Après le choc des attentats

 

Se remettre à réfléchir, ne pas rester dans l’émotion et l’hébétude, de peur de voir naître en moi un sentiment de haine, «mimétique», et diffus, cherchant son objet  au-delà de ces terribles machines à tuer.
L’heure est au brainstorming, à l’exploration sans frein et sans autocensure de cet évènement qui fait irruption, mais que nous pressentions.
J’ai choisi pour explorer ce terrible champ de bataille, une méthode, décrite par Edward de BONO, les «chapeaux pour penser», que j’évoquais dans un précédent post. Il s’agit de mettre sur sa tête, successivement, un chapeau de couleur différente, chapeau noir pour la pensée négative et pessimiste (intelligence du pessimisme), chapeau jaune pour les pensées et actions positives, qui pourraient constituer des pistes pour une sortie de crise, et qu’il faut essayer de mettre en actes (l’optimisme de la volonté), chapeau vert pour  la créativité, et enfin, le chapeau bleu pour le  processus de synthèse et pour agir sur le monde.
Tant qu’on a sur sa tête un « chapeau », on n’est pas vraiment responsable de ce qu’on pense, et c’est après avoir parcouru tous les chapeaux, une fois tête nue, qu’on peut  faire le tri de ce qu’il est raisonnable d’exprimer, à visage découvert, après avoir exploré tout le champ du possible. Nous portons sans le savoir, en permanence, un chapeau idéologique et un déterminisme socio-culturel, qui restreignent notre pensée et nous interdisent d’explorer des champs interdits. En cela, nous ne sommes pas très différents de ceux qui portent, vissés sur leur front, le chapeau d’une appartenance à un groupe, qui leur a enlevé le fardeau d’avoir à penser par eux-mêmes.
Porter le chapeau noir, c’est avoir une pensée nue, et s’engager dans toutes les voies qui se présentent, sans avoir peur de l’obscurité, là où le lampadaire du politiquement correct n’éclaire pas.  Porter ensuite un chapeau vert, c’est pousser le raisonnement  à partir d’un fait hypothétique, par exemple : « et si le  khalifat était destiné à persister dans la durée, quelles en seraient  les conséquences ? », c’est ce que Edward de BONO appelle la pensée latérale *.
Chapeau noir, explorons sans crainte ce qu’il y a derrière ces jeunes assassins, tuant indistinctement nos jeunes, élevés, eux, dans le respect de la différence. Regardons en face leur terrifiante manière de  s’effacer littéralement derrière leur acte, ne plus laisser de traces d’eux-mêmes, de leur humanité, ne plus avoir de visage, plus de mains, plus de corps, déchiquetés par leur bombe. Des zombies victimes volontaires d’un mouvement sectaire mondialisé ?
Une des grandes religions de l’humanité atteinte dans une de ses franges par un phénomène épidémique de nihilisme déréalisant perdant les repères du bien et du mal ?
Une aspiration à une pureté paranoïaque, à un royaume d’utopie, dont le remède serait peut-être de laisser les foules de djihadistes se heurter à la réalité d’avoir à vivre dans une telle société, et plus seulement mourir pour son avènement ?
Leurs commanditaires. Anciens tortionnaires du parti BAAS de Saddam Hussein, formés aux méthodes de manipulation mentale et d’organisation d’un état totalitaire, méthode KGB, et d’anciens activistes religieux formés à l’école de la haine dans les prisons américaines en IRAK. Ce ne sont pas les dirigeants qu’on peut rêver pour l’avènement du khalifat du prophète, mais si nous faisions le pari de laisser se poursuivre l’expérience, sur un territoire limité, et faire confiance à l’usure du réel pour laisser se tarir la fascination qu’exerce aujourd’hui ce mouvement, qui ne serait plus qu’un misérable état totalitaire habillé des oripeaux de la religion pour opprimer son peuple ?
