Le vote des statuts de LREM

Les statuts de LREM soumis au vote des adhérents ces jours-ci, ne rencontrent pas une adhésion massive de tous ceux qui ont cliqué un jour sur leur souris et se sont retrouvés marcheurs, c’est le moins que l’on puisse dire.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir déployé des trésors de persuasion, sur le modèle de ce que j’ai vu s’afficher sur mon mail il y a quelques jours, un triomphal “25 %”, de nature à attiser fortement ma curiosité, et à m’inciter à voter sur le  champ pour les statuts qu’on m’envoyait  en pièce jointe. Je me suis dit que ce  quart de quelque chose devait avoir en l’espèce une force symbolique tout à fait particulière, alors qu’il ne témoigne le plus souvent que d’une minorité, cet individu sur quatre qui, au moment de se compter, sait qu’il ne compte pour rien.

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Les nouveaux clivages à quelques jours de l’élection

Les commentateurs politiques nous parlent de nouveaux clivages, pour tenter de clarifier l’opposition entre les deux finalistes de la campagne présidentielle. Nous aurions l’ouverture d’un côté  et la fermeture-repli sur soi de l’autre côté. Une opposition qui organise une proximité entre le repli sur soi et la protection des plus vulnérables, que s’arroge le camp frontiste, comme s’il n’y avait besoin de plus ample démonstration. Il y aurait d’un côté, le candidat des gagnants de la mondialisation, et de l’autre, la candidate des invisibles, et, en menant un peu plus loin les présupposés de ce dispositif mis en place par les médias, l’idée que le programme frontiste, proclamant cet objectif de protection, aurait de meilleures chances de l’apporter effectivement à son public. C’est sur la distance, voire le divorce entre les buts proclamés par le FN et les moyens proposés dans son programme économique qu’il faut organiser un pilonnage intense et constant. Le risque d’un décrochage violent de l’économie et du pays tout entier, qui n’épargnera pas ses laissés-pour-compte, est devant nous.

Ce risque, pour ne parler que de celui-là, ne semble pas inquiéter les jusqu’au-boutistes des deux extrêmes, et de ce fait, le camp des abstentionnistes voit ses rangs grossir de ces  frustrés du premier tour, qui ne sont pas encore dégrisés de leur coup de foudre hypnotique avec le  leader maximo-bolivaro-poutiniste, dont les hologrammes se sont éteints, et dont il ne  reste rien – vraiment rien- des propositions fumeuses de son « programme », rien qui puisse nourrir un mouvement d’opinion, sur lequel bâtir un groupe parlementaire. Ce « dégagisme » n’était qu’un « pousse-toi-de-là-que-je-m’y-mette ». Le feu de paille n’a laissé que des cendres, les lampions de la fête foraine sont éteints. Pourtant le clown n’a pas enlevé son nez rouge, et veut faire sombrer le navire qui n’a pas voulu de lui pour capitaine. Laissons-le grossir les rangs des populistes en retraite. C’était son triste chant du cygne, qui se transforme en sinistre croassemnt. Sa consigne d’abstention est un suicide moral.

Une autre démonstration tout aussi clownesque est celle de Christine BOUTIN, qui s’est trouvée une nouvelle icône du libéralisme des mœurs à vilipender, en la personne d’un candidat qui ne remettra pas en cause le mariage pour tous, pas plus que ne l’aurait fait le cauteleux candidat de la droite, se vêtant de la chasuble et du vêtement blanc de l’enfant de cœur pour masquer sans vergogne son ambition pour lui-même sous les airs de l’ambition pour le pays. Son programme était la production hors-sol d’une coterie, une proposition aventureuse pour le pays,  en phase avec le ton prophétique de l’effort, du sang et des larmes, mais qui s’avérait être aussi  peu intègre que celui qui la portait. Une fois au pouvoir, il se serait dépouillé de ces oripeaux. Pour autant, la  droite bornée continue sur sa lancée, et n’entend plus celui-là même qu’ils suivaient aveuglément quand il leur conseille maintenant de voter pour EM.  Comme Christine BOUTIN, 30 % des électeurs de FF déclarent maintenant vouloir voter pour Marine LE PEN.

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La centralité institutionnelle d’Emmanuel Macron

Se mettre en marche, c’est partir de quelque part. On peut venir de la droite et du centre, c’est le nom que j’ai donné à mon blog, en même temps que d’autres font  un chemin symétrique, venant de la gauche sociale-libérale, ou même de plus loin. Dans tous les cas, il s’agit de converger vers un nouveau centre, qui n’aurait plus cette image floue et confuse, de groupement d’opportunistes, de force d’appoint attendant de voir comment le vent va tourner, de « marais », de « citoyens qui ne se reconnaissent pas dans la division droite-gauche,  par volonté claire de ne pas se laisser embrigader ou par impuissance à se déterminer ? » (René REMOND).

Ce que nous voyons clairement, c’est que le mouvement En Marche acquiert une véritable “centralité institutionnelle”, laissant une chance aux héritiers de François Guizot de construire une nouvelle sensibilité, composite, et d’en choisir les matériaux, libérale en économie, pour gonfler nos voiles au grand vent de la globalisation, mais étatiste, car le marché ne peut pas tout, et il faut protéger les citoyens, national, car il faut se sentir appartenir au pays, mais européen, car c’est notre horizon incontournable.

Ce chemin, fait d’équilibre entre des contraires, est moins lisible pour bien des français que les propositions tranchées des autres camps. Il reste à les convaincre de la gravité des enjeux (1) et du caractère impraticable des autres choix auxquels pourrait être confronté le pays. Imaginez le dilemme d’avoir à choisir entre Hamon-l’utopiste-surpris-d’être-là-les-yeux-écarquillés-comme-un-lapin-dans-les-phares-d’une-voiture, ou les nationaux-d’abord-on-est-chez-nous-sortons-de-l’euro-point-barre ? Ou entre  les sus-nommés et Fillon-les-casseroles-mon-programme-quand-on-le-regarde-d’un-peu-plus-près-il-était-déjà-impraticable-avant-mes-ennuis-alors-maintenant-n’en-parlons-plus.

L’alignement des planètes auquel nous assistons pour EM va-t-il conduire les marcheurs à une trop grande confiance en un choix des français par défaut ?

Au sein même du mouvement, au centre, il y a Emmanuel Macron. C’est la pierre d’angle. Il met sur la place publique sa délibération personnelle, et on le voit  chercher les symboles qu’il pourrait choisir pour parler de lui aux français, puisqu’en même temps, l’idéologie de son mouvement, il la construit devant nous.

Il est le premier des candidats à l’élection présidentielle à répondre à l’invitation d’Emmanuel Laurentin pour évoquer les références historiques qui nourrissent son action (2). Il n’a pas eu besoin de lire « l’histoire de France pour les nuls », comme l’avait fait François Hollande, surpris par un photographe, plongé dans cette lecture, sur un bateau pneumatique (justifiant le qualificatif de capitaine de pédalo dont devait l’affubler Mélanchon).

Emmanuel Macron avait déjà semé des petits cailloux, antérieurement, par ses propos sur le corps du roi et sa visite à la basilique de Saint-Denis, son dialogue silencieux avec les transis, alors qu’il venait lui-même de sacrifier le corps du monarque républicain. On se souvient de la visite à Jeanne d’ARC, à Orléans. On connait  ses déclarations hasardeuses sur le crime contre l’humanité de la colonisation, en Algérie, comme pour faire pendant  à ses déclarations antérieures sur les retombées civilisatrices de celle-ci, qui ne valaient pas quitus pour en endosser les aspects négatifs. Et toujours, c’est au sein de belles phrases bien balancées  que les malveillants vont extraire des citations sorties de leur contexte.

Discours brillant et convainquant, dans l’émission d’Emmanuel Laurentin, bien au dessus de ce qu’aurait sans doute produit François Fillon, qui apprend par cœur la liste des rois de France, ou de la polémique sur les gaulois ou la princesse de Clèves d’un ancien président. N’empêche que le discours sur le dépassement souhaité par EM entre d’une part le déni des crimes passés et le repli sur une identité fantasmée, et d’autre part la  repentance et l’abandon de notre identité par haine de soi, ressemblait bien à une manœuvre de correction de trajectoire d’un artilleur dont le canon aurait fait quelques dégâts collatéraux.

Il a manqué l’occasion d’endosser l’habit de la fonction à laquelle il aspire, avec nos amis algériens, qui ne demandaient pas qu’on emploie ce terme de crime contre l’humanité, mais dont il ne connaissait pas l’agenda : demande de reconnaissance des retombées malheureuses des essais nucléaires français au Sahara, et autres sujets très concrets qu’il eût fallu connaitre avant de rendre visite aux dirigeants algériens.

Emmanuel Macron est encore dans la délibération du philosophe. Il lui faut maintenant tenir un discours plus prudent et plus sobre d’aspirant à la fonction de monarque présidentiel, passer de la délibération au discours d’action. Se faire un peu plus rare, préserver une part de mystère (relire Balthasar GRACIAN)  ?  “il ne faut pas se piquer également d’habileté avec tous, ni employer plus de forces que l’occasion n’en demande. Point de profusion, ni de science, ni de puissance”

Certes, on ne peut pas dire qu’il n’agit pas, avec une audace extraordinaire et réjouissante, mais il ne faut plus trop se regarder avec satisfaction et commenter sans fin sa réussite,  dans la communion de ses fidèles, en employant la forme du nous, «notre mouvement». Il faut maintenant parler en direct aux français, les yeux dans les yeux, et tenir un discours plus carré.

