Les chemins pour l’école d’Alain JUPPE

Je viens de terminer l’ouvrage d’Alain JUPPE (A.J.), « Mes chemins pour l’école », qui donne, enfin, le coup d’envoi de la pré-campagne des primaires. Nous attendions du candidat Alain JUPPE (François FILLON l’a déjà fait), qu’il parte de loin, souverainement, pour présenter son projet au pays, sans s’occuper de considérations tactiques, puisqu’il s’agit d’alimenter un débat d’idées et de créer un mouvement d’opinion, seule chance, pour lui et pour le pays, d’éviter une primaire rabougrie autour d’un vote partisan (le vote d’un parti), pour une personne providentielle, qui ne nous demanderait pas de réfléchir, mais de voter avec nos tripes.
L’éducation, c’est la mère des batailles pour A.J. Notre système éducatif est en difficulté, c’est un constat partagé dans la société française, et notre candidat s’est mis à l’écoute du pays profond, plus particulièrement, d’une partie de celui-ci, les enseignants et les parents.
Il faut d’abord passer un peu de temps à l’examen de la démarche. Puisque le candidat nous invite à débattre, faisons-le au fil de la lecture, non pas pour en regretter les imperfections, ou ce que nous aurions l’audace de qualifier comme telles, mais pour participer au processus en cours et espérer que nos contributions soient entendues, et peut-être prises en compte.
La première étape dont on nous fait le récit est celle du lancement d’une grande consultation sur le site internet du candidat. Je dois avouer avoir raté cette annonce. Je ne suis sans doute pas le seul, et ce malgré mon désir sincère de suivre ce qui se passe chez les candidats de la droite et du centre, et je crains que l’échantillon testé ne souffre d’un certain biais, si les «sondés» appartiennent exclusivement au fan-club des followers du site d’A.J. Néanmoins, il faut bien dire que les contributions des professeurs et parents d’élèves balaient probablement toute la diversité des points de vue possibles sur les dysfonctionnements de l’école, et qu’on n’aurait probablement rien gagné à un panel plus représentatif.
En revanche, j’aurais quant à moi apprécié que le candidat A.J. communique ex ante sur sa méthode de démocratie participative, et fasse vivre publiquement cette première phase d’écoute sans a priori, d’un vaste public, ce qui aurait pu aboutir à une première étape de «mise en problématique», pour établir au moins un consensus sur le diagnostic, et cela avant de formuler toute proposition. Il n’y a pas que la communication sur le projet, après sa formalisation, il faut aussi communiquer sur la façon dont on le construit.
C’était sans doute trop demander à ses équipes de conseillers en matière d’éducation de passer du temps à consolider ce premier «rendu» en restant au niveau des constats, à partir desquels il était loisible de «scénariser» plusieurs options, qui, elles, auraient pu être soumises à une plus vaste concertation. Le débat en eût été plus vivant, les choix programmatiques plus ouverts, et l’exposition moindre à la critique d’avoir tout verrouillé, sous couvert d’une consultation dont on n’aurait retenu que ce qui va dans le sens d’un programme déjà établi par un groupe d’experts.
La conclusion de l’ouvrage, c’est en effet que «le débat est ouvert» mais les cinq axes retenus par le candidat pour son programme ne pourront changer qu’à la marge à l’issue de ce débat, sauf à ce qu’il se déjuge. On se sent déjà beaucoup moins d’entrain pour revenir aux prémices de ce qu’il faut bien appeler un programme détaillé, et comme tel, malheureusement, figé.
Quant à savoir s’il permettra d’atteindre les objectifs plus qu’ambitieux affichés dans l’ouvrage, « que tous les élèves disposent d’un socle commun de connaissance à la sortie du système scolaire », une sorte de zéro-échec scolaire, c’est une autre histoire, et ce volontarisme des objectifs contraste avec la modestie des incrémentations-ajustements proposés, sans vision globale sur ce qu’est l’éducation, sans changement de paradigme, donnant l’impression d’un réalisme qui nous prépare à la résignation, ou du moins à une longue patience avant que les choses ne s’améliorent (on ne promet pas l’inversion de la courbe de l’échec scolaire).
Le propos d’ensemble est cohérent avec l’image de modération et pragmatisme que le candidat veut donner de lui-même, pour ne pas voir resurgir du passé les fantômes d’une époque où, droit dans ses bottes, entouré d’un petit groupe d’experts, il avait fait descendre sur le terrain certaines ordonnances, dont le bien-fondé ne se discutait guère, mais dont l’acceptation par le corps social de l’époque avait été mal évaluée. Pour réformer l’école en 1996 (ce n’était, bien sûr, pas le sujet des ordonnances), c’était bien la méthode JUPPE version 2015 qu’il eût fallu adopter – micro-ajustements consensuels, mise en place dans la longue durée, sans défaire ce que les prédécesseurs avaient fait, pour conserver une continuité à l’action publique et ne fâcher personne, avec un pragmatisme de bon père de famille. (oups, il n’est plus politiquement correct de parler d’une gestion de bon père de famille depuis la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, publiée le 4 août 2014).
En 2015, je ne suis pas sûr que la méthode «un peu plus de ceci, un peu moins de cela, à moyens constants» soit la meilleure façon d’accompagner une mutation majeure qui s’annonce, et que le corps social est prêt à accepter, percevant le danger des demi-mesures.
Certes, un voyage de mille lieues commence par quelques petits pas, mais ce qui manque clairement ici, c’est la destination lointaine, c’est cette «école idéale» des décennies à venir, vers laquelle il faudrait se diriger, fût-ce à petits pas.
Gagner quelques places dans le classement PISA ne fait rêver personne, pas plus que la lecture des travaux de l’OCDE, d’où il ressort que notre système d’éducation est moins performant que celui d’autres pays développés, tout en nous coûtant un point de PIB de plus (6.1 % pour nous et 5,1% pour l’Allemagne et Japon), ou de constater que nos moyens resteraient surabondants pour le secondaire, malgré la RGPP («malgré la diminution des effectifs dans la période précédente 2007-2012, le nombre d’enseignants du second degré était revenu à celui de la période 1993-1994, avec 6% d’élèves en moins»), alors que le primaire et l’enseignement supérieur sont mal dotés.
Pour autant, nous ne lésinons pas sur les heures de cours, à sept-huit ans, nos enfants ont 800 heures de cours par an, plus que la moyenne des pays de l’OCDE, alors qu’en Finlande, anti-modèle, et champion des scores PISA, les enfants ne passent que 608 heures par an devant les professeurs, de 8 heures à 13 heures.
Tout cela devrait nous convaincre que ce n’est pas forcément d’un arbitrage quantitatif dont le système aurait besoin (enlever des ressources au secondaire pour les attribuer au primaire), mais peut-être d’une approche qualitative. Peut-on qualifier de ce dernier adjectif la seule proposition saillante du programme d’A.J., du moins la seule retenue par des commentateurs superficiels, i.e. augmenter de 10 % les revenus des professeurs des écoles, en vue de renforcer leur motivation et estime d’eux-mêmes ?
L’affirmation que «tout se joue avant six ans» – même remise au goût du jour par Boris CYRULNIK – qui est aussi le titre d’un ouvrage du bon docteur Fitshugh DODSON, best-seller depuis les années 1970, et qui semble servir d’argument neurobiologique à cet arbitrage en faveur des “petites classes”, a pourtant fait l’objet de bien des critiques, et mené à certains délires éducatifs, en dramatisant les apprentissages précoces et en risquant de bloquer les enfants, car l’apprentissage qu’il faut privilégier dans cette période, c’est la confiance en soi, et «si vous sur-stimulez, guettez chaque progrès, en faites trop, vous envoyez sans le vouloir le message : Je n’ai pas confiance en toi…»*.
L’acquisition du langage est certes un point-clef du développement de l’enfant, à l’origine d’une grande inégalité, dès l’entrée en maternelle, où le nombre de mots de vocabulaire connus par des enfants entourés et stimulés par les interactions affectives positives avec leur famille, peut être trois fois supérieur à celui d’enfants de milieux défavorisés. La proposition de “recruter dans les crèches des animateurs linguistiques pour offrir à tous les enfants plusieurs heures par semaine d’écoute et de conversation dans une langue soutenue, et combler ainsi les retards de vocabulaire” n’est pas à la hauteur du problème, disons-même qu’elle est franchement incongrue. C’est dans l’interaction avec un parent ou une animatrice de crèche et dans ce compagnonnage de tous les instants qu’il y a des choses à proposer, pas dans l’action d’un visiteur lettré, trois heures par semaine – école des parents, formation continue des personnels de crèche ?
Les causes de ces inégalités de langage sont à l’extérieur du système éducatif. Le parallèle est frappant avec notre système de santé. Après 65 ans, l’espérance de vie en France est la plus élevée au monde, pour un homme aussi bien que pour une femme, ce qui témoigne de l’excellence de la prise en charge des pathologies qui vont se présenter après cet âge. En revanche, en matière de mortalité prématurée (avant 65 ans), nous sommes très mauvais, du fait des comportements à risque, alcool, tabac, suicides, toutes causes dont il ne faut pas chercher le remède dans le système de soins, au moins dans son aspect curatif, mais dans une action de prévention sociale, qui doit mobiliser d’autres acteurs, ou du moins pas seulement le système de soins.
Les inégalités de langage des enfants à l’entrée à la maternelle ont leurs racines dans la société, et les remèdes à cette situation ne sont pas uniquement ou majoritairement dans l’école, mais dans l’action sociale, actions de remédiation sociale auprès de jeunes parents en détresse, des familles monoparentales en particulier, et auprès des enfants à risque de sous-stimulation affective et déprivation culturelle, et cela dès leur toute petite enfance. C’est une action qu’il faut organiser dès la période préscolaire, et poursuivre conjointement avec l’école, une fois la scolarisation mise en place. Quels acteurs ? les services sociaux des collectivités locales, les pédiatres, la famille, les voisins, les associations dédiées à la petite enfance, les municipalités, en bref tout ceux qui peuvent entourer chaleureusement un jeune couple, ou une maman ayant un enfant en bas-âge, afin qu’au moment de l’entrée à l’école, l’enfant bénéficie pleinement des acquisitions proposées par l’école, conditionnées par son environnement social et familial, et en particulier s’il est porté vers l’école par tout un réseau social. Cette action auprès de la petite enfance pourrait être une grande cause nationale.

