Après le choc des attentats

 

Se remettre à réfléchir, ne pas rester dans l’émotion et l’hébétude, de peur de voir naître en moi un sentiment de haine, «mimétique», et diffus, cherchant son objet  au-delà de ces terribles machines à tuer.
L’heure est au brainstorming, à l’exploration sans frein et sans autocensure de cet évènement qui fait irruption, mais que nous pressentions.
J’ai choisi pour explorer ce terrible champ de bataille, une méthode, décrite par Edward de BONO, les «chapeaux pour penser», que j’évoquais dans un précédent post. Il s’agit de mettre sur sa tête, successivement, un chapeau de couleur différente, chapeau noir pour la pensée négative et pessimiste (intelligence du pessimisme), chapeau jaune pour les pensées et actions positives, qui pourraient constituer des pistes pour une sortie de crise, et qu’il faut essayer de mettre en actes (l’optimisme de la volonté), chapeau vert pour  la créativité, et enfin, le chapeau bleu pour le  processus de synthèse et pour agir sur le monde.
Tant qu’on a sur sa tête un « chapeau », on n’est pas vraiment responsable de ce qu’on pense, et c’est après avoir parcouru tous les chapeaux, une fois tête nue, qu’on peut  faire le tri de ce qu’il est raisonnable d’exprimer, à visage découvert, après avoir exploré tout le champ du possible. Nous portons sans le savoir, en permanence, un chapeau idéologique et un déterminisme socio-culturel, qui restreignent notre pensée et nous interdisent d’explorer des champs interdits. En cela, nous ne sommes pas très différents de ceux qui portent, vissés sur leur front, le chapeau d’une appartenance à un groupe, qui leur a enlevé le fardeau d’avoir à penser par eux-mêmes.
Porter le chapeau noir, c’est avoir une pensée nue, et s’engager dans toutes les voies qui se présentent, sans avoir peur de l’obscurité, là où le lampadaire du politiquement correct n’éclaire pas.  Porter ensuite un chapeau vert, c’est pousser le raisonnement  à partir d’un fait hypothétique, par exemple : « et si le  khalifat était destiné à persister dans la durée, quelles en seraient  les conséquences ? », c’est ce que Edward de BONO appelle la pensée latérale *.
Chapeau noir, explorons sans crainte ce qu’il y a derrière ces jeunes assassins, tuant indistinctement nos jeunes, élevés, eux, dans le respect de la différence. Regardons en face leur terrifiante manière de  s’effacer littéralement derrière leur acte, ne plus laisser de traces d’eux-mêmes, de leur humanité, ne plus avoir de visage, plus de mains, plus de corps, déchiquetés par leur bombe. Des zombies victimes volontaires d’un mouvement sectaire mondialisé ?
Une des grandes religions de l’humanité atteinte dans une de ses franges par un phénomène épidémique de nihilisme déréalisant perdant les repères du bien et du mal ?
Une aspiration à une pureté paranoïaque, à un royaume d’utopie, dont le remède serait peut-être de laisser les foules de djihadistes se heurter à la réalité d’avoir à vivre dans une telle société, et plus seulement mourir pour son avènement ?
Leurs commanditaires. Anciens tortionnaires du parti BAAS de Saddam Hussein, formés aux méthodes de manipulation mentale et d’organisation d’un état totalitaire, méthode KGB, et d’anciens activistes religieux formés à l’école de la haine dans les prisons américaines en IRAK. Ce ne sont pas les dirigeants qu’on peut rêver pour l’avènement du khalifat du prophète, mais si nous faisions le pari de laisser se poursuivre l’expérience, sur un territoire limité, et faire confiance à l’usure du réel pour laisser se tarir la fascination qu’exerce aujourd’hui ce mouvement, qui ne serait plus qu’un misérable état totalitaire habillé des oripeaux de la religion pour opprimer son peuple ?