Il s’active à décrire sa vision pour le pays, et c’est une belle fresque qu’il a produite dans son ouvrage, ” Révolution”.

Il a mandaté Jean Pisany-Ferry pour se donner un cadre budgétaire intangible, auquel on ne saurait déroger, et c’est un succès, à quelques détails près.

Il a lancé un mouvement pour construire un programme, qui semble ne pas lui appartenir totalement dans ses résultats, à l’issue d’un  dialogue avec des milliers de citoyens, consultés sur le pas de leur porte, ou dans des comités de travail locaux, et des collaborations d’experts -500- nous dit-on, pour mettre en forme un projet.

C’est le terme de projet qu’il semble vouloir employer plutôt que celui de programme, semblant manifester une certaine prise de distance avec cette feuille de route ?  Un programme, c’est le travail de l’entourage, c’est le produit d’une dynamique, qu’il ne faut pas décourager, certainement. Il le fallait, ce document sur papier glacé, et ses strophes et litanies bien scandées.

Ce document, on le voudrait parfait, car nous sommes convaincus du bien-fondé des intentions, des logiques sous-jacentes, de la vision d’avenir qui le nourrissent.

Hélas, on ressent un certain malaise à la lecture de ce qui pourrait ressembler à un catalogue dont on ne verrait pas les lignes de force.

Il faut ramasser tout cela en quelques points-clefs bien compréhensibles par les français, et ne pas tenir mordicus à des aspérités sur lesquelles vont se fixer tous les malveillants. Un projet est toujours perfectible, François Fillon nous en donne l’exemple avec son rétropédalage sur la sécurité sociale.

De quelle position, d’où lisons-nous le programme d’En Marche, nous les sans-grades ? De notre poste de vie, de notre territoire, dont nous sommes les experts, expertise citoyenne revendiquée depuis longtemps dans ce blog.

Depuis notre petit poste dans la société, dans notre petit secteur, nous pouvons ne pas percevoir, ici et là, que les propositions retenues dans le programme d’EM “adressent” complètement les problèmes et prennent en compte les lignes de force qui traversent la société.

Nous sentons les limites de la composition des membres de  l’entourage, qui ont produit les  propositions qui leur tenaient à coeur, en matière de transition énergétique, en matière  d’éducation(, de santé (3,4,5). Nous percevons un biais d’orientation du programme, que seule une consultation élargie de toutes les forces vives du pays pourrait corriger.

Nous pensons au conseil de BOILEAU « cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage ».

Pour ce faire, il faudrait une sorte de révolution copernicienne, en continuant la consultation  une fois le programme finalisé. Ce qui serait au centre, ce serait la démarche citoyenne d’appropriation du programme à travers une critique constructive,  à l’opposé de la sanctuarisation du programme comme chose achevée et parfaite. Cela serait l’aveu implicite de son imperfection, mais aussi la manifestation du désir d’EM de progresser sans cesse, de ne pas s’arrêter, d’associer tous les citoyens de bonne volonté.  Rester En Marche.
EM n’a pas besoin de ralliés, mais de participants.

Un forum accessible à tous, pas à travers ces “fils” pour initiés, sur TELEGRAM, qui s’entremêlent comme du fil de pêche, tellement ils sont nombreux et confidentiels.
Un forum public où tous  les citoyens pourraient proposer leurs analyses, cela dans le cadre intangible de quelques lignes de force  fortes et définitives, bien lisibles.

Laisser enrichir le programme, l’infléchir et ne pas mener une guerre de tranchées sur un catalogue comportant des choses importantes et des choses futiles ou non pertinentes, mais tenir fermement sur les options essentielles.

Ce serait  une nouvelle façon de faire de la politique,  la démocratie délibérative, explosant le plafond de verre des proches et des experts, la fin d’une hypocrisie sur “Le Programme”, dont on sait que c’est un objet bien imparfait, mais néanmoins qu’on va défendre pied à pied, et qui n’est, en dehors de quelques points importants, qu’un support de communication, qui permet seulement d’occuper la posture de la conviction véhémente, d’avoir réponse à tout, quitte à le jeter après usage, en s’empressant de le trahir.

Action résolue sur les choses incontournables, délibération et recul  du candidat, sur les choses perfectibles, opération vérité sur les limites de l’action d’un président, qui ne peut pas tout connaître et tout maîtriser dans un programme de gouvernement. L’aveu de la fragilité de l’homme politique, à la tête d’un mouvement, à l’opposé de l’Hubris qui mène à leur perte ceux qui se sont baricadés, dans leur campagne et dans leur conviction de forcenés.
” Dureté et rigidité sont compagnons de la mort. Fragilité et souplesse sont compagnons de la vie. (Lao-Tseu)

Prendre le risque d’une petite phrase, certes, “le président ne peut pas tout connaître” (mais il  a le désir de progresser),  qui  serait bien différente du ” l’état ne peut pas tout”, (et il baisse les bras),  qui fit perdre Lionel Jospin.

C’est un risque à  prendre  pour un candidat,  par ailleurs totalement déterminé et parfaitement au clair sur les choses essentielles. Emmanuel Macron est suffisamment brillant pour mener l’exercice à bien, guidé par la phronesis de ses maîtres philosophes.

Humilité et vérité devant les français.

Je discute  les orientations du programme, donc, comme un petit marcheur, assis devant mon ordinateur, dans la posture du soutien critique.

Pour commencer par l’école, tout d’abord,  il faut dire qu’on a envie de dépasser le clivage droite-gauche et les positions idéologiques sur l’école, entre les conservateurs de droite,  tenants des apprentissages fondamentaux, lire-écrire-compter, plus le récit national, et les idéologues de gauche pour lesquels le salut de l’école viendra des recrutements d’enseignants (les 60 000). Emmanuel Macron en a fait un marqueur de son programme, avec les 12 élèves par classe de CP dans les ZEP.

Or, ce n’est manifestement pas un déficit de moyens qui peut expliquer que 20 % des élèves ne maîtrisent pas les savoirs fondamentaux à la sortie de l’école primaire, puisque la France reste le pays où les fondamentaux, français et mathématiques bénéficient de la plus forte dotation horaire, 37 % du temps pour la lecture, contre 22 % en moyenne dans les pays de l’OCDE, et 21 % pour les mathématiques, contre 15 % pour l’OCDE.

Le CNESCO, conseil national d’évaluation du système scolaire vient de livrer les conclusions de la conférence de consensus qu’il organisait. Conclusion des travaux, «après trente ans de travaux, nous n’avons pas assez d’éléments convergents entre la taille des classes et les résultats des élèves» (Nathalie MONS, citée dans Le Monde (6)

Les préconisations retenues par le CNESCO,  ce sont : la personnalisation de l’enseignement, l’identification des enfants à risque, pour mettre en place une pédagogie personnalisée, la création d’un poste «d’enseignement des fondamentaux», qui suivrait les élèves tout au long de leur cursus, le tutorat par les pairs, à la japonaise, élèves plus âgés, expliquant aux plus jeunes, bénéfique pour celui qui explique et pour celui qui crée un lien avec le plus ancien, (développement du collectif à l’école) et surtout la formation professionnelle des professeurs des écoles.

Le programme d’EM apparait inspiré par la loi de PARETO des 80/20, mettons des moyens sur les ZEP, où sont 80 % des problèmes, mais cette analyse n’est pas pertinente, car il y a des enfants en difficulté dans toutes les classes, dans tous les milieux. On laisse ainsi entendre que la ségrégation scolaire est un fait acquis, et qu’il ne faut faire porter l’effort que sur des classes-ghettos.

Et que dire des 80 % d’enfants autistes qui ne sont pas même scolarisés ?

Le père de cinq enfants que je suis, très éphémère responsable de la FCPE dans le lycée d’une de mes filles pendant quelques mois, il y a deux décennies, ayant suivi un peu le sujet, avec une lecture des médias, quelques clicks sur internet, et quelques posts sur le sujet dans ce blog (7,8), perçoit l’insuffisance des propositions d’EM sur l’école, du point de vue de son poste de vie de parent d’élève, et questionne les  experts qui ont concocté la recette de son programme.
Et s’ils descendaient dans l’arène et venaient s’expliquer ?

Sur la transition énergétique, maintenant, je voudrais essayer d’y réfléchir après avoir écouté studieusement la présentation de Corinne LEPAGE à ORSAY, entourée de deux professeurs et d’un membre du CEA, (intervenant à titre privé).