Si on franchit maintenant les années du parcours de l’enfant, et si on s’arrête aux propositions d’A.J. pour le collège, on ne peut que regretter que celles-ci ne s’adressent qu’à l’élève-moyen-statistique, cette fiction statistique, alors qu’il faudrait réfléchir à une “segmentation”, une identification de groupes d’élèves aux besoins très différents qui pourraient bénéficier d’une prise en charge éducative très contrastée. La revendication d’une personnalisation du système éducatif pour prendre en compte les besoins spécifiques des élèves, n’est qu’une pétition de principe sans une organisation ad hoc de ces parcours personnalisés.
Le bonheur d’aller à l’école concerne certainement encore un gros peloton d’élèves, à l’exception des décrocheurs, laissés au bord de la route parce qu’ils n’ont pas passé le cap des apprentissages fondamentaux, lire, écrire, compter, mais aussi savoir se comporter dans un groupe social, et à l’inverse, également, les élèves à fort potentiel, qui s’ennuient, traités de bouffons par leur groupe de pairs, apprenant à leurs dépens ce qu’est le politiquement correct, aujourd’hui, à l’école, une égalité contrainte dans la médiocrité et l’inculture.
Il faut aménager des parcours différents, voire très différents, pour ces trois groupes d’élèves, les faibles, les forts et les moyens, peut-être tout au long du primaire et du secondaire.
Un constat tout d’abord, l’enseignant s’adressant à la classe-moyenne-statistique, faite d’un public d’une hétérogénéité extrême, perd son temps et celui de ses élèves, dix-huit heures par semaine. Ou du moins, nous sommes clairement loin sur la courbe des rendements décroissants.
Un professeur s’adressant à un même nombre d’élèves, mais triés par niveau ou par type de besoin, peut affuter son dispositif pédagogique et ne pas avoir l’impression de remplir le tonneau des Danaïdes. Il ira plus avant dans son exigence avec des élèves en tête de peloton, et prendra le temps de revenir aux apprentissages fondamentaux et comblera les lacunes dans un groupe plus faible.
Aujourd’hui, une personnalisation de l’enseignement signifie enseignement en petits groupes, ou dispositif de soutien individuel. Ces formes d’enseignement pour un public homogène, en petits groupes, rendent à l’enseignant et aux élèves une estime d’eux-mêmes qu’ils perdent dans les grands groupes, et les heures de cours sont légères pour celui qui n’effectuerait que cette modalité d’enseignement. C’est une évolution prônée par l’institut MONTAIGNE, qui semble avoir inspiré pour partie l’ouvrage d’A.J. On se heurte à un problème de moyens pour généraliser ces enseignements en petits groupes, dont l’intérêt n’est pas contesté.