Au moins, sur le papier, explorons cette hypothèse. Que veulent-ils ? un khalifat, sur un territoire. Il faut un instant en examiner la possibilité. Une étendue désertique, ponctuée de villes en ruine, vidées de leurs habitants ou de toute capacité à reconstituer un tissu social par la sauvagerie successive du gouvernement de ce qui était leur pays, et n’a plus de légitimité à le rester, puis par la sauvagerie de l’occupation de DAESH. Constituer un territoire limité par les contours de la destruction la plus achevée, la plus irrémédiable, dont ces territoires stérilisés ne se relèveront pas pendant des décennies, même si DAESH en est chassé. Instituer dans ce désert où la haine a sévi comme dans peu d’endroits dans le monde, un état confessionnel dans sa version wahhabite, pourvu que les habitants fassent le libre choix de vivre dans cette belle société – et alors il faut accueillir dignement les réfugiés qui ne désirent pas vivre cette expérience très spéciale – Ils sont déjà sur les routes, au moins ceux qui pouvaient payer les passeurs.
Si nous excluons de ce khalifat les quelques grandes villes qui tiennent encore debout, reprises à DAESH, autour desquelles se construirait l’état syrien d’après BASHAR, distinct du khalifat, dans un climat de paix armée, en face lui-même d’un KURDISTAN, qui est aujourd’hui notre plus fidèle allié, seul apte à mener cet endiguement qui restera nécessaire. C’est bien cette politique de fixation du phénomène DAESH sur un territoire et d’endiguement que nous (communauté internationale), avons menée jusqu’à présent.
Profiter aujourd’hui de cette terrible tabula rasa, et prendre en considération les dernières convulsions achevant l’éclatement des nations nées au XIX ème siècle, et construire autour des dynamiques qui existent aujourd’hui, un état résiduel syrien, autour des anciennes minorités alaouites, un Kurdistan, un Irak construit sur l’autonomie de deux régions confessionnelles, sunnite et chiite, et enfin, ce khalifat, auquel une chance pourrait être donnée d’abandonner son fonctionnement de trou noir de la violence mondialisée, en construisant sur ses ruines un état confessionnel sunnite, car c’est bien sur la base de la revendication d’une identité sunnite que le djihadisme a pu trouver un territoire.
Il n’y a pas d’autre horizon politique que la création d’états confessionnels, et pourquoi sacraliser la configuration des états actuels, qui n’est rien d’autre que la suite des accords secrets Sykes-Picot, découpant la région en zones d’influence des puissances de l’époque, une zone française d’administration directe (Liban et Cilicie), une zone arabe d’influence française (Syrie du Nord et province de Mossoul), une zone anglaise d’administration directe (Koweït et Mésopotamie), une zone arabe d’influence anglaise (Syrie du Sud, Jordanie et Palestine), une zone brune d’administration internationale comprenant Saint-Jean-d’Acre, Haifa et Jérusalem.
La création de ces états confessionnels n’est-elle pas l’horizon politique qui manque pour donner un sens à la lutte contre DAESH ?
Parvenir à une paix provisoire, dans un périmètre stabilisé, après un effort de guerre conséquent de la coalition, qui aurait grandement affaibli les velléités d’expansion et raboté les illusions de DAESH, et obtenir le renoncement à la révolution mondialisée, puisqu’il serait possible à tous les monomaniaques de la pureté religieuse – c’est ainsi que se présentent ces incultes, en recherche en fait d’une fraternité fusionnelle, ne supportant pas notre individualisme, et notre liberté – de venir vivre dans cette nouvelle terre promise, revigorer leur ego malmené dans nos sociétés.
Cette nouvelle expérience de nation building, aurait sans doute un sens, à l’opposé de ce qui s’est passé en IRAK. La transition au sein du khalifat pourrait se faire un jour entre la génération des assassins-fondateurs et les bâtisseurs d’une nation, qui a déjà une armée, mais qui aura besoin de quelques commodités supplémentaires. Diluer le phénomène djihadiste dans une reconnaissance de la revendication sunnite à constituer un état confessionnel, qui aura fort à faire à organiser la vie quotidienne, et à faire évoluer la culture de mort de DAESH vers une culture de vie en société. L’idéologie du whahabisme, en tant que principe organisateur d’une société, trouverait à terme les compromis qu’il faut avec les résidents volontaires, et transformerait le désert en jardin, irrigué par les finances saoudiennes, mettant fin aux humiliations sans fin des peuples de la région, sunnites, kurdes.