Je me rappelle une émission de C dans l’air sur la fermeture de la centrale de FESSENHEIM, où Corinne LEPAGE était opposée à Jean-Marc JANCOVICI, deux protagonistes mentionnant à peine  leurs conflits d’intérêt, la première défendant en tant qu’avocate les collectivités locales riveraines de FESSENHEIM, et l’autre travaillant pour l’industrie nucléaire  (9 ) Le débat à l’époque m’avait semblé un peu surréaliste. Le grand tremblement de terre de Bâle en 1356, était cité par Corinne LEPAGE comme une épée de DAMOCLES sur la pauvre centrale. J’avais fait une petite recherche sur WIKI, et j’avais noté que ce grand séïsme avait  fait débat quant à sa magnitude, 6,2 pour les français, 6,8 pour les allemands. Il aurait détruit quelques châteaux, et la ville de Bâle. Il y a des discussions sur l’orientation de la faille, qui semble moins menaçante pour le site où est implanté la centrale. Cette évaluation du risque (la centrale résisterait-elle à un séïsme (millénal ?), d’une telle amplitude, et peut-on chiffrer la probabilité d’une telle occurrence pendant la décennie ou un peu plus de durée de vie « normale » de la centrale ? Ce n’est pas ce genre de débat rationnel qu’avaient les protagonistes.
Autre débat de l’époque, le coût de fermeture d’une centrale nucléaire, quelques centaines de millions pour Marc Jancovici (à l’époque), quelques milliards pour d’autres. S’il fallait fermer FESSENHEIM de toute urgence, on aurait vite consommé les cinq milliards consacrés à la transition énergétique, sans avoir avancé d’un pouce.

Il m’avait également semblé que la promesse de campagne de François Hollande de faire passer la proportion d’électricité produite par l’énergie nucléaire de 75 à 50 % n’était pas sérieuse, préparée au doigt mouillé. Un ancrage initial non pertinent, aurait-on pensé, et maintenant que nous voyons que nous n’avons même pas pu fermer la centrale de FESSENHEIM, nous pourrions faire les ajustements nécessaires pour corriger cette erreur d’appréciation.
Ne pouvait-on faire au moins comme nos amis suisses, qui s’orientent vers la dénucléarisation, et qui pensent que les centrales doivent aller jusqu’au bout de leur temps de vie, sous un contrôle strict des autorités nucléaires. Et bien non, Corinne LEPAGE nous dit que la loi de transition énergétique et écologique d’août 2015 est une bonne base, sur laquelle il faut s’appuyer.

Nous commençons à avoir une idée de ce que coûterait la dénucléarisation de la production d’énergie dans toute l’Europe (10), quelque 225 milliards d’euros, C’est un projet centennal.

Quant à EDF, l’estimation du coût de la mise en conformité avec la loi de transition énergétique et écologique, qui sanctuarise les 50 % de production d’énergie électrique d’origine nucléaire, est  largement sous-estimée dans les chiffres officiels fournis par EDF. Elle  serait de l’ordre de 100 milliards à l’horizon 2030) (11)

Par ailleurs, il y a plus de cinquante centrales nucléaires en construction dans le monde, et nous avons une filière industrielle capable de produire les centrales les plus sûres au monde (après quelques aléas).

Enfin, il est nécessaire de créer une filière de démantèlement, qui fera besoin. Est-ce trop demander de donner une perspective à cette filière, plutôt que de passer son chemin en se bouchant le nez ?

Si nous voulions dénucléariser notre production d’énergie, il nous faudra de toute façon une source d’énergie permanente, associée aux énergies renouvelables, intermittentes. Même si nous voulions que la part de ces énergies renouvelables, 7 % au niveau mondial, monte à 17 ou jusqu’à 30 % un jour, il faudra une source de production constante (créer des centrales à charbon ?). Il est intéressant d’aller en Allemagne et en Suède, voir les difficultés de la transition énergétique, le coût colossal investi dans cette transition, 28 milliards d’euros par an pour l’Allemagne, sans avoir progressé beaucoup vers la décarbonation et avec un coût du KWH à 30 centimes d’euros contre 15 chez nous.

Pour le dire brièvement, nous n’avons pas les moyens de décarboner et dénucléariser en même temps notre production d’énergie. Ce qui est urgent, à l’horizon d’un quinquennat, c’est de lutter contre le réchauffement climatique.
Nous avons un budget un peu serré pour ce faire (5 milliards).

Investir dans les énergies renouvelables ? et  faire payer aux abonnés locataires des appartements HLM et aux entreprises, de par l’augmentation des tarifs de l’électricité,   les installations solaires des pavillons, en subventionnant  les installations des CSP + propriétaires de leur toiture ?  Notre budget n’est pas à la hauteur des enjeux et le résultat de 5 milliards d’euros investis dans cette aventure  serait epsilonesque.

Ou bien faire de l’isolation des logements une grande cause nationale, puisque nous savons qu’il y a entre l’Allemagne et la France, un différentiel de près d’un tiers dans la note moyenne de chauffage du simple fait du retard dans l’isolation des logements dans notre pays.
Alors, faut-il faire porter la charge des travaux d’isolation aux propriétaires immobiliers, les méchants rentiers ? Il ne nous a pas échappé que la disposition de la loi pour la transition énergétique et écologique d’août 2015, qui obligeait ceux-là à isoler leur habitation a été retoquée par le conseil constitutionnel.

On en vient donc à considérer le problème du logement dans notre pays, retracé dans un article récent du Monde (12), pénurie de logements, limitation de l’accession à la propriété pour les jeunes générations.

Et on se penche à nouveau sur les méchants rentiers propriétaires immobiliers, et on consulte un travail de la société FIDAL, de 2014 (13), qui pointe que la fiscalisation d’un investissement immobilier de 200 000 euros, exemple utilisé, pour un accédant à la propriété, est fiscalisé sur les dix ans de cet investissement, à hauteur de 56 %, contre 26 % en Allemagne, tous types de prélèvements fiscaux inclus. Quant à un propriétaire qui aurait la mauvaise idée de louer deux ou trois appartements qu’il posséderait, voire plus, il serait de plus  soumis à l’ISF, dont le principe est de fiscaliser la détention des actifs, et non pas les flux financiers qu’on en retire, archaïsme que nous sommes seuls à maintenir en Europe. Et si on ajoute à cela la taxation des revenus du capital, qui serait fixée à 30 % et qui viendrait s’ajouter (?) à la taxation précédente ? Je ne suis pas concerné, mais je me mets à la place d’un vilain investisseur-rentier, et je me dis que ce n’est pas demain que je ferais isoler mes logements. Le dispositif est même clairement désincitatif.

J’ai donc sagement écouté les professeurs et Corinne LEPAGE, dont je ne sais pas si elle représente, pour EM, l’évangile et ses prophètes en matière de transition énergétique, mais je n’ai rien entendu de toute cette problématique dans cette longue présentation.

Et puis, si on quitte ces deux exemples de politique sectorielle, c’est surtout, me semble-t-il, en matière d’arbitrages budgétaires entre politique de l’offre et de la demande, qu’il faut infléchir le programme et clarifier les enjeux, car c’est la condition sine qua non  de l’atteinte des objectifs de réduction du taux de chômage à 7 % en fin de quinquennat.

L’arbitrage qui semble s’imposer,  c’est de pousser les  feux sur  la reconstitution de l’appareil productif, la reconquête industrielle, et se fixer une ligne minimale pour la politique de la demande, qui serait le maintien du pouvoir d’achat des ménages les plus modestes, une sorte de statu quo en somme, avec des mesures ciblées sur les plus faibles.

Cette ligne minimale ne sera acceptée par  les français que s’ils comprennent le grand dispositif de stimulation de la croissance qui la justifie, et les bénéfices qu’on peut en attendre à terme. Ouvrir plus grandes  les vannes de la redistribution ne ferait que pousser les français à acheter les produits de nos concurrents.

Nous sommes instruits par l’expérience de 1983, où nous avions creusé nos déficits en distribuant du pouvoir d’achat aux citoyens qui ne pouvaient que se tourner vers les entreprises étrangères, du fait de l’insuffisance de l’offre du système productif français. On nous parle depuis des années du décrochage de compétitivité de nos entreprises, qu’on ne résoudra pas seulement par une réduction du coût du travail, mais par un investissement massif pour agir sur la compétitivité « hors-prix », montée en gamme, innovation, économie du savoir et de la technicité.

Cet investissement nécessite une orientation délibérée des ressources budgétaires disponibles vers la stimulation de l’offre. Ce que nous avions retenu  du cadre budgétaire global,  inspiré par Jean Pisany Ferry, c’est qu’il laissait des marges de manœuvre, dans le respect des engagements européens, mais qu’il fallait des arbitrages clairs en faveur de l’activité économique.

J’avoue être effrayé par le catalogue des «mesures pour améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs», qui sont de facto, de pures mesures de dépense fiscale, qui fleurent l’électoralisme le plus débridé. J’essaie d’en trouver qui aient du sens, dont on puisse attendre quelque chose en retour.

«Nous rétablirons les exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires». Veut-on en faire une incitation à « travailler plus », et alors les employés qui joueraient le jeu seraient gratifiés par cette exonération ? Est-ce une incitation aux gains de productivité des employés, qui pourraient considérer comme avantageux le fait de dépasser le cadre des 35 heures, mais cette incitation fait-elle besoin, plus encore a-t-elle du sens, au titre de mesure isolée ? Est-ce une pièce dans un dispositif de réduction du coût du travail, pour les heures supplémentaires au-delà des 35 heures ? Mais alors, il faut en faire bénéficier aussi les employeurs.

