Up and down

En moins de temps qu’il n’en a fallu pour le penser, nous avons fait une rechute. Nous sommes  entrés dans un système dépressionnaire, une de ces  pesantes coagulations, que nous avons connues à tant de reprises, où les rôles sont  bien distribués, au millimètre, les répliques bien rodées, où le citoyen n’a plus d’espace pour respirer, pour délibérer, cerné par toutes ces élites morales, qui entendent penser à sa place, du haut de leurs certitudes et jugements moraux à l’emporte-pièce.
Il fallait donc se séparer d’Alexandre BENALLA, qui ne ménageait pas sa peine et son engagement pour son président, et qui a déraillé, tout simplement, en administrant une grande claque dans le dos ou un tabassage à un manifestant, alors qu’il était à terre, lequel venait d’envoyer une carafe en verre sur le casque d’un CRS. Alexandre BENALLA n’avait rien à faire dans le service d’ordre des manifestations du premier mai, simple invité en tant qu’observateur, et sans responsabilité opérationnelle. On peut penser qu’on s’expose à ce genre de bavure quand on est sur le front des manifestations, alors qu’on est supposé assister passivement au saccage des vitrines et des automobiles, à l’incendie du MAC DO et autres lieux par le Black BLOCK.
Un peu de flottement et d’amateurisme, dans le fait de ne pas l’avoir remplacé, sans état d’âme, après l’élection, par un de ces « fonctionnaires de haut niveau », qui serait resté impavide et les bras croisés devant ce déferlement, car il semble que nous ayons perdu la mémoire de ces « incidents », qui ont fait des victimes, morales j’entends, de ceux qui désespèrent de voir les passe-droits, que revendiquent les brutes du Black BLOCK, détruisant le bien d’autrui, en toute impunité, reconduits de manifestation en manifestation.
Une faiblesse de ne pas l’avoir licencié sur l’heure, comme un malpropre, nous disent ces ministres intègres, en particulier nos représentants à l’assemblée nationale, nos « insoumis », à qui nous allons manifester toute notre indulgence, comme l’a fait Jean-Guy de Chalvron, ancien fonctionnaire de la Commission des comptes de campagne, qui a déclaré sur BFMTV qu’il y avait “peut-être 1 500 factures douteuses” sur les 5 000 présentées par La France Insoumise pour la présidentielle 2017.
Ce sont ces gens-là qui viennent reprocher au président, disons les choses clairement, d’avoir eu la main qui tremble pour se séparer d’un membre de son équipe rapprochée.
Et la boite de Pandore laisse échapper son lot de mélanchonades. Regardez la moue de mépris et de défi, du ci-devant, ajustant sur son gros nez ses grosses lunettes, portant sur son visage sans vergogne ses grosses manipulations de la vérité, son goût pour la corruption de la vérité.
Et tout cela fournit à notre journal de référence, Le MONDE, l’opportunité d’un tête-à-tête avec une longue cuillère, en face du représentant français de la post-vérité, dans un de ces « dispositifs » surréalistes, concocté dans les arrières cuisines de la rédaction, qui avait vu sombrer corps et biens tout ce qui lui restait d’honnêteté et de scrupule en s’engageant pour l’avènement du socialisme, ou du moins de son avatar le plus récent et le moins glorieux,  bientôt social-démocrate, puis social-libéral, tout cela accompagné de tant de manoeuvres torves, et de tartufferies, toute honte bue, au point  que nous pensions que le principe de réalité avait fait finalement son retour dans le grand journal.
Le propos de la tribune à deux voix du grand journal se veut mesuré, mais évoque une  «crise de régime », et on laisse le bouffon de service prendre pour référence la crise du WATERGATE. Quel est l’agenda caché derrière la ligne éditoriale du MONDE, le procès en libéralisme, ou plus encore sans doute, l’entre soi de cette caste qui n’a pas digéré sa faillite intellectuelle et idéologique et qui joue contre son camp, inexorablement, préférant encore l’illibéralisme des TRUMP, POUTINE, ERDOGAN, ou le populisme d’Europe centrale, au pragmatisme de bonne volonté à l’œuvre aujourd’hui dans notre pays.