Pour autant, nous ne sommes pas condamnés à une hétérogénéité mortifère de classes surchargées. Il suffirait de faire éclater les parcours de chaque élève par matière et par niveau, et de renoncer à la notion de classe d’âge. Un élève de douze ans se trouvera avec des élèves de 14 ans, au même niveau, s’il a franchi les étapes d’acquisition d’une matière, et ce n’est qu’une fois évalué son niveau qu’il franchira, dans telle matière, le niveau supérieur. Identifiant clairement les acquis de l’élève, niveau après niveau, le discours éducatif pour cette classe de même niveau sera bien plus performant, élève “en avance” dans la matière ou “en retard”, tous les élèves seraient à l’heure de leur classe, pour chacune de ces matières, dont l’effectif pourrait bien être de 35 élèves, pourvu que le niveau en soit homogène. Ainsi se trouverait résolu à la fois le problème des moyens et celui de l’homogénéité des classes. Les classes de niveau, pour les plus faibles et pour les plus en avance, représentent la seule façon de personnaliser les parcours pour ceux qui en ont le plus besoin.

Dans ces parcours individualisés, le numérique pourrait jouer un rôle fondamental, avec des allers-et-retours entre les plates-formes numériques, organisant un parcours individuel pour chaque élève, et un soutien personnalisé de l’enseignant. Pour l’élève, un rythme à deux temps, premier temps de travail personnel de préparation des cours sur les outils numériques, première prise de contact avec les notions, suivie du deuxième temps, cours du professeur, au collège, privilégiant l’évaluation des acquisitions, les explications, ou la reprise complète du cheminement, mais éclairé pour l’élève par un premier débrouillage personnel. Pourquoi est-il admis que le collégien ou lycéen soit incapable d’un travail personnel préparatoire, de découverte d’un domaine nouveau pour lui ? Voilà un présupposé qui ne repose sur rien.

L’entrée du numérique à l’école, qui est déjà dans les vies des élèves, pour le meilleur et pour le pire, est saluée par KAMBOUCHNER et col** comme une opportunité de s’opposer aux usages actuels d’internet, flux chaotique d’informations, écriture abrégée, sans orthographe ni syntaxe, immédiateté incontrôlée, auxquels le système scolaire substituerait un autre usage, fait de «fixation du flux psychique, capacité à différer l’expression en obligeant à la réflexion et à la correction, transformation des contraintes de la langue en ressources pour la pensée». Il s’agirait, de «s‘appuyer sur le nouveau besoin d’écrire et sur les nouvelles pratiques d’écriture des jeunes, pour donner une problématique pédagogique à l’écriture numérique». Et de fait, ce désir d’écrire de l’élève pourrait accompagner le changement de paradigme d’une réception passive du savoir à une autonomie, certes guidée et encadrée, vers la construction du savoir, mettant fin, peut-être, à la querelle stérile entre pédagogues et républicains.

Si je résume mon propos, non pas des classes de niveau “à l’ancienne”, qui vont mener vers l’excellence un petit groupe d’élèves, et laissent les autres dans le marécage de l’enseignement égalitariste, mais un parcours personnalisé pour chaque élève, sur ses années de collège-lycée, avec, par matière, des classes de niveau, sans notion de classe d’âge, pour les grandes matières scientifiques ou littéraires-histoire-géographie, voire pour d’autres disciplines, et par ailleurs, une vraie remédiation et pédagogie spécifique de rattrapage dans les classes plus faibles, en visant pour tous un socle incontournable de connaissances dans toutes les matières.
Il faudrait pour ce faire prendre d’assaut la forteresse idéologique de l’égalitarisme forcené, qui opprime et étouffe les faibles, beaucoup plus que les forts, qui savent organiser par la bande leurs parcours d’excellence, à l’intérieur du système scolaire, en jouant sur les options pour initiés et hors du système scolaire avec les officines de soutien scolaire. Il faudrait dynamiter le collège unique, n’ayons pas peur de le dire.

Cette vision de l’avenir du collège mérite un “débat”. Nous pourrions être surpris de voir l’accueil qu’elle recevrait auprès du public. Je ne parle pas des pédagogues au petit pied qui font la loi aujourd’hui à l’éducation nationale, et malheureusement chez les décideurs politiques, souffrant d’une révérence excessive envers ces “experts” qui n’en sont pas. Le citoyen ayant passé toutes ces années à l’école obligatoire et laïque de la république, à laquelle il doit son épanouissement, est aussi un expert en matière d’école.