Dans le même temps on prétend vouloir renvoyer aux négociations de branche la possibilité de « banaliser » les heures travaillées entre 35 et 39 heures, ce qui pourrait aboutir à supprimer le taux de majoration de 10 % entre 35 et 39 heures et finir de contourner les effets pervers des 35 heures sur le renchérissement du coût du travail. Point ne serait besoin dans ce cas, de diminuer les cotisations sur ces heures supplémentaires.

Ce serait le dispositif Sarkozy, en somme, moins la défiscalisation, alors qu’on a glosé sur ce cadeau fiscal fait aux insiders de l’entreprise, sans effet bénéfique pour les entreprises et pour l’activité, et qu’on qualifiait de gaspillage d’argent public. On pensait que la messe était dite sur ce sujet.

« Nous améliorerons le pouvoir d’achat de tous les travailleurs, sans que cela ne revienne plus cher aux employeurs, Nous réduirons les cotisations payées par les salariés, par les indépendants et par les fonctionnaires : près de 500 euros supplémentaires nets par an pour un salaire de 2200 euros nets par mois !

 « Nous augmenterons le pouvoir d’achat des ouvriers, des employés et des salariés les moins bien payés. Tous les smicards qui bénéficient de la prime d’activité toucheront par exemple l’équivalent  d’un 13e mois de salaire, soit 100€ nets de plus chaque mois. »

 « Nous ouvrirons les droits à l’assurance-chômage aux salariés qui démissionnent.

Ce droit ne sera utilisable qu’une fois tous les cinq ans. En contrepartie, l’insuffisance des efforts de recherche d’emploi ou le refus d’offres raisonnables entraîneront la suspension des allocations ».

On entend dans cette énumération une coûteuse et résolue politique de la demande, sans qu’on puisse entrevoir autre chose qu’une aggravation du poids de la dépense publique, alors qu’on veut en même temps faire entrer le financement des indemnités du chômage dans le budget de l’état.

A cela, on doit ajouter la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages. C’est l’état qui prendrait le relais – en augmentant la dotation des collectivités locales ? Où est l’incitation des élus à maîtriser leurs dépenses, s’ils n’ont plus à redouter la sanction des urnes, devant des électeurs devant qui il suffira de prétendre que c’est l’état qui serre les cordons de la bourse. L’état finance et n’a pas le pouvoir d’orienter les dépenses des collectivités locales vers l’investissement et non pas vers le fonctionnement et l’entretien d’un collectif de fonctionnaires territoriaux pléthorique. Où est le reste du dispositif, qui a l’allure d’une reprise en main, étatiste, mais qui, faute d’aller jusqu’au bout d’une logique de clarification des objectifs, porte le risque d’un enlisement de la puissance publique ?
Tout cela aurait un très fort «coût d’opportunité» (ce que nous gagnerions en pouvoir d’achat nous le perdrions en marges de manœuvre budgétaires pour favoriser la croissance).

Il y a certainement de brillants esprits, « business-minded » qui ont passé au crible d’une évaluation économique beaucoup de ces mesures : quel objectif, quel retour sur investissement attendu, quel effet systémique, quelle priorité, quel calendrier, quelle interaction avec le cadre budgétaire global. Le petit marcheur que je suis maintenant, n’en perçoit pas grand-chose.

Et surtout, après cette profusion sur les travailleurs, pas grand-chose sur les “outsiders”, les hors-système, les fragiles, les handicapés, les parents d’enfants autistes,  les sécessionnistes des quartiers, pas grand-chose  pour leur donner espoir, et rien pour leur tracer une perspective. Rien sur les territoires abandonnés, les petites villes comme ALBI, décrite, le coeur serré par un journaliste du New York Times (14).

Emmanuel Macron ne devrait pas mettre sa main à couper pour défendre la pertinence de toutes les mesures de son programme. Il devrait rester En Marche !

  1. Le monde des Idées du Samedi 11 mars « la tentation centriste » de Gérard Courtois
  2. https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/limaginaire-historique-demmanuel-macron
  3. http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/?s=sant%C3%A9+
  4. http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/2014/02/16/reduire-les-depenses-de-sante/
  5. http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/wp-content/uploads/2012/03/Le-bilan-du-President.pdf  La réforme des hôpitaux
  6. http://lirelactu.fr/source/le-monde/05333793-0036-4d9f-b413-7e29b60df687        Le Monde du jeudi 9 mars ” Les fondamentaux à l’école à l’heure du débat”
  7. http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/2015/08/31/les-chemins-pour-lecole-dalain-juppe/   Le projets pour l’école d’Alain Juppé
  8. http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/wp-content/uploads/2012/01/Apprendre-sa-vie-durant.pdf   Apprendre sa vie durant
  9. https://www.youtube.com/watch?v=R5UX_cMnT-I
  10. https://www.lesechos.fr/04/04/2016/lesechos.fr/021816207151_nucleaire—l-enorme-cout-de-la-fermeture-des-centrales-en-fin-de-vie.htm
  11. https://www.lesechos.fr/04/04/2016/lesechos.fr/021816207151_nucleaire—l-enorme-cout-de-la-fermeture-des-centrales-en-fin-de-vie.htm
  12. http://lirelactu.fr/source/le-monde/a410f3ad-a5d8-4a2d-aba4-25cecd703
  13. http://fpifrance.fr/fr/content/etude-fidal-sur-la-fiscalite-immobiliere-en-europe-rapport-complet
  14. http://www.ladepeche.fr/article/2017/03/01/2526907-new-york-times-prend-exemple-albi-illustrer-lente-mort-centres.html

Le programme d’Emmanuel Macron

Je n’ai pas voulu l’étudier, mais laisser venir à moi les commentaires, pour laisser une chance à une information qui ferait saillie. J’ai entendu des bribes, quelques chiffres, 60 milliards de réduction des dépenses publiques, 15 milliards à trouver sur l’assurance-maladie, rien sur la retraite, sinon un concept de retraite à points, ce qui fera l’objet d’une longue transition, bien au-delà du quinquennat, si cela doit être mis en place, (mais qui ne se traduira pas par une économie pendant la durée du quinquennat, et c’est probablement une faiblesse du programme), une réduction raisonnable, de 120 000, du nombre de fonctionnaires, le déficit maintenu dans les 3 %, une réduction du taux de la dépense publique vers 50 % du PIB sur le long terme. Enfin, 50 milliards d’investissements,  et dans la ligne de mire, un taux de chômage à 7 % en 2022 , objectif qui serait compatible avec ce cadrage budgétaire,  mais qui n’en découlera pas mécaniquement.
Un cadre budgétaire qui laisse des marges de manoeuvre pour des actions résolues sur l’économie, et qui va aussi loin qu’on peut dans le cadre de nos engagements européens (3% de déficit), pour éviter les effets récessifs d’une trop grande rigueur, tout en prenant le risque d’un alourdissement de la dette.
Au total, un projet raisonnable, mais dont on entend dire déjà qu’il lui manque une cohérence interne, ici où là, et qu’on puisse douter du montant de réduction de dépenses authentiquement obtenu si l’on ne touche pas aux retraites (Agnès Verdier Molinié), mais qui dans l’ensemble, n’offre pas d’aspérités particulières, et ne condamne pas la société française à rentrer dans le corset de l’ultra-orthodoxie budgétaire à la Fillon, dont on doute fortement qu’il puisse  atteindre automatiquement, de par son “extrêmisme”, ses objectifs de “faire de la France la première puisssance économique européenne”, dont on doute qu’il soit accepté et dont on craint qu’il ne mette les français dans la rue, et enfin dont on conteste qu’il soit  la seule et unique voie pour sortir le pays de l’ornière, ce qui serait déjà un objectif intermédiaire. Là où le programme de F Fillon ne dépare  pas la collection des programmes utopiques-apocalyptiques  des candidats de gauche et d’extrême-droite, le cadrage budgétaire de EM semble ne pas insulter l’avenir.

Reste à voir le contenu de ce programme, dans ce cadre budgétaire, qui s’est donné des marges de manoeuvre, limitées néanmoins, et dont les dépenses  doivent de ce fait, être soigneusement pesées, et lisibles. Il faut faire des arbitrages, certainement, privilégier une politique de l’offre et de stimulation de l’économie (It’s economy, stupid), choisir soigneusement les mesures de redistribution, peu nombreuses, à fort contenu symbolique, et à ce titre plus crédibles  qu’un empilement à la Prévert de promesses électorales tous azimuts. La redondance des promesses et leur excès tuent les promesses.  Pour  chaque dépense fiscale, il faut peser soigneusement le besoin et la souffrance sociale que représenterait le fait de ne pas la faire.