Et si tel était notre espoir secret avant les attentats ?  Et si ce n’était que parce que nous sommes  touchés par le prosélytisme de ces fanatiques dans nos pays, que nous leur déclarons notre  hostilité ? agirions-nous autrement que ce que nous faisons, en appuyant les forces locales hostiles à DAESH, l’opposition syrienne démocratique, les groupes islamistes n’ayant pas fait allégeance (pas encore ?) à DAESH, et les kurdes, dans un jeu triangulaire avec les forces de BASHAR. Attendons-nous autre chose qu’une sorte de solidification de cette zone en fusion, en pratiquant le «containment», et en espérant que le meilleur possible en sorte, ou le moins pire**.
Après cet endiguement, conduisant à la reconnaissance d’un territoire confessionnel sunnnite, il faudrait espérer voir survenir la dilution du djihadisme dans cet ensemble sunnite.

Si nous poursuivons la métaphore du chapeau, nous voyons que Manuel VALS, après les attentats,  a porté le chapeau rouge, celui de l’émotion, qui, selon DE BONO «n’a pas à se justifier auprès des autres chapeaux. C’est le feu, la passion». Le problème, c’est que la passion retombe, et quand on a proclamé que nous étions en guerre, et que nous allions «détruire» nos ennemis, ces paroles d’un dirigeant restent inscrites dans la mémoire collective, et sonneront, n’en doutons-pas, comme des paroles téméraires et des fausses promesses.
François Hollande prend à pleines brassées tous les concepts disponibles pour mettre en scène un “virage sécuritaire”, et bénéficie d’un “effet d’aubaine”, qui lui permet de sortir de l’inaction et de l’indécision. Que n’avait-il puisé dans ce que lui proposait la société française dans toutes ses composantes pour demander l’union sacrée pour le sauvetage de l’économie ?
Cette posture lui vaut une reconnaissance provisoire de la nation. Il feint d’être à l’origine, à l’impulsion de cette formidable action des forces de police, de la mobilisation exemplaire des secours et des hôpitaux. Il moissonne les maigres récoltes conceptuelles de la droite, y compris jusqu’à la déchéance de nationalité pour les binationaux radicalisés. Tout ce qui est disponible est mobilisé. La droite, piteuse, balbutie, s’agite sur les bancs de l’assemblée. Laurent WAUQUIER tente sa chance, au milieu de la fusillade, au téléphone, comme s’il sortait de son lit, proposant l’internement de tous les détenteurs de la fiche S, sur un ton qu’il voulait solennel, mais parasité par ce petit zézaiement qui prête à sourire, en même temps que le fond du propos et le timing renforcent l’impression d’impréparation, pour ne pas dire d’inaptitude à penser le phénomène. Même impression pour Bruno LEMAIRE à l’émission “Des paroles et des actes”, débitant un monologue grandiloquent, mais sans consistance, en miroir de celui de MELANCHON. Et ne parlons pas de celui qui proposera, dans les heures qui suivent les attentats, le rétablissement de la peine de mort pour les kamikazes, une version actualisée de la double peine, en somme, pour les petits gars qui se sont fait exploser. Celui-là même qui court à Moscou, et ne sait où donner de la tête pour exister dans cette tourmente. “Il faut revoir complètement notre politique de sécurité” c’est encourageant de la part de  la personne qui a construit précisément la politique de sécurité du pays pendant une décennie d’action publique, a eu tous les leviers de commande, a fusionné RG et DST, et donc a supprimé les renseignements généraux et la police de proximité, a construit sa carrière politique sur le sujet. Un début d’inventaire du quinquennat précédent ? Je crains que nous devions déclarer également inapte provisoirement, notre ancien président (arrêt de travail pendant quelques semaines ?), et le prier, dans l’intérêt de son camp, de prendre du recul.