Affaiblir la démocratie parlementaire, c’est bien ce qui est à l’œuvre, avec ces parlementaires hystériques, éructant des slogans, hurlant des phrases apprises par cœur, laissant envahir totalement leur champ de conscience, agitant le rappel au règlement comme des forcenés, faisant bloc dans un attelage improbable ou la seule arithmétique est le comptage des voix pour la motion de censure.
Dissipée, l’image de représentants de la nation, délibérant et affrontant leurs arguments au sein de commissions trans-partisanes. Ceux-là qui s’ennuyaient dans la sage et modeste contribution au bien commun, apportant d’ailleurs si peu à la construction de la loi, attendaient l’heure de reprendre leur « rôle de premier plan », portés par l’emballement médiatique, enivrés de leur posture retrouvée d’histrions, balayés bientôt par l’écume de l’instant médiatique.
Qui ne voit pas qu’il n’y a pas de scandale d’état, mais un coup de force pour requalifier ce qui s’est produit, revêtir les faits d’une “méta-réalité” délirante, complotiste, mise en scène avec jubilation, pour atteindre l’adversaire, car nous en sommes là, à ce niveau de haine contre l’exécutif, où tous les coups sont permis contre l’homme qui habite la fonction présidentielle, qu’on tentera d’atteindre par tous les moyens. Il ne s’agit pas de co-présider une commission parlementaire, pour monsieur LARRIVE, mais d’en claquer la porte, pour faire oublier les pitoyables turpitudes du Pénélope-Gate, du financement libyen et autres marécages dans lesquels a baigné ce bébé-Sarkosy, qui se targue d’une réputation d’austérité, et donc de probité intellectuelle, voire de modération, mais qui dénonce “les menaces que fait peser le système MACRON contre nos libertés”, ou évoque encore la “récitation de BENALLA” à TF1, supposée “inspirée par les communicants de l’Elysée”, frustration motivée par le fait qu’elle vide de toute substance l’intérêt de l’audition devant la commission parlementaire, qui pourrait maintenant se dérouler sans obstacle, et c’est une erreur de la présidente d’avoir fait obstacle à celle-ci.
Son propos n’est pas celui d’un parlementaire co-président d’une commission parlementaire, dont on attendrait une attitude d’écoute de la parole adverse, pour le moins. Il s’agit pour lui d’ajouter au climat d’hystérie, plutôt que de mener un examen factuel, démontant minutieusement les rouages de l’affaire BENALLA, en exigeant l’audition des protagonistes du cabinet de l’Elysée, comme l’aurait sans doute autorisé la présidente de ladite commission, en dehors d’un climat d’hystérie malveillante.
De l’audition du ministre de l’intérieur par la commission d’enquête parlementaire, on retiendra en particulier la “franche hilarité des membres de la commission” lorsque le ministre indique que la préoccupation d’Emmanuel MACRON porte surtout sur la réforme constitutionnelle et pas tant sur l’affaire BENALLA *
Il faut maintenant donner la réponse du berger à la bergère, et clore la séquence, puisque le public en sait assez pour que la majorité reprenne l’initiative sans état d’âme.
C’est le moment de donner l’image d’un groupe studieux de députés, examinant les carences d’organisation du cabinet du président, pouvant en tirer une proposition de réforme pour l’organisation de sa sécurité. Un parlement reprenant l’avantage sur l’exécutif, pourquoi pas, mais dans les formes du jeu républicain.
La réponse du président est claire. Il n’y aura pas de fusible, car ce serait une lâcheté, et parce qu’aucun grand responsable politique n’a voulu masquer les faits, ou n’a semblé agir contre sa conscience. Les fonctionnaires intègres ont saisi l’opportunité de dénoncer des irrégularités, et jouer les pères la vertu, en se désolidarisant de la chaîne de commandement qui a abouti au petit naufrage d’un jeune homme placé par l’histoire au mauvais endroit. Dénoncer a posteriori le système de commandement au sein duquel ils ont manifesté toute leur servilité, et milité pour leur carrière, ce n’est pas élégant, mais c’est humain. La sanction était insuffisante et tardive, mais personne ne s’est avancé pour manifester son désaccord, pour alerter sur les risques d’une absence de sanction, personne pour lancer l’alerte chez ces fonctionnaires intègres, occupés à leurs petits calculs personnels.