EM est “le candidat du travail”. Pour autant, les mesures macro-économiques d’amélioration du pouvoir d’achat pour les insiders, doivent faire l’objet d’une analyse marginale :

Quel est le gain marginal pour les bénéficiaires ?  un petit plus en termes de pouvoir d’achat, pour une classe moyenne de gens en place, dans l’emploi, pour lesquels on ouvre la boite de pandore de la défense de leurs intérêts, sans leur donner la perspective de pouvoir adhérer à un programme qui privilégierait l’intérêt public et la justice sociale, et qui arbitrerait en faveur des outsiders, pour favoriser le retour à l’emploi. Certes, le pouvoir d’achat des français a faibli dans la période récente, mais seuls 37 % des personnes sondées désirent en faire un sujet central dans la campagne présidentielle ( et probablement pas les électeurs qui s’apprêteraient à voter pour EM), à l’opposé du chômage, qui est Le sujet.
Quelle méthode doit-on employer pour améliorer le pouvoir d’achat ? Distribuer à toutes les catégories de la dépense fiscale (les cadeaux), dont les français savent que nous n’en avons plus les moyens, où asseoir les baisses d’impôts ou de charges sur des économies ?
Le coût marginal d’une politique privilégiant fortement la demande, dont les insiders de l’emploi seraient les principaux bénéficiaires, serait donc sévère, du fait des sommes considérables en jeu, saupoudrées sur un grand nombre, peu significative pour les bénéficiaires et pas décisives pour les convaincre, sans autre logique que celle de cadeaux, et donc soumise à la suspicion du calcul électoral. Le coût d’opportunité (nous sommes dans un jeu budgétaire à somme nulle), serait considérable, car cela condamnerait aux mesurettes pour les outsiders, qui aspirent au retour à l’emploi et à une vie décente.

Au contraire, laisser à voir qu’on privilégie l’intérêt public, et que c’est la seule logique sous-jacente à un programme, c’est se donner la chance de rallier l’électorat de droite en déshérence,  qui a  horreur du  “spend” laxiste et irrésolu des politiques budgétaires  de gauche.

Ces électeurs, qu’il faut rallier, pourraient voir dans le programme d’EM une  filiation hollandaise  et un marqueur du fait que EM n’aurait pas dépassé le clivage gauche-droite. Ce n’est que sur un programme solide et transpartisan que pourront s’effectuer ces ralliements, à un homme montrant qu’il est ce qu’il prétend être : “pragmatique”.
C’est donc l’inquiétude qu’on pourrait avoir en entendant  Emmanuel Macron proclamer que «c’est une erreur de penser que le programme est au cœur de la campagne».  Au contraire,  le cadrage budgétaire doit nous être  présenté pratiquement comme une contrainte extérieure, un donné avant toute réflexion sur la future action gouvernementale, un cadre qui entravera le moins possible la liberté du futur président, le plus résilient possible en cas de difficulté imprévue. Il doit être la manifestation incontestable du principe de réalité.
Cet objet qui se voudrait sans doute modeste et  réaliste, ouvre néanmoins à  une interprétation contrastée chez les premiers commentateurs :
Mathieu MUCHERIE *, économiste de salle de marché, sur le site ATLANTICO, emploie le qualificatif d’ « homéopathie fiscalo-sociale“. Pour lui, ce cadrage témoigne de l’absence de volonté d’Emmanuel Macron de faire quelque réforme que ce soit, et nous serions repartis dans l’attente d’un cycle économique favorable, ou d’un rattrapage conjoncturel, sur le modèle de son mentor François Hollande.
On peut signaler quand même que les prévisions de croissance sur lesquelles est assis ce cadrage, 1,4 % pour 2017, ne sont pas d’un optimisme excessif. Mathieu Mucherie est pessimiste, constatant que les fondamentaux de l’économie française sont très dégradés, que nous ne sommes pas à l’abri d’une crise de la zone euro et que les prévisions de croissance pourraient bien se trouver largement invalidées, et atteindre 0,8 %. Il signale au passage que le taux de réduction de la dépense publique de 3 % sur le quinquennat n’est pas suffisant pour nous faire revenir dans la moyenne de la zone euro (il faudrait 5 à 6 %).
Il faudrait selon lui, des actions plus résolues, aller à Francfort demander une dévaluation de l’euro, et poursuivre, voire accentuer la politique accommodante de la BCE. On a le droit de ne pas être d’accord avec cette proposition, peu réaliste, dans un contexte où l’euro est faible pour l’Allemagne, avec ses 8 % d’excédents commerciaux, mais fort pour la France. D’abord les efforts sur la compétitivité, avant de demander quoi que ce soit à l’Allemagne, semble dicter le réalisme.
On se souvient des candidats qui porteraient le fer à la commission européenne, et qui renégocieraient le traité européen et on verrait ce qu’on verrait. On a vu. Le réalisme d’EM s’installe entre une fuite en avant vers plus de fédéralisme, où nous nous engagerions en position de faiblesse, et que nous risquerions de faire capoter, et un rapport de force avec les institutions européennes. Il semble avoir choisi la prudence.
Un proche d’EM répondait aux critiques sur la publication tardive du programme en prévoyant qu’il «aura tout le temps de se faire attaquer». C’est une prévision qui se réalise, quand on lit sous la plume du même économiste : «Dirigée par une agence de communication, cette campagne Macron ratisse donc large et ratisse bien. Il y a de quoi siphonner l’électorat simpliste du centre, tout en attirant les paumés de la gauche modérée et de la droite modérée (ça tombe bien, pour diverses raisons, il y en a plein). C’est plutôt bien joué. Pour les gens un peu plus sérieux, qui auraient aimé lire quelques mots sur la question des retraites (un des seuls sujets économiques importants, et où nous pouvons/devons agir), rien, NADA ».
Jean-Paul BETBEZE sur le même site ATLANTICO, voit au contraire dans ce cadrage l’inscription résolue d’une action de restauration de la compétitivité prix et hors-prix, en s’attaquant au mal dont souffre notre économie, et de ce fait, une relance bénéficierait aux importations, comme en 1983, creuserait notre déficit.= et n’est pas souhaitable.  Il s’agit d’inscrire les mesures de long terme, dont le dispositif lui semble cohérent, restauration de la marge des entreprises, passée de 29 à 31%, aujourd’hui déjà, contre 35 % pour les entreprises allemandes, modération salariale, qui rentre dans les mœurs, et politique de long terme pour l’éducation, l’innovation, conditions de la montée en gamme de nos produits.
Comment qualifier finalement ce programme-cadrage ?
Alexandre DELAIGUE «Pour le contenu du programme lui-même, si vous preniez les différents rapports du conseil d’analyse économique ces dernières années, si vous demandiez à leurs rédacteurs de rédiger le programme à même de faire consensus parmi les économistes mainstream, vous ne tomberiez pas très loin du compte. Votre jugement sur ce programme peut s’arrêter là. Si vous pensez que l’économie mainstream est déconnectée du réel et incapable d’apporter quoi que ce soit, qu’il faut changer d’époque, alors ce programme est voué à l’échec. Si vous pensez que la France ne eut s’en sortir qu’en renversant la table et avec des changements drastiques, ce programme n’en est pas un. A l’inverse vous pouvez considérer ce programme comme une manière réaliste de maintenir le système français en l’adaptant, en faisant le type de réforme employé dans les pays nordiques dans le passé, comme la Suède ou le Canada, voire l’Allemagne avec les réformes Schröder. Dans ce cas, Il est difficile de trouver mieux que ce programme dans l’offre actuelle. »

On nous annonce un nouveau focus, à la focale plus précise, pour le 2 mars, où nous connaitrons les idées-forces et les arbitrages au sein de ce cadre contraint, qui nous empêche de rêver, mais nous rassure sur la solidité des filets de sécurité.
Nous rassure? pas vraiment, en l’absence du levier sur l’âge de départ à la retraite (64 ans), et dans l’incertitude où nous sommes sur le moyen de trouver ces 60 milliards d’économie. On attend aussi le mode opératoire pour trouver 15 milliards sur l’assurance-maladie.

Ce qui serait intéressant, c’est de connaître le «making of» du programme. On connait la particularité de la méthode Macron : de multiples consultations en périphérie, sur le modèle de la démocratie participative, exercice déjà mené par Ségolène Royal, et qui aboutît à l’époque à une collection hétéroclite de « bonnes idées », dont il était bien difficile de voir comment elles auraient pu « faire système ».
Comment se saisir de ce qui remonte ainsi du « terrain » ?
S’en servir pour pondérer les arbitrages, en faisant l’hypothèse que ce qui remonte du terrain sous forme de frustration, de souffrance, de passion triste, désigne les secteurs prioritaires pour mener une action ? Utiliser comme matériaux les propositions positives, les mesures proposées par le terrain ?
Un programme, c’est un système, avec une structure, dessinant une politique, assise sur quelques grandes lignes de force, dont on décrit le déploiement, avec ses moyens, ses effets attendus, et son cadrage de niveau N-1, et in fine avec le cadrage budgétaire global.
Les « bonnes idées » qu’il faut caser dans la structure, enlèvent de la visibilité à la grande idée, attirent le regard et attirent la critique : “on a déjà fait cela (le pass culturel de 500 euros pour les jeunes),  ça n’a pas marché en Italie”, et on en profite pour rejeter la totalité du programme,  en même temps qu’on  rejete un contenu anecdotique, car cette “mesure” mal pensée témoignerait d’un “amateurisme” des concepteurs du programme. Les multiples redondances, les clins d’oeil appuyés à toutes les catégories et corporations qui se sont manifestées sont contre-productives, exposant au risque d’image d’un programme irrésolu, qui n’a pas voulu trancher.