François FILLON, à TF1, a produit un petit objet de communication politique, exprimé comme une opinion de bon sens, sans grand charisme, un peu détaché, il faut le dire, pas vraiment à la hauteur de l’évènement, et qui fait l’impasse sur une série de dilemmes. En bombardant DAESH en Syrie, nous aurions commis «un acte de guerre» et il fallait s’attendre à des représailles. Puisque nous sommes en guerre contre DAESH (cette guerre est-elle justifiée à ses yeux ?), si nous voulons gagner cette guerre, il faut la mener en Syrie, et pour être efficace, il faut s’allier au sanglant dictateur BASHAR et à son protecteur russe. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Le problème, c’est que le grand frère russe tape sur l’opposition démocratique, et ne cherche qu’à conforter BASHAR. Voila bien l’angle aveugle de la déclaration de François FILLON, le poutinisme rampant dont font preuve quelques politiques de droite, rejoignant sur ce point la droite extrême. POUTINE me fait horreur, j’aime bien FILLON, et je désespère de certaines de ses positions du type jeu de billard à plusieurs bandes. Autre point aveugle de son argumentation, cette coalition (élargie à POUTINE et aux iraniens), où nous nous impliquerions résolument, mériterait d’être examinée sérieusement sous l’angle des motivations et ambigüités de ses composantes, avec une grille de lecture à la SCHMITT – qui sont les ennemis de qui – le Kurdistan, cible de la Turquie, plus que DAESH, et ce n’est que lorsque ce dernier a commencé à déstabiliser la Turquie qu’une hostilité est née contre lui dans ce pays, qui était jusqu’à ce moment, une base arrière pour ses opérations. La Turquie va-t-elle pour autant se lancer dans une « lutte à mort » contre les tenants du khalifat ? La même question se pose pour le régime syrien, qui voudra conforter son existence sur un territoire plus restreint, et pour ses protecteurs, qui n’auront pas la volonté «d’éradiquer» DAESH. Les américains voudront-ils se mettre dans ce nouveau guêpier ? nos alliés européens, qui n’ont plus d’armée et ne sont pas des cibles de DAESH vont-ils s’impliquer ? Avons-nous les moyens de nous retrouver en première ligne en SYRIE ?
L’argument de François FILLON n’était pas convainquant au moment où il l’a émis, puis les évènements se sont accélérés, le CHARLES DE GAULLE appareille, l’allié POUTINE discute avec le président HOLLANDE, chef de guerre planétaire. Le président français “intensifie” les frappes, triple (mazette) le nombre d’avions, lesquels font des sorties tous les jours. Peu d’efficacité prévisible, comme le laisse voir l’accueil flegmatique, bien qu’amical, de l’ami BARAK, qui doit penser que les petits ruisseaux font les grandes rivières, lui qui tape bien plus massivement sur DAESH depuis des mois. Pas de vision du président HOLLANDE, qui remet à plus tard la question de BASHAR, tout à son alliance avec les russes. On tire à vue, mais on ne voit pas ce qu’il pourrait y avoir après, au moins, ça défoule.
Nous ne sommes pas partis pour résoudre l’équation DAESH en Syrie, dont les experts nous disent d’un ton pénétré, que c’est là-bas qu’il faut agir, aux racines du mal.
Les commentateurs pensent la chose en catégories. Sur France Culture, il y a les bellicistes, dont fait partie le président, qui mise sur les frappes aériennes, à défaut d’autre chose, et qui pense que ça finira par marcher, comme l’inversion d’une certaine courbe, mais cela risque d’être long, là aussi. Il y a les pacifistes (laissons-les se débrouiller entre eux et les choses s’arrangeront spontanément, du fait précisément de notre inaction). On relaie les propos d’un philosophe qui nous dit d’un air docte que bien des français auraient voulu s’unir autour d’un symbole différent du drapeau bleu blanc rouge. Ils n’ont de cesse de s’effacer, il ne leur reste plus qu’à ne plus parler, nous ne les regretterions pas. Et enfin, il y a les “réalistes”, pour lesquels, il s’agit en somme de faire ce qui est possible, sans se faire d’illusion sur ce que l’on fait. Une sorte de “fais ce que doit, et advienne que pourra”, telles sont les catégories utilisées dans la discussion entre Hubert Védrine et Guillaume ERNER aux matins de France Culture. On peut craindre que notre redoutable offensive militaire dans les cockpits des avions et intellectuelle dans les studios et les médias dominants ne débouche sur rien d’autre que le constat de notre impuissance en Syrie.

C’est donc sur le plan intérieur, en France et en Europe, que nous avons à faire porter notre effort, avec également, des dilemmes sur lesquels « élaborer » une vision pour nos pays européens.
Je continue à porter le chapeau noir, et je vois se déliter le rempart conceptuel élevé par nos élites, avec de laborieuses et insuffisantes mises à jour de notre logiciel démocratique, dans sa version upgradée, bardée de patchs, n’empêchant plus les bugs, au risque de l’affaissement du système fondant le vivre-ensemble.