A.J. invente un néologisme, le « collège commun », sans aller jusqu’au bout de sa proposition de remise en cause du collège unique.
Poussons les choses un peu plus loin, le collège commun, ce pourrait être un collège unique, dont le socle commun, matière par matière, serait moins ambitieux, autour de savoirs de base, mais fermement acquis et définis comme des savoirs minimaux indispensables dans la société d’aujourd’hui, et où liberté serait donnée, une fois acquis en priorité ces savoirs de base, de développer un parcours en fonction des passions, des intérêts, d’approfondir des matières scientifiques ou littéraires, ou des matières manuelles, dès le collège.
Dernier point qui appelle un développement du projet d’A.J. : l’école qui nous est présentée souffre d’un entre-soi limitant singulièrement ses ambitions. Outre que l’école est celle de la Nation et pas des enseignants-et-parents-d’élèves, tout citoyen peut avoir une idée sur ce qu’elle devrait être, puisqu’il a été confronté lui-même aux manques de l’école ou à ses bienfaits, appréciés ou regrettés sur une vie entière.
Et les élèves, lycéens, collégiens, pourquoi n’apporteraient-ils pas leur contribution à la réforme de l’institution, s’exprimant sur l’utilisation des outils numériques, qui font peur à leurs parents ?
Et les animateurs de médiathèques, dans lesquelles bien des collégiens ou lycéens font leurs devoirs, et les travailleurs sociaux, les pédiatres, les municipalités, les retraités, qui pourraient venir donner un coup de main, dans une école ouverte, les professionnels, venir parler de la vie professionnelle, de l’économie.
L’enseignant au centre d’un réseau social d’intervenants, dedans et dehors l’école. Belle revalorisation de la profession.

Enfin, A.J. ne dit rien des écoles privées sous contrat. Sont-elles néfastes, par la concurrence qu’elles apportent à l’école publique, aggravant la ségrégation sociale, comme le pensent Agnès VAN ZANTEN et Philippe MEIRIEU ***, permettant aux familles plus aisées d’aménager un parcours d’excellence à leurs enfants, facteur de reproduction des élites. Ou bien doit-on considérer que l’école publique doit relever le défi de cette concurrence, en mettant en place les innovations pédagogiques, celles mentionnées ci-dessus, ou d’autres, permettant de restaurer l’égalité des chances par une action qui pourrait aller jusqu’à une authentique discrimination positive envers les publics les plus en danger de décrochage ?

Nous allons voir ce que donnera le débat appelé par Alain JUPPE, alimenté par les citoyens que nous sommes, qui n’avons pas l’obligation de la prudence et du calcul, mais qui voulons faire avancer ce pays.

* Brigitte PROT « J’suis pas motivé, j’fais pas exprès » Albin Michel.
** D. Kambouchner, P. Meirieu, B. Stiegler, J. Gautier et G. Vergne, “L’école, le numérique et la société qui vient”, Paris, Mille et une nuits, 2011
*** Les matins de France culture du 2 septembre 2015 « Quels devoirs pour l’école en 2015 ?
**** Marie Duru-Bellat et François DUBET « 10 propositions pour changer l’école » Editions du seuil.

La droite et le centre, une carte sans territoire ?

Je continue à m’interroger sur la dénomination de mon blog, et sa désignation spatiale, assez imprécise, qui pourrait signifier quelque part à droite et au centre, sans plus de précision, et alors je « parlerais » d’un endroit où je ne voudrais pas qu’on me localise. L’autre hypothèse serait que je me percevrais dans un tout englobant, et que je ne verrais pas de frontière entre les deux termes reliés par la conjonction « et », ce qui reviendrait à nier la spécificité des deux corps politiques, et de leur base sociologique, la droite et le centre, proposition hasardeuse. Sans faire l’hypothèse que la droite et le centre, c’est pareil, voire même en considérant, que c’est très différent, cette désignation serait alors celle d’une coalition, une alliance, que j’appellerais de mes vœux, ce qui supposerait chez moi, une forme de méta-engagement partisan, un militantisme pour une réunion des deux forces en présence, ce qui imposerait qu’à titre personnel, ou bien je me positionne dans un des deux corps de ce concept composite, ou bien que je ne sois que dans la réunion des deux corps, une sorte de citoyen d’un royaume d’utopie. Peut-être aussi cette dénomination m’est venue en réaction à la droitisation d’un parti auquel je me suis senti appartenir, fugacement, et que ce serait tout simplement le nom de mon éloignement, d’une sorte de façon d’être dedans-dehors. Je ne serais plus qu’un électeur de la primaire, mais pas un partisan d’une des composantes de la coalition. Pour l’instant, je dois bien constater que personne ne fait vivre ce lieu de la droite et du centre, qui est une carte sans territoire, et je risque, comme le héros de HOUELLEBECQ, Jed MARTIN, de me « consacrer à la reproduction de représentations du monde, dans lesquelles cependant les gens ne devaient nullement vivre ».