Le programme doit-il être pour autant un bel objet de communication, cohérent et percutant à la fois, mais suffisamment lisse et prudent pour ne pas donner trop de prise aux remarques malveillantes et aux accusations de naïveté ou d’insuffisante maîtrise ?

Un papier intéressant dans le supplément Week-End du monde de Samedi 25 février, sous la plume de Laurent TELO **, décrit ces « usines à programme », sous-commissions d’énarques, emboitant leurs notes multiples comme des poupées russes, avec des arbitrages dans les sur-commissions, et enfin, le document de synthèse sur le bureau du candidat. Une telle approche condamne à l’empilement de mesures, à un “effet catalogue”, si l’architecte final n’a pas de plan d’ensemble, et ne choisit pas entre politique de l’offre ou de la demande, entre des mesures sectorielles multiples et créatives, mais non compatibles entre elles et non compatibles avec le cadrage budgétaire. Irrésolution, procrastination, absence de choix clairs, c’est bien le risque d’image auquel s’expose EM en préférant les  principes, et laissant son entourage empiler les mesures dans leur programme.  Le candidat est-il en effet contraint par cet objet, qu’il n’a pas puisé en lui, dans ses convictions, et qu’il pourrait considérer avec cynisme, comme un “projet de gouvernement”, qui pourrait bien être soumis aux aléas de la conjoncture ou à l’atterrissage dans la réalité, alors même que les choix budgétaires globaux,  sont, quant à eux, intangibles et incontournables.
S’engager sur des actions précises, dont nous savons que nombre d’entre elles ne seront pas pertinentes, et passeront à la trappe des futurs arbitrages,  c’est à la fois un exercice obligé et une navrante figure de style pour notre démocratie du spectacle.

Donc, que pourrait-on proposer pour dépasser cette contradiction ?
Fixer les contraintes absolues, le cadrage budgétaire dont on ne pourra s’écarter, c’est fait (?). Mais pour les mesures et les arbitrages au sein de ce cadrage, rien ne doit être sacralisé ou figé, rien n’a le statut de « one best way ». Peut-on pour autant donner trop longtemps le spectacle d’une délibération en cours au sein d’En Marche, d’un programme qui ne se figerait pas sur quelques mesures fortes ? Dans ce cas, l’erreur à éviter est la prolixité, l’abondance, la créativité débridée.

Il faut donc appeller à la phronesis du philosophe, la frugalité et la prudence, pourvu que le cadre budgétaire global démontre toute la solidité de fondations pour une maison dont les plans ne sont pas encore définitifs, mais dont les choix fondamentaux sont exposés.

Que manquera-t-il au programme d’Emmanuel MACRON ? d’être soumis au débat, de se tremper dans la « sagesse des foules », car les citoyens de base, militants ou sympathisants,  experts de leur poste de vie ne manqueront pas de signaler des points qui ont échappé aux énarques, si on leur laisse la parole.

Une association qu’on proposerait aux citoyens, en les conviant à un grand débat, à une nouvelle forme de démocratie délibérative, pas seulement dans le hot spot de l’élection, mais durant toute la mandature présidentielle.
Telle serait la révolution attendue par la société civile. Toute décision serait  soumise au feu de la critique, examinée dans son détail, avec suffisamment de temps pour que le décideur politique puisse trancher en toute connaissance de cause de l’état de l’opinion sur chacun de ces sujets.

Hélas, nous entrons dans une période finale où nous, sympathisants,  n’allons plus recevoir que des éléments de langage, et où toute remise en question du contenu du programme, de l’intérieur au moins autant que de l’extérieur, sera perçue comme un affaiblissement du candidat.

Alors peut-être pour les législatives, ou pendant le quinquennat ?

La démocratie participative pour ébaucher le programme d’EM, la démocratie délibérative pour le discuter et le faire vivre, tout au long du quinquennat,  une grande cause nationale pour le quinquennat d’Emmanuel Macron ?

* http://www.atlantico.fr/decryptage/vrai-point-fort-programme-economique-emmanuel-macron-enfin-bon-diagnostic-et-relatif-point-faible-solutions-2974431.html#3cAAcKziz8c6ySmo.99

** http://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2017/02/24/elaborer-un-projet-presidentiel-c-est-tout-un-programme_5084651_4500055.html?xtmc=laurent_telo&xtcr=2

Transition écologique

Une journée de flânerie, pour moi, ce samedi ensoleillé, où il eût fallu se résoudre à sortir dans les bois, ce que je ne me suis décidé à faire que dans l’après-midi.
Regarder, donc, le beau ciel pur par la fenêtre, à l’heure du café matinal, dans ma cuisine. Le fond sonore était l’émission de Caroline Broué *, la matinale du samedi, sur FM 93,5 MH (je la capte aussi sur 98 dans mon coin perdu de l’Essonne). Une voix bien scandée, qui m’est familière, et ce n’est qu’en rédigeant ce post et en cliquant par hasard sur « images » dans Google que j’ai découvert son beau visage, mais je ne veux pas m’y arrêter et préfère ne percevoir que cette belle conversation avec son invité, Bruno Parmentier **, spécialiste de l’agriculture. Je prends au passage quelques notions sur les changements en cours dans nos façons de manger, sujet comparé par l’invité à l’exception culturelle française. C’est une bonne façon d’entrer dans le sujet de l’agriculture que de parler de nos façons de manger, et du budget que nous y consacrons, en France, 14 % du budget des ménages, 9 % en Allemagne, 7 % aux USA. Manger pour vivre, un morceau de jambon carré, dans un sandwich de même forme, ingéré devant son ordinateur, ou s’adonner au plaisir de manger, y consacrer un peu plus de temps et un peu plus d’argent, tel est le choix que nous avons devant nous. Allons-nous ingérer notre vie durant, notre dose quotidienne de pesticides et produits phyto-sanitaires, et préparer sagement notre petit cancer, en ingérant distraitement les produits d’une agriculture de plus en plus intensive, aux intrants toxiques (merci MONSANTO), délivrant des extrants tout aussi toxiques, à une industrie agro-alimentaire, constituant la filière de la malbouffe bon marché ?
Si nous voulons préserver notre exception alimentaire, partagée avec les pays latins, il faudra lutter contre cette terrible entropie, qui fait de nous des instruments jusque dans notre façon de manger. Il faut voir en face cette aliénation rampante, et corriger les « imperfections du marché », comme disent les économistes.
La nourriture est-elle une marchandise comme les autres ?
Le politique doit répondre par la négative, et voir ce sujet comme un domaine de souveraineté nationale, pas moins. Le citoyen doit s’en saisir, dans les médias, à l’école, dans les cantines, lorsqu’il va faire ses courses, et se donner les moyens d’organiser une défense civile. C’est un sujet de la subsidiarité nationale, contre la machine européenne à produire des normes, nous menant vers notre malheur, vers l’univers aseptisé et inhumain de la concurrence pure et parfaite. Puisque nos voisins européens semblent diverger, dans leurs mœurs, nous avons la responsabilité de constituer notre propre modèle, et tout d’abord favoriser, par nos choix de consommation, quand nous le pouvons, cette agriculture « résiliente », qui ferait le choix de la qualité. Manger de la viande cinq ou six fois par semaine, et des portions de 100 grammes au lieu de 150, sans écorner notre budget, cela permet aux agriculteurs de gagner leur vie et de nous servir de meilleurs produits.
A quand une éducation à la nourriture, dans les écoles, dans les cabinets des médecins, dans les médias, dans les entreprises ?
Manger différencié, y consacrer du temps et de l’argent, ériger cela en modèle, en façon de vivre, tendance, « fashion », cinq ou six couleurs dans l’assiette, diminuer les quantités, augmenter la qualité. Utiliser sans vergogne le marketing social, la communication d’état, et faire de ce sujet une grande cause nationale. Trouver un modèle transversal, infusant toute la société, pour créer une demande.
C’est ce modèle pour le futur et déjà pour le présent de l’agriculture, que Pierre Hivernat ***, nous propose sur son site « alimentation générale » appel au droit de bien manger, avec un appel à militer sur le site du journal Libération.
Et l’offre de ces produits alimentaires ?
Bruno Parmentier développe la belle image d’une agriculture « écologiquement intensive », aux processus sophistiqués, aidant le sol à produire, sans plus labourer et arroser les sols de produits chimiques, en tuant tout ce qui vit, pour y laisser survivre les semences génétiquement modifiées. Rejeter ce kit mortel pesticides-agents phytosanitaires-semences sélectionnées, et retrouver la sophistication de la vie. Cultiver 365 jours par an, diversifier les plantes, planter des arbres, et utiliser les animaux dans la filière de la culture, c’est le beau projet que nous avons à porter pour accompagner la mutation des 480 000 exploitations agricoles françaises.
Plus de labours, et une agriculture intensive en processus écologiques, et non plus en intrants mortifères. Proposer aux consommateurs un processus, intensif en savoirs-faires, en main-d’œuvre, en ingéniosité, et favoriser les circuits courts.
J’ai prolongé dans ma rêverie de ce beau samedi, les façons dont nous pourrions donner une réalité politique à cette belle idée, et je me suis demandé comment l’accompagner, en ce moment d’offre surabondante de programmes politiques.
Favoriser les circuits courts.
Susciter les entrepreneurs pour multiplier les AMAP, en les subventionnant, sous réserve qu’ils respectent une charte.
Mobiliser les chômeurs pour un service national de la production de nourriture, comme contribution en échange des revenus de subsistance qui leur sont alloués par la société.
Préserver les terres arables et potentiellement exploitables au sein du tissu rurbain, entourant les métropoles et mettre en culture les parcelles ainsi préservées.