Est-ce que nous ne sommes pas déjà dans le « vivre séparés », c’est la question que je me suis posé en faisant mes courses, et en surprenant, chez une femme menue et gentille, portant le voile, s’adressant à un commerçant coreligionnaire où j’achète mon pain, l’expression d’un contentement du coup porté à une entité ennemie, cohabitant avec eux sur un même territoire, et vis-à-vis de laquelle l’intensité du ressentiment est telle qu’on se réjouit de voir massacrés ses femmes et enfants.
Des lycéens rapportent des propos semblables, tenus ouvertement dans les classes, approuvant l’attentat de Charlie Hebdo. Voyons un peu cette fois si la haine du pays d’accueil s’arrêtera et si ce ne seront pas les mécréants fêtards et non adorateurs du prophète, qui auront été punis. On le dira peut-être un peu moins fort.
Je constate que les parents de ces lycéens n’ont pas été convoqués, et les enseignants se sont retrouvés seuls, abandonnés. Quelle est l’analyse des pouvoirs publics ? le phénomène est-il trop massif pour qu’on puisse lutter contre lui ?
Doit-on s’étonner de voir naître un rejet symétrique, chez de paisibles citoyens confrontés à ce phénomène, beaucoup plus répandu et rampant que ne le pensent ou veulent l’admettre nos élites.
Nous sommes pris entre la sécession des quartiers et la progression du front national.
Le communautarisme est un rapport de force. Les membres de ces communautés se trouvent, pensent-ils, en marge de l’attribution des places dans la société et occupent des postes subalternes dans l’économie de marché, mais pour autant, au lieu de jouer le jeu de la société méritocratique, ils préfèrent instaurer un rapport de forces pour obtenir autrement, pensent-ils, ce qu’ils n’obtiennent pas par le jeu démocratique, et construire leur identité politique et sociale sur l’opposition aux valeurs de la France.
Le ressentiment contre le pays d’accueil amène à se réjouir de ce qui l’atteint, et l’affaiblit, espérant pouvoir encore pousser leur avantage, et leur sécession. La réaction aux attentats dans les quartiers manifeste cruellement la rupture du lien national comme un phénomène de masse.
Il faut regarder cette réalité en face.
Il ne suffira pas de fermer quelques mosquées intégristes,  déchoir de la nationalité quelques fanatiques-assassins en puissance, enfermer ou maintenir en résidence surveillée cinq milles radicalisés, ou même 11500, (autre chiffre entendu dans les médias), car les chiffres ne représentent que la partie visible d’un processus beaucoup plus répandu, au sein de communautés entières se coupant de la société française et vivant dans la théorie victimaire du complot occidental contre l’islam. C’est un phénomène de masse, terreau fertile pour le pire. La prise de pouvoir par des groupes de salafistes dans beaucoup de mosquées est en cours, et l’islam dur porteur d’un projet politique, est en pleine expansion. Nous laissons les musulmans modérés faire face, seuls, à ces groupes déterminés.
Il est symptomatique de voir le débat se déporter vers le contrôle des frontières, alors que ces jeunes assassins sont originaires de nos banlieues. Le non-dit est de limiter quantitativement le phénomène communautariste, en limitant le nombre des immigrés s’installant chez nous, faisant l’hypothèse sans le dire que le combat pour intégrer ces nouveaux-venus dans la société laïque à la française est perdu d’avance, avant même d’avoir été livré.
Portons maintenant notre chapeau bleu, et voyons ce que doit faire la communauté nationale : exercer un rapport de forces symétrique,  exiger un implacable respect de la laïcité, et condamner sans appel certaines positions communautaires, qui ne tombent aujourd’hui, sous la coupe d’aucune loi.
Alors une police de la pensée, l’instauration de lois interdisant le blasphème contre les valeurs démocratiques ? des lois liberticides ?
Faire monter le rapport de forces, c’est savoir jusqu’où il faut aller, entre persuasion, campagnes d’opinion, incitations positives, union sacrée et implication de tous les citoyens pour les solutions d’endiguement du communautarisme, sans perdre nos valeurs démocratiques.
Les pistes à creuser pour les politiques, par exemple les candidats à la primaire, c’est avoir le courage de regarder les faits en face, faire campagne publiquement pour l’intégration dans la nation et l’adhésion à nos valeurs, qui concerne, heureusement, une majorité des musulmans, faire bloc pour persuader, et en dernier recours, intimider, à notre tour, les sécessionnistes. Les musulmans modérés ne pourront que voler au secours de la victoire de la laïcité.