Au moins, sur le papier, explorons cette hypothèse. Que veulent-ils ? un khalifat, sur un territoire. Il faut un instant en examiner la possibilité. Une étendue désertique, ponctuée de villes en ruine, vidées de leurs habitants ou de toute capacité à reconstituer un tissu social par la sauvagerie successive du gouvernement de ce qui était leur pays, et n’a plus de légitimité à le rester, puis par la sauvagerie de l’occupation de DAESH. Constituer un territoire limité par les contours de la destruction la plus achevée, la plus irrémédiable, dont ces territoires stérilisés ne se relèveront pas pendant des décennies, même si DAESH en est chassé. Instituer dans ce désert où la haine a sévi comme dans peu d’endroits dans le monde, un état confessionnel dans sa version wahhabite, pourvu que les habitants fassent le libre choix de vivre dans cette belle société – et alors il faut accueillir dignement les réfugiés qui ne désirent pas vivre cette expérience très spéciale – Ils sont déjà sur les routes, au moins ceux qui pouvaient payer les passeurs.
Si nous excluons de ce khalifat les quelques grandes villes qui tiennent encore debout, reprises à DAESH, autour desquelles se construirait l’état syrien d’après BASHAR, distinct du khalifat, dans un climat de paix armée, en face lui-même d’un KURDISTAN, qui est aujourd’hui notre plus fidèle allié, seul apte à mener cet endiguement qui restera nécessaire. C’est bien cette politique de fixation du phénomène DAESH sur un territoire et d’endiguement que nous (communauté internationale), avons menée jusqu’à présent.
Profiter aujourd’hui de cette terrible tabula rasa, et prendre en considération les dernières convulsions achevant l’éclatement des nations nées au XIX ème siècle, et construire autour des dynamiques qui existent aujourd’hui, un état résiduel syrien, autour des anciennes minorités alaouites, un Kurdistan, un Irak construit sur l’autonomie de deux régions confessionnelles, sunnite et chiite, et enfin, ce khalifat, auquel une chance pourrait être donnée d’abandonner son fonctionnement de trou noir de la violence mondialisée, en construisant sur ses ruines un état confessionnel sunnite, car c’est bien sur la base de la revendication d’une identité sunnite que le djihadisme a pu trouver un territoire.
Il n’y a pas d’autre horizon politique que la création d’états confessionnels, et pourquoi sacraliser la configuration des états actuels, qui n’est rien d’autre que la suite des accords secrets Sykes-Picot, découpant la région en zones d’influence des puissances de l’époque, une zone française d’administration directe (Liban et Cilicie), une zone arabe d’influence française (Syrie du Nord et province de Mossoul), une zone anglaise d’administration directe (Koweït et Mésopotamie), une zone arabe d’influence anglaise (Syrie du Sud, Jordanie et Palestine), une zone brune d’administration internationale comprenant Saint-Jean-d’Acre, Haifa et Jérusalem.
La création de ces états confessionnels n’est-elle pas l’horizon politique qui manque pour donner un sens à la lutte contre DAESH ?
Parvenir à une paix provisoire, dans un périmètre stabilisé, après un effort de guerre conséquent de la coalition, qui aurait grandement affaibli les velléités d’expansion et raboté les illusions de DAESH, et obtenir le renoncement à la révolution mondialisée, puisqu’il serait possible à tous les monomaniaques de la pureté religieuse – c’est ainsi que se présentent ces incultes, en recherche en fait d’une fraternité fusionnelle, ne supportant pas notre individualisme, et notre liberté – de venir vivre dans cette nouvelle terre promise, revigorer leur ego malmené dans nos sociétés.
Cette nouvelle expérience de nation building, aurait sans doute un sens, à l’opposé de ce qui s’est passé en IRAK. La transition au sein du khalifat pourrait se faire un jour entre la génération des assassins-fondateurs et les bâtisseurs d’une nation, qui a déjà une armée, mais qui aura besoin de quelques commodités supplémentaires. Diluer le phénomène djihadiste dans une reconnaissance de la revendication sunnite à constituer un état confessionnel, qui aura fort à faire à organiser la vie quotidienne, et à faire évoluer la culture de mort de DAESH vers une culture de vie en société. L’idéologie du whahabisme, en tant que principe organisateur d’une société, trouverait à terme les compromis qu’il faut avec les résidents volontaires, et transformerait le désert en jardin, irrigué par les finances saoudiennes, mettant fin aux humiliations sans fin des peuples de la région, sunnites, kurdes.