Les journalistes du Monde, à la recherche d’un désaveu que s’infligerait le président, selon la méthode courageuse du “fusible”, laquelle permettrait au moins aux protagonistes politiques d’affaiblir et d’atteindre le plus haut niveau de l’état, puisque ce serait une lâcheté du président de vouloir se défausser de ses responsabilités, en même temps que cette sanction de la mort politique d’un poids lourd de son équipe donnerait une réalité à cette fièvre des marécages médiatiques, puisqu’il y aurait eu mort d’homme.
Et nous avons droit à un long développement dans le Monde sur la démocratie en Grande-Bretagne, montrée en exemple, du fait de la fréquence supposée de ces “démissions” en référence à la posture morale du responsable politique, n’eût-il aucune implication dans un problème tel que celui qui nous occupe. Chou blanc, le président ne prendra pas cette perche-là, même pour se séparer d’un obscur directeur de cabinet.
Il faudrait donc “aller chercher” le président, et déjà les journalistes du Monde sont à la manœuvre, en la personne de Dominique ROUSSEAU **, dont il faut lire le développement proprement hallucinant, supposé être un argumentaire solide de droit constitutionnel, prenant pour point de départ l’article 67 de la constitution, en y faisant rentrer au forceps, l’ audition à tout prix du président devant la commission d’enquête parlementaire, mais à quel titre ? Pas celui de responsable de l’exécutif, du fait du partage des pouvoirs, mais celui de responsable administratif de l’Elysée (sic) !
La marée reflue cependant et n’ayant plus rien dans leur chapeau, après avoir appliqué avec une componction morale méthodique (dixit Philippe RAYNAUD), leurs développements grinçants, dont s’échappait ici ou là des rejets acides, suintant la frustration de ne plus avoir d’angle d’attaque, ayant exploré jusqu’au bout toutes les possibilités de nuisance et les capacités de tourner les arguments pour néanmoins qu’il en reste une trace, une blessure, à défaut d’avoir rien démontré sur le fond, il s’agit maintenant de prendre date, avec un regard torve sur la séquence qui prend fin, et dont on espère qu’elle aura fait du mal à l’adversaire. Ainsi pour Françoise FRESSOZ, le président doit ajourner “sine die” l’examen de la réforme institutionnelle, et les députés “ne le lâcheront pas” ***
Ce que l’on espère, c’est que les institutions soient bloquées, tout simplement, et que l’on reproduise cet entre soi, avec cette corporation improductive, et que persiste cette façon perverse d’appartenir à la représentation nationale.
Pendant que la raison avait déserté la presse nationale, il fallait chercher auprès de Jürgen HABERMAS **** un diagnostic sur l’affaiblissement de la démocratie, de nos institutions, dont nous avons un exemple criant, et des institutions européennes, qu’il voit comme une cause de la résurgence des populismes et des risques d’éclatement de l’union européenne, diagnostic convergent avec celui d’Emmanuel MACRON, exprimé à LISBONNE.
Et si nous prenions au mot la seule contribution jamais produite par la France insoumise, et devenions militants –farouchement – de la réforme constitutionnelle ? Car c’est bien de dégagisme que nous avons maintenant le besoin le plus manifeste.

*https://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2018/07/23/affaire-benalla-les-cinq-elements-cles-de-l-audition-de-gerard-collomb-a-l-assemblee_5334952_823448.html
**https://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2018/07/24/dominique-rousseau-la-commission-d-enquete-parlementaire-peut-demander-a-entendre-le-chef-de-l-etat_5335134_823448.html
***https://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2018/07/24/les-parlementaires-font-payer-a-macron-son-insolente-audace-ils-ne-le-lacheront-plus_5335152_823448.html
**** https://abonnes.lemonde.fr/livres/article/2018/02/21/en-compagnie-de-jurgen-habermas_5260409_3260.html