 milliards d’euros de réduction de  dépenses, sous condition de ces efforts initiaux, qui sont aujourd’hui des investissements ( confer mon post ” réduction des dépenses de santé”)

Mais dix milliards d’euros dans les trois ans ?  Sans transfert  dans le panier des dépenses des ménages ?

Et où qu’on se tourne dans ce dispositif des 50-milliards-d’économies , nous voyons qu’il est en carton, en trompe-l’œil, avec des erreurs manifestes d’appréciation sur les horizons de temps où nous pourrions voir se traduire en matières budgétaires sonnantes et trébuchantes, les conséquences de cette liste à la Prévert.

Il faut lire dans les ECHOS du vendredi 11 avril, le tour d’Europe des recettes appliquées par les autres pays européens, pour attaquer le millefeuille territorial, pour comprendre que les propositions énoncées par Manuel VALS ne sont pas «  prêtes à l’emploi », et ont essuyé aussitôt la critique dans son camp, Alain ROUSSET, par exemple, qui note qu’il ne faut pas attendre d’économies significatives de la fusion annoncée des régions, car le poids des dépenses de fonctionnement des régions est infime dans les dépenses territoriales (2%), et on pourrait ajouter que ce n’est pas par le biais des économies de fonctionnement qu’il faudrait aborder le sujet de la taille des régions, mais par celui de leur développement économique et de leurs attributions budgétaires (il y a un facteur de 1 à 10 entre le budget du Languedoc Roussillon et de  la Catalogne voisine). Il semble bien que ce soit au niveau régional que se gagnent ou se perdent les politiques de l’emploi, et, comme le signalent les géographes, nous avons en France de belles régions bénéficiant pratiquement du plein emploi.
Ce n’est pas en tous cas en Allemagne qu’il faudra chercher un modèle pour diminuer par deux le nombre des régions. La seule fusion réussie par l’Allemagne depuis l’après-guerre, est celle de trois états régionaux du Sud pour former le BADE- WURTENBERG, mais cette fusion fut contestée pendant vingt ans, et il ne faut pas sous-estimer l’identité régionale.

N’est-il pas un peu présomptueux de voir une échéance aussi courte dans ces fusions autoritaires, et ne vend-on pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué ?

Partout en Europe, la région apparaît comme le bon échelon de coordination, mais faut-il en même temps fusionner les régions et supprimer l’échelon local de coordination départemental ? On pourrait craindre que les fonctionnaires accueillant le public aujourd’hui  dans les administrations départementales, ne changent de casquette, en prenant la dénomination d’administration régionale déconcentrée, mais que d’économies de postes, il n’y en ait point.
C’est une question que Benoist APPARU pouvait légitimement se poser à l’émission des matins de France Culture, l’autre jour, même si le propos est un peu court, car il fait fi du développement de l’administration par internet, dont nous voyons qu’elle est possible, par exemple pour les déclarations d’impôts dans notre bon pays, par ailleurs riche en guichets de toutes sortes, où l’on est assez souvent mal accueilli.

Et puis, cela a-t-il un sens d’annoncer pour les années 2020 la suppression de l’échelon départemental ? Croit-on aux vertus de l’effet d’annonce, au point d’augurer une quelconque vertu de ces administrations dont on annonce la fin pour la décennie à venir, et d’en attendre un bénéfice budgétaire pour aujourd’hui ?

De même quand il s’agira de revoir la clause de compétence générale, et d’annuler l’annulation de la réforme entreprise par la droite, il faudra sans doute manifester le même courage que nos amis espagnols, qui ont supprimé en deux ans, 340 000 emplois publics, en supprimant les doublons, en demandant aux communes d’abandonner leurs compétences en matière sociale, dévolues désormais aux seules régions. Résultat obtenu en réduisant la bureaucratie par le développement de l’administration électronique, et par la loi d’unité du marché.

Manuel VALS ne nous dit pas grand-chose de nos 36 000 communes (plus qu’aux USA), où il faudrait bien se forger une doctrine, en faisant en sorte par exemple qu’une intercommunalité en expansion, aboutisse à la suppression de pans de l’administration communale. C’est probablement là que réside le levier le plus  prometteur, mais étrangement absent, et c’est d’autant plus étrange que c’est, partout en Europe, et plus encore chez nous, l’échelon le plus dépensier, et sur lequel ont déjà porté d’étonnantes économies budgétaires dans d’autres pays européens. Au Royaume Uni, les collectivités locales ont payé l’austérité au prix fort, depuis 2010, leur budget aura diminué de 30 % en cinq ans, avec une diminution de 2,9 à 2,4 millions d’employés du secteur public en trois ans. Les administrations locales ont vaillamment relevé le défi, en mutualisant leurs équipes, en développant leur productivité, comme l’aurait fait un secteur industriel. Ce n’est que maintenant qu’on arrive à un point de rupture pour les analystes outre-manche, et qu’on est réellement « à l’os », pour employer un terme utilisé par d’aucuns pour qualifier notre situation actuelle, en France,  d’obésité administrative, avec un ratio d’encadrement des personnels administratifs territoriaux, rapportés aux budgets gérés très au-dessus des autres pays européens.
Que n’avons-nous fait vivre ce débat, à droite comme à gauche, autrement que par une commission de sénateurs aboutissant à une tentative de réforme incomplète, portant sur le nombre d’élus et non pas sur la réforme structurelle  des administrations, à droite, avec également, il faut le rappeler, l’amorce d’une action sur le nœud du problème, la clause de compétence générale.

N’y avait-il rien de mieux pour le président Hollande, que de détricoter sans réflexion cette ébauche de dispositif, qu’il faut maintenant rebâtir dans la douleur et dans la hâte ?