Et si tel était notre espoir secret avant les attentats ?  Et si ce n’était que parce que nous sommes  touchés par le prosélytisme de ces fanatiques dans nos pays, que nous leur déclarons notre  hostilité ? agirions-nous autrement que ce que nous faisons, en appuyant les forces locales hostiles à DAESH, l’opposition syrienne démocratique, les groupes islamistes n’ayant pas fait allégeance (pas encore ?) à DAESH, et les kurdes, dans un jeu triangulaire avec les forces de BASHAR. Attendons-nous autre chose qu’une sorte de solidification de cette zone en fusion, en pratiquant le «containment», et en espérant que le meilleur possible en sorte, ou le moins pire**.
Après cet endiguement, conduisant à la reconnaissance d’un territoire confessionnel sunnnite, il faudrait espérer voir survenir la dilution du djihadisme dans cet ensemble sunnite.

Si nous poursuivons la métaphore du chapeau, nous voyons que Manuel VALS, après les attentats,  a porté le chapeau rouge, celui de l’émotion, qui, selon DE BONO «n’a pas à se justifier auprès des autres chapeaux. C’est le feu, la passion». Le problème, c’est que la passion retombe, et quand on a proclamé que nous étions en guerre, et que nous allions «détruire» nos ennemis, ces paroles d’un dirigeant restent inscrites dans la mémoire collective, et sonneront, n’en doutons-pas, comme des paroles téméraires et des fausses promesses.
François Hollande prend à pleines brassées tous les concepts disponibles pour mettre en scène un “virage sécuritaire”, et bénéficie d’un “effet d’aubaine”, qui lui permet de sortir de l’inaction et de l’indécision. Que n’avait-il puisé dans ce que lui proposait la société française dans toutes ses composantes pour demander l’union sacrée pour le sauvetage de l’économie ?
Cette posture lui vaut une reconnaissance provisoire de la nation. Il feint d’être à l’origine, à l’impulsion de cette formidable action des forces de police, de la mobilisation exemplaire des secours et des hôpitaux. Il moissonne les maigres récoltes conceptuelles de la droite, y compris jusqu’à la déchéance de nationalité pour les binationaux radicalisés. Tout ce qui est disponible est mobilisé. La droite, piteuse, balbutie, s’agite sur les bancs de l’assemblée. Laurent WAUQUIER tente sa chance, au milieu de la fusillade, au téléphone, comme s’il sortait de son lit, proposant l’internement de tous les détenteurs de la fiche S, sur un ton qu’il voulait solennel, mais parasité par ce petit zézaiement qui prête à sourire, en même temps que le fond du propos et le timing renforcent l’impression d’impréparation, pour ne pas dire d’inaptitude à penser le phénomène. Même impression pour Bruno LEMAIRE à l’émission “Des paroles et des actes”, débitant un monologue grandiloquent, mais sans consistance, en miroir de celui de MELANCHON. Et ne parlons pas de celui qui proposera, dans les heures qui suivent les attentats, le rétablissement de la peine de mort pour les kamikazes, une version actualisée de la double peine, en somme, pour les petits gars qui se sont fait exploser. Celui-là même qui court à Moscou, et ne sait où donner de la tête pour exister dans cette tourmente. “Il faut revoir complètement notre politique de sécurité” c’est encourageant de la part de  la personne qui a construit précisément la politique de sécurité du pays pendant une décennie d’action publique, a eu tous les leviers de commande, a fusionné RG et DST, et donc a supprimé les renseignements généraux et la police de proximité, a construit sa carrière politique sur le sujet. Un début d’inventaire du quinquennat précédent ? Je crains que nous devions déclarer également inapte provisoirement, notre ancien président (arrêt de travail pendant quelques semaines ?), et le prier, dans l’intérêt de son camp, de prendre du recul.