Half awake in a fake empire

C’est l’heure des marronniers déjà fanés, et du recyclage des stocks de concepts invendus sur l’antenne de France Culture, ce 11 août, aux matins d’été (1), à l’heure où ceux qui sont encore en vacances sortent de leur sommeil, à peine éveillés.
Le thème ce matin, est « l’invective en politique », introduit par Nicolas Martin, sur ce ton si particulier aux émissions de France culture, si mesuré. Pas de grésillement des fréquences vulgaires, sur cette grande radio de service public, mais cette netteté de silence sur laquelle se détachent les chuchotements et les discours, parlant directement à votre inconscient. Ce n’est pas le ton de Sprezzatura, désinvolte et nonchalant (mais néanmoins très travaillé) de Marc VOINCHET, mais, pour Nicolas MARTIN, un jeune homme prometteur, c’est un débit tranquille, presque mécanique, avec la volonté de laisser entendre qu’il s’agit d’un texte lu, mais terriblement étudié, comme une partition, où l’on jouerait appoggiato, une colère sourde et maitrisée, trainant un peu sur certaines fins de phrase, une suspension très travaillée, une expression navrée, faisant mine d’appeler votre clémence, mais espérant au fond vous inspirer un sentiment de mépris, au récit des transgressions, c’était le mot du jour, des tristes personnages qui dévoient aujourd’hui la politique. Et puisqu’il fallait un exemple, d’un seul tenant, «pour que les choses soient dites, quand même», on écoute les vitupérations de Nadine MORANO, appelant les syriens à se battre, là-bas, en Syrie, comme nous nous sommes battus, en 14, contre les allemands, et à ne pas venir chez nous.
Le plus drôle, c’est que Hubert HUERTAS se croit obligé d’apporter un démenti historique  – point par point – au fait que, pendant la guerre, c’était aussi un peuple entier qui était sur les routes de France (oui mais qui restait en France, si je ne m’abuse). Pourquoi accorder tant d’honneur à une imbécilité aussi manifeste de Nadine MORANO ? parce qu’il faut un exemple caricatural pour faire passer une démonstration faible, et ensuite, par proximité, espérant un effet de contagion, on évoque mezzo voce les dérapages de Nicolas SARKOZY, installés dans le paysage de la discussion, sans qu’il soit besoin de les citer, puisque ce sont des classiques, et l’on est parti pour espérer d’autres noms, d’autres dénonciations, et on finit par trembler d’encourir soi-même les foudres de ces magistrats intègres du service public en ne se dépêchant pas de penser comme eux.  Il ne fallait pas attendre de Nicolas MARTIN et de ses invités qu’ils se lancent dans une contre-invective sur le même mode excessif que Nadine MORANO. Il s’agit plutôt de lui enfoncer, à elle et à ses semblables, une dague dans les cotes.
Mais disons que le thème de l’invective m’intéressait, moi qui ai intitulé mon blog «les citoyens de la droite et du centre», en référence à une parole politique modérée, à une pensée ouverte.
En fait, après un propos liminaire de Hubert HUERTAS, qui se voulait historique, sur la nouveauté et l’aggravation des invectives sur la scène politique (monsieur l’ex-responsable du service politique de France Culture ne connait pas l’histoire des campagnes haineuses des trois derniers siècles, et les morts qu’elles ont laissés derrière elles (2), après donc, un propos historique approximatif sur l’invective, nous en venons à la transgression, qui est un angle plus commode pour la promotion des discours des deux invités. En effet, l’invective, ad hominem, dirigée contre un homme (Nadine MORANO par exemple, en tant que représentante asexuée  et anomique de l’adversaire politique), n’est pas tout à fait la même chose que la transgression des «tabous», notion qu’on fait dériver, par proximité, là encore, des choses hideuses du «détail de l’histoire», de proche en proche, à l’omerta sur les sujets qui fâchent, qu’il ne faut pas briser, puis au piétinement des plates-bandes du politiquement correct, qu’il faut éviter en marchant dans les chemins bien balisés, et pour finir, à la distance, fût-elle millimétrique, qu’on prendrait avec l’alignement idéologique avec la culture de gauche.
Nous en venons ainsi subrepticement, dans cette émission, à deux discours hors-sujet, se répondant l’un l’autre, sur “la BFMisation de la vie politique” et médiatique (3), pour Hubert HUERTAS, avec, en contrepoint, “la cérémonie cannibale” de Christian SALMON (4).