Faut-il se réjouir de la vague bleue ?

Faut-il se réjouir de la vague bleue ou s’en inquiéter, comme d’une élection par défaut, bâtie plus sur le désaveu de l’adversaire que sur l’adhésion et la confiance dans l’autre parti de gouvernement ?

Bien sur, les militants pavoisent. L’UMP, parti d’élus, fête ses nouveaux maires, mais lorsqu’on s’éloigne de ces cercles, et qu’on s’aventure dans les territoires reculés de l’empire, chez ceux qui ne sont conviés que pour les grands déplacements en autobus, pour faire la claque et battre des mains, dans les grand-messes, le climat est moins euphorique.

La question qui peut venir à l’esprit – c’est un euphémisme- c’est de savoir si nous ferions beaucoup mieux que la pitoyable prestation gouvernementale de l’équipe actuelle.

Dans ces franges de « sympathisants », on est moins sensibles aux postures de ces quinquas ou sexas, qui font leur offre de service et à toutes les nuances et chatoiements de leur «com» personnelle.  On s’inquiète plus du pays réel.

Que ferions-nous si « nous » étions aux affaires ? Ce « nous » devient d’ailleurs problématique, dans ces franges où l’on est si peu convié à contribuer à un «  projet », dont on nous annonce qu’on va voir ce qu’on va voir, mais qui emprunte les mêmes recettes pour sa construction, en passant certes par d’autres officines, à la recherche de la nouvelle proposition, du nouveau thème sur lequel se gagnera l’élection, un « travailler plus », une « droite forte », ou « sociale », un remède au « cancer de l’assistanat ». Nicolas Sarkosy est en recherche de cette USP « Unique Selling Proposition », cette proposition unique, qu’il suffit de décliner comme un mantra pour hypnotiser les consommateurs et leur faire acheter une marque de lessive. Aux dernières nouvelles, après l’échec du «  changement », ce serait le thème du « Progrès », qui tiendrait la corde.

Et même si nous parvenons à nos fins, à l’échéance 2017, devons-nous souhaiter la victoire pour la victoire, au risque de passer un quinquennat à se rendre compte que nous étions hors-sujet pour la préparation de l’échéance, dans les précieuses années qui sont devant nous. Nous sommes déjà au supplice de scruter ce président normal, « prenant le verbe et la « com » pour des actes », incapable de donner une direction, attendant comme le président QUEUILLE qu’une absence de décision ne finisse par régler les problèmes, attendre que les courbes s’inversent toutes seules, que les vents soient plus favorables.

Je m’inquiète de la façon que nous avons de nous opposer sans construire, je ne me réjouis pas d’entendre Jean-François COPE ou Christian JACOB, dans la surenchère des qualificatifs et des admonestations solennelles, et j’ai envie de leur dire qu’à force de mettre les haut-parleurs à fond, on ne les entend plus, ou plutôt, on les perçoit comme une nuisance, au moins pour ceux qui veulent réfléchir calmement au fond des problèmes, et réfléchir à l’avenir.
Je m’inquiète de voir l’UMP fonctionner dans l’instant, sans continuité.  Je m’inquiète de voir se succéder les « programmes » concoctés en quelques jours, puis jetés aux oubliettes avec fébrilité.

Je m’inquiète de voir l’UMP si peu soucieux de faire réseau dans les franges que j’évoquais plus haut, la société civile, la multitude de ceux qui possèdent une authentique expertise, celle de leur poste de vie. Le chauffeur de taxi qui a payé une licence 200 000 euros, et qui veut bien qu’on libéralise l’accès aux «  professions réglementées » pour « stimuler l’économie », et qu’on agite toutes sortes de mantras, qu’on soit  Jacques ATALI ou un autre expert hors-sol, mais qu’on aménage les détails – les détails qui tuent – par exemple, qu’on lui rembourse le montant de sa licence si on veut apporter ledit secteur sur l’autel du libéralisme et ouvrir le secteur à qui vent y rentrer.
Un projet, ce n’est pas une liste de propositions-choc. C’est certainement un cadre général, qui tient en quelques phrases, parmi lesquelles la réduction de la dépense publique, la réforme de l’état et des collectivités locales, le souci de la compétitivité et de l’emploi.
On a ainsi pratiquement tout dit de ce qui sera urgent et important  pour le prochain quinquennat.
Mais on n’a pas dit grand-chose si on ne précise pas le chemin concret que l’on va emprunter pour y parvenir.

Et si ce programme n’est pas l’occasion d’itérations multiples et dans la durée, entre ceux qui le rédigent et la base des citoyens « experts du terrain », qui l’amendent et le font vivre.
Je suis inquiet de voir qu’il n’y a pas à l’UMP de «shadow cabinet », mettant à l’épreuve des faits, jour après jour, les propositions qu’ils auraient faites, au gouvernement, les ajustements de la base des citoyens, tout ce qui pourrait constituer un véritable mouvement d’opinion, un mouvement de citoyens créatifs, élargissant l’horizon au-delà du noyau des militants traditionnels, occupés aux affaires de l’appareil du parti.
Il y a donc deux types de leadership possibles pour préparer 2017 à droite, l’un consiste à conquérir, les esprits du noyau militant central, et occuper le cœur de l’appareil, leadership étriqué, qui ne prépare pas à l’exercice du pouvoir, à une époque où on ne peut plus improviser dans la dernière longueur un brouillon de programme-alibi.
L’autre leadership que j’appelle de mes vœux consiste à élargir le noyau militant en un courant d’opinion majoritaire, qu’on fait vivre jour après jour, avec une démarche de projet permanent, pour paraphraser la formule employée dans les entreprises.