Il faut examiner jusqu’où pourrait aller la montée en puissance du rapport de forces, pour une minorité (on l’espère) d’opposants à cette grande cause nationale : convocation des élèves et des parents d’élèves devant une instance extra-scolaire, si c’est au sein de quelques familles mal informées, qu’il faut trouver le milieu idéologique d’hostilité à la société, il faut les éduquer solennellement, comme un rappel à la loi. Il en est de même pour ces jeunes scolaires, se croyant autorisés à porter une parole publique de soutien à la radicalisation dans le milieu scolaire, qu’il faut admonester de la même façon, et ne pas donner le spectacle du désarroi et de la faiblesse de professeurs dont ce n’est pas le rôle de s’opposer à leurs provocations.
Il faut un combat idéologique contre les croyances favorables à la sécession, exercer des pressions de toutes sortes contre les sécessionnistes, allant jusqu’à l’exclusion du périmètre de la solidarité de ces français communautaristes (minoritaires) qui veulent ce développement séparé. Des sanctions financières prononcées contre des citoyens récalcitrants, politique du donnant-donnant, et peut-être, obligation de travaux d’intérêt général qui leur seraient demandés pour prendre la mesure de l’effort consenti par ce pays honni, où ils habitent, pour les loger, les éduquer, les soigner, et à qui il faut donner quelque chose en échange.
Et pour ces mêmes sécessionnistes, de nationalité étrangère, ce qui serait disponible, déjà, c’est une politique de maintien conditionnel sur le territoire, qui, pour constituer une menace crédible, devrait être une mesure de masse, pour peu que l’administration puisse être seule juge de l’opportunité de conserver un droit de séjour à des étrangers non intégrés, hostiles à leur pays d’accueil, dont la scolarité de leurs enfants pourrait bien se poursuivre dans leur pays d’origine. Il faut changer la loi sur le séjour des étrangers, en faisant un bon usage de cette mesure, car mieux vaut brandir une menace que la mettre à exécution.
Le soutien implicite des héros négatifs de l’islam par une base sociale communautariste est l’ ennemi de la Nation.

*https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thode_des_six_chapeaux
**http://www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre-d-ete-l-etat-islamique-va-t-il-bouleverser-les-frontieres-du-moyen-orie-0

Répliques d’Alain Finkielkraut, Pierre Manent, Jacques Julliard

Décidément, le sujet est tenace, et il est difficile de tourner son regard ou son écoute vers un grand média sans se trouver confronté aux remous de la vague migratoire, qui fait tanguer la société française et ses médias, et trouble l’eau de ce qui n’est plus le long fleuve tranquille et apaisé de l’intégration de tous les citoyens dans la nation française.
Ce qui est mis en question, c’est notre capacité –supplémentaire- à accueillir de nouveaux arrivants, au-delà du flux annuel actuel, de 200 000 nouveaux arrivants.
Les réfugiés syriens, soudanais et érythréens, poussés par le désespoir, ne peuvent être repoussés, mais faut-il mettre en œuvre pour eux une exceptionalité de l’accueil, alors que nous avons quatre cent mille personnes vivant dans la précarité, pour certains, dans la grande misère, même aidée, et dont le profil pourrait aussi nous mobiliser pour mener une action vigoureuse de solidarité, mais nous ne les voyons plus, ces gens qui vivent sous des tentes, sous des ponts, au bord de l’autoroute, dans des baraquements, des squats. Nous ne les voyons plus, car ils sont parvenus à l’échéance d’un long processus de relégation sociale, sans plus même de liens avec les services sociaux. Ce sont les perdants absolus, méprisés, malades dans leur chair (espérance de vie de 40 ans), dans leur esprit (beaucoup sont atteints de pathologies psychiatriques), et nous ne sommes pas exempts de leur attribuer une part de responsabilité dans cette longue et désespérante série d’échecs qu’est leur vie. Ils auraient mal employé leur capital de départ, ce que nous appelons l’égalité des chances. Ceux-là ne font pas partie de la classe dangereuse, leur malheur ne nous inquiète pas. Ils ne sont pas près de rompre les grands équilibres de notre belle société. Ils ont simplement été laissés de coté dans un lent et complexe processus d’intégration commune, proposé à chaque citoyen, par l’école, le monde du travail, la compétition sociale pour les postes. C’est la pointe extrême de ces décrocheurs, qui n’ont pas la combativité nécessaire pour demander même les revenus de solidarité, ou se réfugier dans les liens de solidarité de proximité, et qui flottent au fil des jours, parfaitement seuls, comme des cadavres sur le fleuve, les pauvres absolus, sans force, dédiés au froid et à la faim, que seul l’alcool peut leur faire oublier. Une descente aux enfers sans retour. A quand un reportage photographique-choc, dans les morgues des grands hôpitaux pour montrer ces corps décharnés d’hommes de quarante ans, faisant sur eux, morts dans la rue, pour réveiller nos consciences.