Et dans les supermarchés, n’accepter de faire ses courses que là où figure la provenance des aliments qui sont mis à la vente, quatre pastilles de couleur différente, une couleur pour la production locale, à moins de 100 kilomètres, de producteurs respectant une charte, et méritant à ce titre un signalement au consommateur, une autre pour la production nationale, respectant cette même charte, et deux autres, enfin, pour les productions intensives-industrielles-bon marché, nationales et non nationales.
La réglementation nous en empêche ? Votons une loi le permettant, nous arrogeant cette dérogation pour exception culturelle que nous avons su négocier avec l’Europe pour d’autres productions culturelles. Il ne s’agit pas d’une entrave tarifaire à la concurrence, puisque ces produits sont librement accessibles, mais il s’agit d’informer le consommateur et de lui permettre un choix éclairé.

Je suis ensuite tombé sur la livraison du monde de samedi, sur mon iphone, et je me suis arrêté sur l’article « Cancers au travail : Bruxelles complice de l’industrie »****.
Le constat, c’est que 100 000 personnes meurent chaque année en Europe des suites d’une exposition à un produit cancérigène dans l’exercice de leur métier. Les normes européennes d’exposition sont laxistes, la SCOEL, comité scientifique, est constituée d’experts, dont les liens avec l’industrie chimique, et donc les conflits d’intérêt sont visibles comme le nez au milieu de la figure, et la commission européenne ne peut pas ne pas le voir. Mardi 28 février, le parlement européen examinera une proposition de modification de sa directive sur la protection des travailleurs, qui est qualifiée par le Monde «d’autorisation de tuer ». Quinze substances sont examinées dans ce projet d’évolution de la directive européenne, dont on citera le Chrome hexavalent, dont les seuils d’exposition tolérés dans les normes européennes sont 25 fois supérieurs aux normes françaises. La santé des travailleurs de l’industrie est une variable d’ajustement pour la compétitivité de la grande industrie, (allemande surtout). La commission est corrompue (?), le mot est peut-être un peu fort, ou du moins effectue sous le voile d’ignorance, sans mandat électif des citoyens, des compromis, des «trade-offs » comme on dit chez les stratèges des grandes industries, entre les intérêts industriels, dont une des variables est probablement la préservation de l’emploi en Europe, et les victimes collatérales, qui paieront de leur vie cet « arrangement ». Le parlement européen aura le choix entre promouvoir les nouvelles normes, où les refuser, c’est-à-dire rester à des normes encore moins favorables.
Le parlement ne connaîtra pas la réalité des coûts induits au sein des entreprises pour modifier leurs «process» industriels, afin de respecter des normes plus sévères, préservant la santé de leurs employés. Il ne saura pas s’il s’agit simplement de diminuer un peu la rétribution des actionnaires ou de remettre en cause la capacité même de continuer à produire en Europe, et alors, il faudrait sous-traiter ces productions dans des petits Bohpals exotiques, sans explosion autre que l’épidémiologie des cancers, sans exposition médiatique. Les puissants lobbies industriels sont à l’œuvre à Bruxelles, sous la houlette de l’inusable Monsieur JUNCKER, qui sût aménager des arrangements avec les principes moraux, pour aménager activement une fiscalité dévoyée lorsqu’il était aux affaires au Luxembourg, et qui continue d’endosser ces petits arrangements avec la morale.

Etonnons-nous que les populistes ne fassent leur miel de ces pratiques.
Quant à moi, je reste europhile, et partisan d’une intégration budgétaire et fiscale entre les pays du noyau dur de l’Europe, mais je suis persuadé que la France a une responsabilité particulière, et doit peser de tout son poids pour redéfinir la subsidiarité, en mettant en premier la qualité de vie des citoyens, et la protection de leurs cultures ancestrales, quitte à limiter les prérogatives du grand marché unifié, à la concurrence pure et parfaite, qui est l’idéologie dominante chez les technocrates européens.

*https://www.franceculture.fr/emissions/la-matinale-du-samedi/jacques-darriulat-bruno-parmentier

**Le blog de Bruno Parmentier http://s365327531.onlinehome.fr/

*** Pierre HIVERNAT http://alimentation-generale.fr/auteur/pierre-hivernat

****http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/02/24/cancer-au-travail-bruxelles-complice-de-l-industrie_5084643_3244.html