François FILLON, à TF1, a produit un petit objet de communication politique, exprimé comme une opinion de bon sens, sans grand charisme, un peu détaché, il faut le dire, pas vraiment à la hauteur de l’évènement, et qui fait l’impasse sur une série de dilemmes. En bombardant DAESH en Syrie, nous aurions commis «un acte de guerre» et il fallait s’attendre à des représailles. Puisque nous sommes en guerre contre DAESH (cette guerre est-elle justifiée à ses yeux ?), si nous voulons gagner cette guerre, il faut la mener en Syrie, et pour être efficace, il faut s’allier au sanglant dictateur BASHAR et à son protecteur russe. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Le problème, c’est que le grand frère russe tape sur l’opposition démocratique, et ne cherche qu’à conforter BASHAR. Voila bien l’angle aveugle de la déclaration de François FILLON, le poutinisme rampant dont font preuve quelques politiques de droite, rejoignant sur ce point la droite extrême. POUTINE me fait horreur, j’aime bien FILLON, et je désespère de certaines de ses positions du type jeu de billard à plusieurs bandes. Autre point aveugle de son argumentation, cette coalition (élargie à POUTINE et aux iraniens), où nous nous impliquerions résolument, mériterait d’être examinée sérieusement sous l’angle des motivations et ambigüités de ses composantes, avec une grille de lecture à la SCHMITT – qui sont les ennemis de qui – le Kurdistan, cible de la Turquie, plus que DAESH, et ce n’est que lorsque ce dernier a commencé à déstabiliser la Turquie qu’une hostilité est née contre lui dans ce pays, qui était jusqu’à ce moment, une base arrière pour ses opérations. La Turquie va-t-elle pour autant se lancer dans une « lutte à mort » contre les tenants du khalifat ? La même question se pose pour le régime syrien, qui voudra conforter son existence sur un territoire plus restreint, et pour ses protecteurs, qui n’auront pas la volonté «d’éradiquer» DAESH. Les américains voudront-ils se mettre dans ce nouveau guêpier ? nos alliés européens, qui n’ont plus d’armée et ne sont pas des cibles de DAESH vont-ils s’impliquer ? Avons-nous les moyens de nous retrouver en première ligne en SYRIE ?
L’argument de François FILLON n’était pas convainquant au moment où il l’a émis, puis les évènements se sont accélérés, le CHARLES DE GAULLE appareille, l’allié POUTINE discute avec le président HOLLANDE, chef de guerre planétaire. Le président français “intensifie” les frappes, triple (mazette) le nombre d’avions, lesquels font des sorties tous les jours. Peu d’efficacité prévisible, comme le laisse voir l’accueil flegmatique, bien qu’amical, de l’ami BARAK, qui doit penser que les petits ruisseaux font les grandes rivières, lui qui tape bien plus massivement sur DAESH depuis des mois. Pas de vision du président HOLLANDE, qui remet à plus tard la question de BASHAR, tout à son alliance avec les russes. On tire à vue, mais on ne voit pas ce qu’il pourrait y avoir après, au moins, ça défoule.
Nous ne sommes pas partis pour résoudre l’équation DAESH en Syrie, dont les experts nous disent d’un ton pénétré, que c’est là-bas qu’il faut agir, aux racines du mal.