Le plateau de discussion était particulièrement peu équitable, pour employer un adjectif en rapport avec la justice, puisqu’il s’agissait de juger, et de condamner.  Mais surtout,  le dispositif était un peu-beaucoup visible, comme une grosse ficelle, voire un cordage, confectionné dans les bureaux de MEDIAPART ( paranoïa complotiste ?) où officient maintenant Hubert HUERTAS et Christian SALMON.
Je pense que la notion de conflit d’intérêt, de tact dans la promotion d’idées, qui est aussi la promotion «d’ouvrages», (le livre publié par Hubert HUERTAS sur la BFMisation de la vie politique) n’a pas effleuré un instant les deux «invités», occupant l’espace public à longueur d’antenne, comme s’ils étaient chez eux. Puisqu’on a raison, pourquoi s’encombrer de contradicteurs, ou de scrupules, n’est-il pas ?
Qui s’agissait-il de juger en fait ? Pour Christian SALMON, c’est d’abord  “La fonction journalistique, qui s’est déportée de ses missions originelles – l’enquête, le reportage, l’analyse politique, bref, l’information – vers une fonction de décryptage visant à découvrir sous les apparences trompeuses de la vie politique la vérité d’un calcul, les ressorts d’une histoire, le secret d’un montage narratif.”
C’est pourtant avec une méthode proche, de dénonciation des ressorts cachés, que Christian SALMON se livre à la description de la scène médiatique, mais avec les nobles outils du structuralisme, et la référence aux belles valeurs morales d’un âge d’or (mythique) du journalisme et de la vie politique, qu’on aurait quitté, tout récemment et on serait « passés de l’âge de la joute, de la discussion, de l’âge du dissensus, à l’âge du performatif, de l’interactif, et du spectral, des morts-vivants, zombies politiques qui n’existent que dans l’outrance ».
Bien sur, il est difficile de nier une part de vérité, et même de vérité criante, dans les propos de Christian SALMON. Le problème est qu’ils font un peu trop système, et qu’ils conduisent leur auteur à une sorte de mécanisation de la pensée, quand, à partir d’une description factuelle du fonctionnement des chaînes d’information en continu, et de leur impact manifeste sur la communication des politiques – l’inflation des discours et du commentaire, au fil des glissements insensibles d’une actualité qui se fait, instant après instant, et qu’on commente à perte de vue, et certainement aussi,  la part exorbitante prise par ces médias dans l’agenda des politiques, dans leur lutte pour exister sur l’estrade médiatique, au détriment du travail de fond, le matraquage et la répétition des cycles de l’information, les «news recycling», l’ennui des jours où l’actualité n’a «pas de talent», et le risque, certainement, de «la connerie d’avance, qui vaut mieux qu’une information en retard» – on infère à partir de ces faits, que les ressorts cachés des acteurs politiques ne sont plus que «la captation de l’attention, la recherche de messages avec un impact maximal, et pour ce faire, il faut transgresser, et la transgression suivante doit être plus importante que la précédente», d’où il découlerait «que cette surexposition médiatique, va de pair avec une délégitimation de la parole politique». Le ressort caché de la faillite des politiques, donc, ce serait cette BFMisation des médias, dénoncée par Hubert HUERTAS, imprimant son tempo sur les politiques, les reléguant à ce temps perdu d’une parole politique qui tourne à vide, et qui, à entendre les deux invités, les détournerait de «la politique», qui, au contraire, «devrait être la gestion du temps, les grands projets, et toute une part de silence dans la politique»
Il semble bien évident que c’est une façon de dédouaner les politiques, et particulièrement ceux qui sont aux affaires en ce moment – et qui vivent encore plus, si c’est possible, que leurs prédécesseurs, à l’heure de BFM TV – de leur indécision et de leur absence de courage.
La réponse à ces interprétations systémiques-systématiques et grimaçantes de la BFMisation, recyclées par Hubert HUERTAS, nous vient en écho, d’une émission précédente de France Culture, “Le secret des sources”, début juin 2015 (5), où, confronté à des contradicteurs solides, Michèle COTTA, ancienne directrice de l’information de TF1, et Hervé BEROUD, rédacteur en chef de BFMTV,   Hubert HUERTAS avait explosé en vol, au point qu’il avait menacé de claquer la porte de l’émission (il était en fait dans les locaux de Radio-Bleue en Avignon).
Tout simplement, il serait bien évidemment navrant que les téléspectateurs passent des heures à voir et revoir les commentaires et les débats interminables sur l’antenne de BFM TV, sur un morceau d’aile d’avion – encore qu’il puisse être intéressant de voir l’enquête en train de se faire, les supputations des experts, les réactions des acteurs concernés – mais, si on ne peut nier qu’il y ait des temps morts, dans les faits, le téléspectateur moyen de BFM TV passe 27 minutes par jour devant la chaîne, et l’on passe d’une chaîne  TV à une source sur internet, on recoupe l’information sur différents médias, on va voir ce qui se dit sur les réseaux sociaux. La critique de la BFMisation est aussi ringarde que les anciens modes de consommation télévisuelle hébétée de grand-papa.
Hubert Huertas est-il d’ailleurs le mieux placé pour dénoncer cette «glose autour des évènements», lui qui venait jour après jour, sur les matins de France Culture, actualité politique talentueuse ou non, nous livrer ses «commentaires de basse intensité» où plutôt, dont la seule intensité était la sarkophobie répétitive et la haine de la droite.
Quant à Christian SALMON, manquant à peu près totalement de pensée réflexive, après avoir dénoncé le grand remplacement des faits par le récit qu’on en fait, il se lance dans un grand story-telling historico-idéologique, dans une fresque allant de Margaret THATCHER à notre époque, sur la chanson des politiques néo-libérales, le désarmement de l’état, l’impuissance publique, pour finir, appliquant sa magnifique grille de discernement à l’actualité de l’été, par le récit du combat de la Grèce contre l’Europe, de la « parésia », du courage de la vérité, dont la figure de proue serait VAROUFAKIS, lequel, comme on sait, a pourtant explosé au contact de la vérité des faits économiques et moraux, qu’il faut regarder d’une façon équilibrée, et ne pas masquer en particulier le mensonge des grecs, aidés par GOLDMAN SACHS à truander leurs comptes pour bénéficier des subsides européens. Ce n’est pas VAROUFAKIS, personnellement, certes, qui est intervenu dans cette séquence, mais il y a dans un pays, une continuité institutionnelle, et une parole donnée d’un état, non ? quand on enfourche un pattern cognitif comme le fait Christian SALMON, et qu’il vous conduit à faire du sous-Mélanchon, il faut se poser des questions sur votre statut de directeur de recherche au CNRS.
C’est intéressant le podcast. Cela permet un suivi mot à mot, un verbatim, un arrêt sur les phrases, sur la phraséologie, une herméneutique, et, pour tout dire, une fois qu’on a pu s’arrêter sur ce qui a été dit, on découvre l’énormité d’assertions sans nuances, qui resteraient subliminales lors d’une écoute au fil de l’émission, sans retour. Car ce discours est fait pour parler « en passant », précisément, justifiant les approximations et grosses ficelles par le bon positionnement idéologique de la « pensée » qui s’exprime. C’est un appel à la connivence, à la complicité avec cette mal-pensée, dans laquelle on est invité à tomber tout entier.
Je suis conscient d’avoir cédé dans ce post, moi-même, à l’invective, mais ce n’était qu’un exercice de style, rien de plus, pas un sentiment rémanent de ressentiment contre la belle émission des matins d’été, qui accueillait le lendemain, Michel ROCARD, que j’écoutai avec plaisir, sans la tentation de me livrer à un Verbatim sacrilège, car la bienveillance et l’ouverture d’esprit appellent les mêmes sentiments chez l’auditeur.
1. les matins d’été du 11 juillet.
2. « Les discours de la haine, Récits et figures de la passion dans la cité » Marc Deleplace, éditions du Septentrion.
3. « L’effet BFM-un effet radio-actif, en 40 pages » Hubert Huertas UPPR Editions
4. « La Cérémonie cannibale. De la performance politique» par Christian Salmon Fayard
5. http://www.franceculture.fr/emission-le-secret-des-sources-y-a-t-il-une-bfmisation-de-la-vie-mediatique-2015-07-04