Je n’appelle pas, bien évidemment, à une sorte de préférence nationale pour nos miséreux, car bien d’entre eux sont des migrants, mais les jeunes couples d’ingénieurs syriens, avec enfants, aux moyens financiers suffisants pour payer les passeurs, vivent au péril de leur vie un rite de passage par la misère et la précarité, dont on peut espérer qu’ils renaîtront aussi forts s’ils parviennent à s’établir dans notre ilot de stabilité et prendre leur part de prospérité.
La question posée, au-delà de leur accueil dans notre pays, est notre contexte économique et démographique, différent de celui de l’Allemagne, ou règnent  la panne démographique et  le plein emploi, et où nombre d’emplois ne sont pas  pourvus. Le concept opératoire pour intégrer ces membres de la société éduquée syrienne devrait être voisin de celui de l’immigration choisie, immigration de travail, et les quotas de répartition devraient se faire en fonction des besoins des marchés du travail locaux. Dans la mission des Hot-Spots que nous voulons installer en périphérie, cet aspect précis des besoins du marché du travail et par voie de conséquence, des chances d’intégration des réfugiés, devrait constituer le point-clef. Une répartition en quotas de compétition compassionnelle entre une Allemagne très généreuse, mais en fait avant tout soucieuse de ses intérêts,  et une France frileuse, que les instances européennes doivent rappeler à ses valeurs, est une duperie. Dans cette affaire comme dans d’autres, il y a d’abord l’intérêt des états.
Les réfugiés viendront-ils alors «s’intégrer» dans notre classe moyenne, ou du fait de leur déclassement, sur un marché de l’emploi et dans une économie en berne, iront-ils renforcer les groupes sociaux des insatisfaits, hostiles à notre modèle de société, ceux à qui nous attribuons des comportements «communautaires», et que nous qualifions de «musulmans», car la religion constitue pour eux la seule identité de repli.
On sent bien qu’il y a un danger à renvoyer sans cesse dans le débat public, au qualificatif de sa religion d’appartenance, celui ou celle, confrontée aux difficultés du travail ou aux mœurs de notre société individualiste, où l’on ne pratique aucunement la civilité chaleureuse de leurs sociétés d’origine, mais au contraire, une sorte de méfiance de tous contre tous, sinon de guerre (Bellum omnium contra omnes), pour paraphraser HOBBES. Pour des amis turcs, prenant pour la première fois le métro, le comportement des passagers, fuyant le regard des personnes assises en face d’elles, répugnant à tout contact, fût un vrai choc culturel.
Nous avons le tort de porter un regard homogène sur un groupe qui ne l’est pas, et ce regard renforce la méfiance réciproque, et rend précisément impossible ce que nous appelons de nos vœux, un espace public où le regard posé sur l’autre soit libre de tout présupposé, donnant toutes ses chances à une sociabilité et laïcité inventive.
C’était le sujet de l’émission Répliques sur France Culture, ce samedi matin (Alain Finkielkraut, Pierre Manent, Jacques Julliard).
La pensée de Pierre Manent ne se laisse pas approcher avec des gros sabots, et de ce point de vue, l’émission était un peu décevante, du fait d’une pensée par catégories abstraites et trop tranchées des participants, alors qu’il aurait fallu une herméneutique du subtil Pierre Manent,  exercice qu’on n’attendait pas de Jacques Julliard et par ailleurs, il manquait un «méta-point-de-vue» de la part de Pierre Manent, au moins dans l’exposé qu’il a fait de son livre, où il  nous propose, pour résumer son sujet, de renouveler notre contrat social en intégrant autrement le fait musulman dans la société laïque française.