Les commentateurs pensent la chose en catégories. Sur France Culture, il y a les bellicistes, dont fait partie le président, qui mise sur les frappes aériennes, à défaut d’autre chose, et qui pense que ça finira par marcher, comme l’inversion d’une certaine courbe, mais cela risque d’être long, là aussi. Il y a les pacifistes (laissons-les se débrouiller entre eux et les choses s’arrangeront spontanément, du fait précisément de notre inaction). On relaie les propos d’un philosophe qui nous dit d’un air docte que bien des français auraient voulu s’unir autour d’un symbole différent du drapeau bleu blanc rouge. Ils n’ont de cesse de s’effacer, il ne leur reste plus qu’à ne plus parler, nous ne les regretterions pas. Et enfin, il y a les “réalistes”, pour lesquels, il s’agit en somme de faire ce qui est possible, sans se faire d’illusion sur ce que l’on fait. Une sorte de “fais ce que doit, et advienne que pourra”, telles sont les catégories utilisées dans la discussion entre Hubert Védrine et Guillaume ERNER aux matins de France Culture. On peut craindre que notre redoutable offensive militaire dans les cockpits des avions et intellectuelle dans les studios et les médias dominants ne débouche sur rien d’autre que le constat de notre impuissance en Syrie.

C’est donc sur le plan intérieur, en France et en Europe, que nous avons à faire porter notre effort, avec également, des dilemmes sur lesquels « élaborer » une vision pour nos pays européens.
Je continue à porter le chapeau noir, et je vois se déliter le rempart conceptuel élevé par nos élites, avec de laborieuses et insuffisantes mises à jour de notre logiciel démocratique, dans sa version upgradée, bardée de patchs, n’empêchant plus les bugs, au risque de l’affaissement du système fondant le vivre-ensemble.
Est-ce que nous ne sommes pas déjà dans le « vivre séparés », c’est la question que je me suis posé en faisant mes courses, et en surprenant, chez une femme menue et gentille, portant le voile, s’adressant à un commerçant coreligionnaire où j’achète mon pain, l’expression d’un contentement du coup porté à une entité ennemie, cohabitant avec eux sur un même territoire, et vis-à-vis de laquelle l’intensité du ressentiment est telle qu’on se réjouit de voir massacrés ses femmes et enfants.
Des lycéens rapportent des propos semblables, tenus ouvertement dans les classes, approuvant l’attentat de Charlie Hebdo. Voyons un peu cette fois si la haine du pays d’accueil s’arrêtera et si ce ne seront pas les mécréants fêtards et non adorateurs du prophète, qui auront été punis. On le dira peut-être un peu moins fort.
Je constate que les parents de ces lycéens n’ont pas été convoqués, et les enseignants se sont retrouvés seuls, abandonnés. Quelle est l’analyse des pouvoirs publics ? le phénomène est-il trop massif pour qu’on puisse lutter contre lui ?
Doit-on s’étonner de voir naître un rejet symétrique, chez de paisibles citoyens confrontés à ce phénomène, beaucoup plus répandu et rampant que ne le pensent ou veulent l’admettre nos élites.
Nous sommes pris entre la sécession des quartiers et la progression du front national.
Le communautarisme est un rapport de force. Les membres de ces communautés se trouvent, pensent-ils, en marge de l’attribution des places dans la société et occupent des postes subalternes dans l’économie de marché, mais pour autant, au lieu de jouer le jeu de la société méritocratique, ils préfèrent instaurer un rapport de forces pour obtenir autrement, pensent-ils, ce qu’ils n’obtiennent pas par le jeu démocratique, et construire leur identité politique et sociale sur l’opposition aux valeurs de la France.
Le ressentiment contre le pays d’accueil amène à se réjouir de ce qui l’atteint, et l’affaiblit, espérant pouvoir encore pousser leur avantage, et leur sécession. La réaction aux attentats dans les quartiers manifeste cruellement la rupture du lien national comme un phénomène de masse.
Il faut regarder cette réalité en face.
Il ne suffira pas de fermer quelques mosquées intégristes,  déchoir de la nationalité quelques fanatiques-assassins en puissance, enfermer ou maintenir en résidence surveillée cinq milles radicalisés, ou même 11500, (autre chiffre entendu dans les médias), car les chiffres ne représentent que la partie visible d’un processus beaucoup plus répandu, au sein de communautés entières se coupant de la société française et vivant dans la théorie victimaire du complot occidental contre l’islam. C’est un phénomène de masse, terreau fertile pour le pire. La prise de pouvoir par des groupes de salafistes dans beaucoup de mosquées est en cours, et l’islam dur porteur d’un projet politique, est en pleine expansion. Nous laissons les musulmans modérés faire face, seuls, à ces groupes déterminés.