Démocratie d’opinion au sein des partis et démocratie représentative au gouvernement

Morne été, que les passionnés de la chose publique, et ceux qui sont appointés pour s’y intéresser auraient pu mettre à profit pour réfléchir à notre avenir, au bord de l’océan, ou sur les montagnes ou dans un coin de campagne verdoyant (s’il en reste par ces temps de sécheresse), ou encore dans le salon de leur appartement.
J’ai pourtant guetté l’écho d’un quelconque débat politique, sur internet et dans les grands médias, mais point d’enthousiasme pour refaire le monde (au moins à l’intérieur de nos frontières). A droite, on nous dit que les ténors réservent leurs arguments (de vente), pour ne pas être copiés, à tort, certainement, car on s’attend à de micro-nuances pour départager les candidats de  la primaire. La vacuité du débat imprègne déjà cet été, sous des ciels d’attente, et les coureurs cyclistes de la politique, à droite, font un sur-place étudié, muscles bandés, cyclistes en salle, dont aucun ne veut partir en tête. Pendant ce temps, les coureurs du tour de France ont parcouru l’Europe.
Il n’y a donc pas de sujet qui mériterait une longue préparation, un travail de fond sur deux ans, des groupes de travail et un débat de tous les citoyens désireux de préparer la primaire de la droite et du centre. On n’a pas l’ambition de former l’opinion, ou de former un mouvement d’opinion au sein de ses partisans et au-delà, mais on se gargarise des sondages d’opinion et du classement de popularité des futurs candidats. L’un, A.J. a l’opinion (du pays) pour lui, et semble s’en contenter, l’autre, N.S. s’appuie sur l’opinion des militants, et agite les thèmes qui lui feront peut-être gagner la primaire (il ne lui est pas interdit de rêver que les électeurs du front national participent à la primaire de la droite et du centre), et perdre l’élection nationale. Le challenger F.F. a déjà publié un programme d’airain, « ultra-libéral », diront ses détracteurs, et ne consulte pas son fan-club, me dit un ami, membre de Force Républicaine (F.R). D’ailleurs, sur l’estrade, dans les réunions autour de F.F., il y a des chaises vides, Hervé GAYMARD a déserté, cherchant des courants ascendants plus porteurs, Valérie PECRESSE a un agenda très chargé, et elle regrette certainement de ne pas être là.
Les plus jeunes candidats de la primaire, B.L. et X.B, ambitionnent probablement un succès d’estime, après la campagne pour l’élection à la présidence de l’UMP pour l’un et leur hyper-réactivité sur quelques sujets pour les deux, l’enseignement de l’histoire, la crise de l’élevage. Pas de «global picture» ou de grande vision chez eux, mais, peut-être, de futurs Arnaud MONTEBOURG ou Manuel VALS de la primaire, qui pourront devenir incontournables dans la future équipe.
Ce sont les appareils des partis, ou les petits cénacles  autour des candidats, qui vont concocter les programmes économiques, et les sortir du chapeau au moment opportun, ces organismes qui nous quémandent 20 euros pour pouvoir sauver la France, et qui ne répondent pas à nos mails. Pourquoi s’embarrasser d’une grande consultation des sympathisants ou  les associer à l’élaboration d’un programme, en effet.
Curieuse conception que cette révérence pour l’opinion, mais pour une opinion toute faite, qui naîtrait de la cuisse de Jupiter, engendrée, non pas créée, par le charisme du candidat, sans avoir besoin de faire réseau plus largement, de consulter autrement que lors d’une visite d’usine, devant les caméras, ou à une table de restaurant.  Les candidats recherchent-ils exclusivement la révérence et les encouragements des proches?
Nous sommes dans un temps long de préparation, de maturation des programmes de gouvernement, où l’on attend des candidats, pour l’instant, un exposé des grandes problématiques, un éclairage des enjeux, une information et une pédagogie déployée à l’encontre de l’opinion publique, et non pas un programme millimétré, fait par quelques technocrates, balayé par le principe de réalité avant même qu’on soit aux affaires. On attend d’eux une mise en débat, devant leurs soutiens de la société civile, de leurs analyses et positions sur ce qu’il faudrait faire pour le pays. « Que faire ? agenda 2017 », pour paraphraser le titre d’un ouvrage de Nicolas BAVEREZ, il y a dix ans (agenda 2007).  Une forme interrogative, qui est encore permise deux ans avant l’échéance, avant que nous ne soyons dans la seringue des assertions assénées par les candidats, index pointé, main secouée pour accentuer encore le caractère affirmatif et solennel de la déclaration, et avant les litanies des «moi-président». Il est encore temps de discuter, de se poser, ensemble, des questions. La démocratie délibérative, c’est l’assurance qu’une question aura été étudiée et discutée par le menu, longuement, et par un grand nombre de gens. Il appartiendra au candidat de faire un choix éclairé. Il eût été souhaitable que la proposition de libéraliser les transports en taxi, proposée par Jacques ATALI, auquel le président de l’époque, avait affirmé «ce que vous direz, nous le ferons», bel exemple de confiance en la parole des experts, il eût donc été intéressant que quelques centaines de personnes soient consultées pour tester ce beau programme, et il y aurait peut-être eu quelques chauffeurs de taxi dans ce panel, pour alerter sur ce qui ne manquerait pas de s’ensuivre si l’on veut réformer – de cette façon – les transports en taxi.
Le candidat de la droite qui s’appuierait aujourd’hui, sur une centaine de milliers de contributeurs actifs, d’interlocuteurs, membres de la société civile, et qui aurait su se montrer réellement à l’écoute, et  formuler des questions, et non pas proférer des assertions, serait assuré d’élargir le débat de la primaire au-delà du cercle des militants des Républicains, et d’échapper à leur baiser de la mort.
Oui à la démocratie délibérative, forme active de participation des citoyens à la vie des partis ou des mouvements d’opinion, et modalité de constitution d’un programme robuste et d’une base de soutien non moins robuste dans la société pour solliciter les suffrages du pays.
Non à la démocratie d’opinion, sous sa forme sondagière, non au gouvernement sous le joug du « biais de disponibilité » sujet de mon post précédent, et qui nous a menés au milieu de nulle part.
Oui à une démocratie représentative forte, élue sur des orientations de gouvernement claires, et tenant son cap malgré les orages et les trous d’air, qui ne manqueront pas d’être organisés et amplifiés par les médias de référence de la classe cultivée.
Afin d’être rassurés quant à la fin des moi-président-obsédé par ma réélection, je pense qu’une réforme constitutionnelle s’impose, un quinquennat ou sextennat-septennat unique, et nous savons qu’un des candidats pourrait mettre en œuvre cette formule du quinquennat unique,  sans attendre cette réforme constitutionnelle. C’est un des avantages de son âge, et non des moindres.