Le champ de ruines de la droite et la fin du clivage gauche-droite

Une primaire prometteuse bâtie sur un vrai clivage avec d’un côté un conservatisme soft libéral, qui avait ma préférence, laïc-rassembleur de bon père de famille, (expression supprimée du vocabulaire juridique * et que j’emploie avec circonspection en matière politique, d’abord parce qu’il n’y a pas de femme en lice dans la dernière longueur de l’élection présidentielle, et parce que je ne trouve pas d’expression équivalente pour qualifier le respect des équilibres et le souci de mener le pays vers plus d’épanouissement (l’identité heureuse). Il y avait donc d’un coté le gentleman confucéen, Alain Juppé, épris d’harmonie et soucieux des arbitrages budgétaires (la goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase budgétaire), et de l’autre, le conservatisme dur et punitif, car nous avons dilapidé l’argent public, c’est notre très grande faute, mea maxima culpa, et il nous fallait un grand timonier, un homme non seulement intègre et courageux, mais aussi rebelle et opposé au système, tellement il allait jusqu’au bout du bout de ses propositions pour le redressement de la France. Il allait nous conduire sans faiblir et sans faillir sur les chemins escarpés du resserrement budgétaire (nous n’allions plus vivre au-dessus de nos moyens), faire se mouvoir la grande roue de la réforme qui ne manquerait pas d’écraser sur son passage quelques pauvres victimes, et on nous les désignait déjà. Nous n’allions plus prendre en charge les soins (AME) des personnes de chair et de sang, réduites à leur statut juridique de résidants sans droits sur le territoire national, pataugeant dans la boue et le froid à Calais et autres lieux, et qu’on laisserait donc bientôt mourir de la tuberculose contractée dans ces merveilleux endroits, qui font rêver les migrants (la théorie de l’appel d’air). Nous allions perdre notre âme pour quelques centaines de millions d’euros. Après la victoire de ce camp-là, nous voyions les choses se mettre en place, avec l’aide des ralliés de la Sarkozie, un fameux cancérologue de l’assistanat, qu’on reconnaîtra, zézayant à nouveau son ordonnance pour la France, et figurant à nouveau sur la photo, et d’autres, de ces merveilleuses personnalités qui donnaient à nouveau de la voix. L’un s’était couvert de gloire en boutant hors de la belle région niçoise les vilains d’extrême-droite, en servant aux électeurs une salade avec des ingrédients pas très différents de celle de ses adversaires, l’autre piaffait dans sa ville de Troyes, gardant pour de meilleurs jours son profil parfaitement lisse d’éternel jeune premier de la politique, tellement raisonnable et modéré dans ses propos, maitrisant tellement son expression, qu’on se dit qu’il ne lui manque plus que la pensée.
On accourait de partout, on allait à la soupe et on allait nous jouer cette fois la partition « on prend les mêmes et on change tout ».
Et patatras, faute de carre, comme on dit au ski. Certes, nous savions bien que dans ses fonctions de premier ministre, monsieur le candidat menait grand train, autrefois, déplaçant FALCON et équipage pour aller se ressourcer quelques jours dans ses terres sarthoises, ou encore pour se rendre à l’invitation de son ami Moubarak, dans un palais égyptien (alors que l’équipage dudit FALCON attendait, l’arme au pied, dans un hôtel largement étoilé). Cela faisait beaucoup d’argent pour le train de vie d’un simple collaborateur, mais nous avions eu le temps d’oublier ces facheux épisodes, remontant à un temps lointain, et de prêter l’oreille à de nouvelles histoires, avec le coiffeur de l’Elysée, le cireur de chaussures du conseiller, et bien d’autres signaux faibles, qui renforçaient notre désir de voir s’installer plus de frugalité au sommet de l’état (je n’ose pas dire plus d’intégrité). Nous attendions donc un homme providentiel, correspondant au casting des français, en contrepoint au laxisme sans contours de la Hollandie. Nous pensions l’avoir trouvé.
Et puis Pénélope vint, épouse constante et fidèle, belle et digne, comme l’épouse d’Ulysse, à qui Nauplios, pour venger la mort de son fils Palamède, tué par Ulysse, avait fait croire à la mort de son mari et qui, désespérée, se serait jetée à l’eau, sauvée par des canards. Nous sommes à front renversé, c’est un vilain petit canard qui porte le coup fatal, à une Penny (prénom symbolisant la force de caractère aux US), qu’il eût fallu mieux protéger en se rangeant sous les augures de ce beau prénom, porté par une belle personne, intelligente et diplômée (avocate) et ne pas lui faire endosser les turpitudes d’un emploi fictif d’assistante parlementaire, puis de lectrice tout aussi fictive. Toute mon amitié et mon respect pour Penny, laissons-là à l’amour de sa famille, et que les chiens passent leur chemin.
François Fillon n’est pas Ulysse, il n’a pas la grandeur qui sied à l’instant de la tragédie qui se déroule sous nos yeux, et qu’il était seul à pouvoir trancher.
C’était à lui de parcourir librement le chemin qui mène de l’Olympe à la roche tarpéienne.
Admettons qu’il ne puise pas ses références dans la mythologie grecque. Il pourrait entendre la phrase de LUC 1:52 «il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles», et déchiffrer les signes du temps qui vient pour lui. Dont acte. S’il était incapable de se retirer, c’était  alors à son camp de le démettre.
François Fillon peut-il encore se réclamer de l’onction de la primaire, si le vote a eu lieu dans la méconnaissance d’éléments déterminants sur la personnalité et les actes d’un candidat, sur une tromperie ? Le cadre juridique de la primaire n’avait-il pas prévu l’invalidation du vote, car il faut bien appeler les choses par leur nom ? Les partis politiques de la droite et du centre, les membres de leurs comités dirigeants ne pouvaient-ils prendre la mesure du péril ? Les personnalités politiques qu’ils ont envoyées à l’assemblée nationale ne pouvaient-ils se lever et prendre une initiative ?
Tout le monde s’est couché, tétanisé par la peur de perdre sa place, montrant bien ce qu’est cette formation politique, un agrégat d’opportunistes et d’assistés, glissant tous ensemble dans la bassesse et le calcul.
Et les électeurs de la primaire ?
C’est le chemin de la compromission morale qu’on leur demande d’emprunter, après avoir voté pour le héraut de l’intégrité et du courage.
Ont-ils envie de voir encore aux affaires ceux qui ont montré leur vrai visage ?
Avons-nous confiance dans leur capacité à mener le pays alors qu’ils ont été défaillants dans la simple désignation de leur candidat ?
Avons-nous confiance dans le programme de François Fillon, qu’il faudrait examiner à la loupe, pour y déceler encore les imprécisions, les erreurs grossières d’appréciation, sur la sécurité sociale, sur la réforme de la fonction publique, sur d’autres sujets bientôt ?
Une nouvelle ligne de clivage est maintenant tracée, suffisamment forte pour mener beaucoup (?) d’électeurs de sensibilité droitière à exercer leur droit de retrait.
Cela sera probablement suffisant pour faire perdre au candidat par défaut François Fillon les quelques points nécessaires à sa qualification au deuxième tour. Une élimination soft, “sur le poteau” (pas le poteau d’exécution), qui laisserait le vivier des opportunistes accrochés à leur mandat, se mobiliser pour une prise de pouvoir au parlement, chassant en meute, installant François Fillon comme premier ministre d’un gouvernement de cohabitation ?
Il faut donc que ceux-là même qui se situent sur l’autre rive du clivage puissent aller plus loin qu’un positionnement de retrait et d’abstention, passif, néfaste à leur pays, mais explorent activement d’autres options pour la France, faisant le constat de la fin du clivage droite-gauche, qui n’est plus opérant, et qu’il faut maintenant balayer, pour participer à une recomposition politique du pays autour d’autres axes, ce qui ne se fera pas sans la mobilisation des femmes et hommes de bonne volonté.
Quels sont ces choix qu’il faut regarder en face ?
Les choix économiques, tout d’abord. Il faut regarder comme un fait incontournable  le développement des échanges mondialisés, que nous devons transformer en oppportunité de stimuler notre économie et d’augmenter notre prospérité, en sachant répartir les fruits de la mondialisation entre les gagnants et les perdants. Il faut rejeter   le repli sur soi, protection en trompe-l’oeil de frontières restaurées pour les biens et les services aussi bien que pour les personnes, et d’une monnaie nationale, nous donnant l’illusion de la souveraineté, mouvement qui mettra notre économie par terre, fera exploser notre dette libellée en euros, et qui ne fera pas revenir les emplois.
Pas l’abandon aux forces du marché, mais des choix économiques volontaristes qui nous donneront les moyens de politiques sociétales qui font besoin.  C’est de notre prospérité économique et de la maîtrise des finances publiques que dépendra notre souveraineté et notre capacité à nous réformer.
Penser le rôle de l’état ensuite, et il faut refuser de se laisser enfermer dans l’alternative patriotes ou mondialistes décomplexés, qui n’est pas la véritable ligne de clivage, puisqu’il y a plus de proximité qu’on ne veut l’admettre entre les tenants de la préférence nationale et les sécessionnistes des quartiers, installés les uns et les autres dans le rapport de forces. Le choix se pose entre un état qui inclut et un autre qui exclut et organiserait  alors un développement séparé et in fine, une société multiculturelle et fracturée, à l’inverse des objectifs de nation unie que proclament les populistes.
Il est misérable de désigner comme boucs émissaires ceux que nous avons fait venir pour que la machine industrielle tourne à plein, il y a quelques décennies, ou même ceux qui sont venus plus récemment, et qui occupent maintenant les petits postes. Regardez autour de vous, celles qui se lèvent à quatre heures pour nettoyer les bureaux avant l’arrivée des employés, ceux qui ramassent les poubelles. Voyez leur courage et le désarroi de certains de leurs enfants, nos compatriotes, qui n’ont pas intériorisé la règle du jeu qui mène à l’intégration par le chemin de l’école.
l’état fort inclut dans le collectif national ceux qui sont tentés par le repli communautaire et impose ses valeurs, au premier rang desquelles la laÏcité, qui n’est pas seulement une liberté, mais une hiérarchie des règles, qui doit s’imposer sur tout le territoire national. L’état pédagogue doit s’imposer sans complexe, en organisant l’obligation d’intégration. Pour ce faire, il n’y a pas d’autre voie que de conditionner les revenus d’assistance et de solidarité à une contribution personnelle, qui crée un lien avec l’état, obligation de se former, toute sa vie durant, qu’on soit actif ou chômeur, pour rechercher les moyens de son autonomie. Obligation de consacrer du temps au service du collectif national, particulièrement là où cela fait besoin. Il faut en finir avec l’unilatéralité des politiques de la ville, et les cinquante milliards d’euros et plus, dépensés en vain au cours des trente dernières décennies, sans que cet effort considérable soit perçu par ses destinataires comme autre chose qu’un dû, et à ce titre, jamais suffisant.
L’état fort, démocratique et décomplexé, doit savoir s’aider de  la transition numérique pour organiser  l’obligation citoyenne, qui n’est ni de droite, ni de gauche, et encore moins d’extrême-droite, en tranchant avec netteté avec les pratiques laxistes actuelles, non pas pour exclure, mais pour inclure. Les solutions ne sont pas toutes prêtes à l’emploi, mais il faut en faire un sujet central pour le quinquennat à venir. Nous voyons bien le consensus se dessiner sur l’importance de l’école, de la formation, surtout pour les laissés pour compte de la vie économique. Assistance contre contribution sous forme de la formation dans laquelle on s’engage résolument, et pas pour faire semblant, effort tracé dans un carnet numérique de compétences, sur le modèle du carnet de santé, qui nous suivrait notre vie durant. Tout le monde doit se préparer à la société du savoir.
Tout cela n’est pas incompatible avec la limitation de l’immigration, bien au contraire, qu’un état fort doit maîtriser.
Foi en l’Europe ensuite, qu’il faut changer de l’intérieur, et dont le contre-modèle est un certain parti populiste, récoltant les fonds européens, pour les utiliser au financement d’un parti tourné vers des enjeux nationaux, qui ne travaille pas sur les sujets européens, puisqu’on est «dans l’opposition» à l’existence même de cette instance européenne, dont on accepte pourtant les prébendes, comme un parasite.
N’exonérons pas pour autant de toute critique les partis de gouvernement qui envoient au parlement européen leurs “seconds couteaux”, et les médias, qui ne relaient pas assez les sujets européens,  et font perdre de l’influence à la France en Europe. Investissons massivement dans les instances européennes pour les transformer.

Ceci étant posé, j’ai décidé de ne plus rester sur ma chaise, à observer, mais de me mettre « en Marche » et d’aller voir si je retrouverais ces points clefs dans la proposition d’Emmanuel MACRON dont nous attendons qu’elle se précise.
Un simple cadre définissant ces quelques priorités lisibles pour les français. Point n’est besoin de propositions nouvelles ou de gadgets sur lesquels vont s’accrocher la meute des chacals de la politique.

*L’expression « en bon père de famille », directement issue de la locution latine bonus pater familias, a été consacrée par le Code civil de 1804 et attribue à l’homme, père de famille, la qualité d’être bon gestionnaire. Elle est supprimée du vocabulaire juridique par la loi n° 2014-873 du 4 août 2014, qui entend consacrer «l’égalité réelle entre les femmes et les hommes».