Il est symptomatique de voir le débat se déporter vers le contrôle des frontières, alors que ces jeunes assassins sont originaires de nos banlieues. Le non-dit est de limiter quantitativement le phénomène communautariste, en limitant le nombre des immigrés s’installant chez nous, faisant l’hypothèse sans le dire que le combat pour intégrer ces nouveaux-venus dans la société laïque à la française est perdu d’avance, avant même d’avoir été livré.
Portons maintenant notre chapeau bleu, et voyons ce que doit faire la communauté nationale : exercer un rapport de forces symétrique,  exiger un implacable respect de la laïcité, et condamner sans appel certaines positions communautaires, qui ne tombent aujourd’hui, sous la coupe d’aucune loi.
Alors une police de la pensée, l’instauration de lois interdisant le blasphème contre les valeurs démocratiques ? des lois liberticides ?
Faire monter le rapport de forces, c’est savoir jusqu’où il faut aller, entre persuasion, campagnes d’opinion, incitations positives, union sacrée et implication de tous les citoyens pour les solutions d’endiguement du communautarisme, sans perdre nos valeurs démocratiques.
Les pistes à creuser pour les politiques, par exemple les candidats à la primaire, c’est avoir le courage de regarder les faits en face, faire campagne publiquement pour l’intégration dans la nation et l’adhésion à nos valeurs, qui concerne, heureusement, une majorité des musulmans, faire bloc pour persuader, et en dernier recours, intimider, à notre tour, les sécessionnistes. Les musulmans modérés ne pourront que voler au secours de la victoire de la laïcité.
Il faut examiner jusqu’où pourrait aller la montée en puissance du rapport de forces, pour une minorité (on l’espère) d’opposants à cette grande cause nationale : convocation des élèves et des parents d’élèves devant une instance extra-scolaire, si c’est au sein de quelques familles mal informées, qu’il faut trouver le milieu idéologique d’hostilité à la société, il faut les éduquer solennellement, comme un rappel à la loi. Il en est de même pour ces jeunes scolaires, se croyant autorisés à porter une parole publique de soutien à la radicalisation dans le milieu scolaire, qu’il faut admonester de la même façon, et ne pas donner le spectacle du désarroi et de la faiblesse de professeurs dont ce n’est pas le rôle de s’opposer à leurs provocations.
Il faut un combat idéologique contre les croyances favorables à la sécession, exercer des pressions de toutes sortes contre les sécessionnistes, allant jusqu’à l’exclusion du périmètre de la solidarité de ces français communautaristes (minoritaires) qui veulent ce développement séparé. Des sanctions financières prononcées contre des citoyens récalcitrants, politique du donnant-donnant, et peut-être, obligation de travaux d’intérêt général qui leur seraient demandés pour prendre la mesure de l’effort consenti par ce pays honni, où ils habitent, pour les loger, les éduquer, les soigner, et à qui il faut donner quelque chose en échange.
Et pour ces mêmes sécessionnistes, de nationalité étrangère, ce qui serait disponible, déjà, c’est une politique de maintien conditionnel sur le territoire, qui, pour constituer une menace crédible, devrait être une mesure de masse, pour peu que l’administration puisse être seule juge de l’opportunité de conserver un droit de séjour à des étrangers non intégrés, hostiles à leur pays d’accueil, dont la scolarité de leurs enfants pourrait bien se poursuivre dans leur pays d’origine. Il faut changer la loi sur le séjour des étrangers, en faisant un bon usage de cette mesure, car mieux vaut brandir une menace que la mettre à exécution.
Le soutien implicite des héros négatifs de l’islam par une base sociale communautariste est l’ ennemi de la Nation.

*https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thode_des_six_chapeaux
**http://www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre-d-ete-l-etat-islamique-va-t-il-bouleverser-les-frontieres-du-moyen-orie-0