Le biais de disponibilité

« Une majorité de français pour de nouvelles réformes », c’est le titre d’un papier de Stéphane DUPONT dans les Echos, commentant un sondage CSA, où 54 % des français déclarent souhaiter que le gouvernement accélère ou maintienne le rythme des réformes.
Une onction majoritaire sondagière, dont on nous suggère à longueur de presse qu’elle serait la seule source de légitimité d’une action politique, une sorte d’oracle de Delphes, dont nous attendons les sentences, et qui éclaire les fenêtres possibles  pour une action politique, comme un lampadaire éclaire le trottoir, où l’ivrogne qui a perdu ses clefs, les cherche en vain – parce qu’ici c’est éclairé – mais c’est ailleurs qu’il a perdu ses clefs.
Le nom savant qu’on donne à cet « effet lampadaire », est le biais de disponibilité. La version politique en est la recherche désespérée d’un consensus mou, en  anticipant une absence d’adhésion du pays à ce qu’on devrait lui proposer, et en se réfugiant dans les sujets possibles, acceptables, et donc disponibles, sujets sociétaux ou simulacres de réformes économiques. Cela s’appelle aussi faire diversion. C’est la loi MACRON, qui occupe le parlement à une réforme mineure, et empêche qu’on aborde les vrais sujets, le CICE où l’on donne d’une main aux entreprises ce qu’on leur avait pris de l’autre main, et dont le premier bénéficiaire est la Poste, au lieu des entreprises exportatrices, la réforme territoriale, où il n’est plus question de supprimer des postes de fonctionnaires dans les anciens hôtels de région, dans les anciennes métropoles de région recalées par la nouvelle carte des super-régions, et nous pourrions alourdir la liste de toutes ces “réformes” mal-formées.
Donc, une majorité de français pour les réformes ? mais l’analyse  du sondage ne s’arrête pas là. En fait, l’opinion est divisée en trois blocs, un français sur cinq soutient l’action gouvernementale (il faudrait segmenter encore : soutien contre vents et marées, et quoi que fasse l’exécutif, d’un dernier carré de socialistes identitaires, ou soutien des adeptes du rien faire,  sensibles à la démarche  en apparence brouillonne et peu lisible du gouvernement, aux postures étudiées, une sorte d’ “agir sans agir”, un simulacre d’action, témoignant surtout du  souci  de ne pas  déranger sa clientèle). Un français sur trois penserait  que “ça ne va pas assez vite”. La forme de la question laisse penser à une adhésion quant à la direction et à la méthode des réformes, et à une désapprobation quant au tempo. Si c’était le cas, cela laisserait  un peu songeur quant au degré d’information de ce français sur trois, constatant qu’il n’y a rien sous la pédale d’accélérateur, et qui ne soulèverait pas le capot pour aller voir le moteur, pour employer une métaphore automobilistique. Quatre français sur dix s’opposent à l’action gouvernementale (là encore il faudrait segmenter, entre les tenants du mantra des effets récessifs de l’austérité – laquelle n’est pas en place chez nous, sinon dans le discours, mais qu’on accuserait du fait de sa simple évocation, d’exercer déjà ses effets dépressifs sur la croissance française – les mélanchoniens crachant feu et flamme, les frontistes bas du front, les gens de droite, qui ne savent plus agir ou proposer et qui ne sont plus que dans la réaction – et en ce sens on pourrait les qualifier de réactionnaires).
Ce qui est disponible comme positionnement politique chez les sondés, est là encore un peu attristant, à moins qu’il ne s’agisse d’un biais de disponibilité lié à la construction du sondage. Ne pouvait-on poser les questions qui fâchent, «pensez-vous qu’il faut diminuer la dépense publique, êtes-vous favorable à une réforme complète de la fonction publique, pensez-vous qu’il faut déléguer  aux branches d’activité la négociation sur le temps de travail (rapport Combrexelle), voire sur les contrats de travail». Hélas, dans les instituts de sondage, on n’a rien de disponible qui permette  de prendre à bras-le-corps les problèmes du pays et de se projeter vers l’avenir. Enfin, qu’est-ce qui est disponible dans le journal Le Monde pour nous parler de la Droite, de N.S.  plus exactement, une page entière sur “l’obsession de la revanche”, qui habiterait l’ancien président, sur la droitisation à nouveau à l’œuvre, son interview à Valeurs actuelles. Quant au parti socialiste, inquiet des échéances électorales à venir, il voudrait ” redonner aux ménages “ce qui a “été donné” aux entreprises. Tout cela ne brille pas par la hauteur de vue, et il n’y a pas grand-chose de disponible non plus au sein des partis politiques.