En quelque sorte, il nous dit que «la laïcité à la française n’est plus pertinente dans la situation dans laquelle nous nous trouvons», car «les présupposés de la laïcité étaient une Nation partagée, une longue éducation commune, un partage de la littérature (pour les élites), et une familiarité réciproque». Il fallait pour l’école, «assurer une éducation libre de toute attache».
Historiquement, il fallait «écarter l’église, diminuer sa puissance sociale».  C’était possible, pour les membres d’une même société, ajustant leurs positions au fil des interactions. Aujourd’hui, nous dit Pierre MANENT, il manque aux nouveaux arrivants, par nature, ce long compagnonnage avec la société,  par l’école et l’interaction avec une société laïque,  et «les groupes (musulmans), sont consistants, les individus ne sont pas libres d’attache»
L’optimiste Jacques JULLIARD, citant Lucien FEBRE (le problème de l’incroyance au XVIème siècle), semblait penser que ce qui est arrivé à l’église arrivera pour les musulmans, et qu’il n’y a pas motif, au contraire, à désarmer les principes de la laïcité.
Faut-il instaurer, voire renforcer un rapport de force entre la civilité à la française (l’apprentissage des valeurs et des codes sociaux de notre pays) et l’appartenance constituée du nouvel arrivant ou de celui qui continue à se comporter comme tel, en vivant ici comme s’il vivait là-bas. Dans ce cas, les choses ne se feront pas spontanément, et les leviers sur lesquels nous comptons, voire même sur lesquels nous nous déchargeons, à savoir l’école et les services sociaux, sont malheureusement en échec, diront les pessimismes.
Nous pouvons toujours continuer à penser que « la France est un pays auquel on peut s’attacher par la langue et par l’esprit, sans renoncer à ses racines », mais il ne faut pas s’attarder à la nostalgie d’un temps révolu. C’est peut-être néanmoins un concept opératoire pour quelques réfugiés syriens appartenant à l’élite culturelle de leur pays, et qui pourraient reproduire chez nous ce type d’appartenance au pays, par la nouvelle langue et la nouvelle culture qu’ils habiteraient.
Pour Alain Finkielkraut, il faut regarder en face la méfiance organisée et défensive des quartiers communautaires, contre cette chance du compagnonnage avec les valeurs du pays d’accueil pour les enfants à qui on apprend dans leur famille, à contester tout propos sur l’histoire de notre pays. A cette méfiance, la réponse serait d’effacer des programmes d’histoire, les Lumières, et bientôt de réduire la substance de notre passé à l’oppression coloniale et à l’agression constante de l’occident contre les «pays d’origine». Plus d’ethnocentrisme, plus d’histoire de la Nation française, plus de Nation française. Belle réponse à ce rapport de forces, que de s’effacer, en espérant que le vide ainsi créé puisse sans doute amener un hypothétique bon vouloir de vivre ensemble des seuls signataires du contrat social que seraient les communautaires, aux marges, qui voudraient imposer au centre de l’espace public, leurs pratiques et leurs volontés.
C’est le propos de Pierre Manent, si nous l’avons bien compris au cours de l’émission Répliques, que d’abandonner du terrain sur certains principes laïcs, en laissant entendre ainsi que ces valeurs ne sont pas essentielles, au sens fort, pour notre société, et que nous puissions nous satisfaire de quelques principes résiduels, de pure forme, l’interdiction de la Burqa et de la polygamie. Quant au statut d’infériorité de la femme, nous pourrions l’accepter comme une particularité culturelle admise par toute la société française, une variante de l’égalité à la française, sans doute. En échange de quoi, nous pourrions formuler quelques exigences, trouver un «compromis», exprimé par Pierre MANENT en des termes tellement généraux que cela pourrait prêter à sourire, mais qui trouvait un écho chez Jacques JULLIARD, puisqu’il ne s’agissait, dans cette belle discussion, que de rester au niveau des principes.
Ce repli sur des positions préparées à l’avance, qui consisterait pour Pierre MANENT à laisser de la place aux musulmans, qui se présenteraient comme tels, et non pas en tant que nouveaux citoyens, peut sembler à beaucoup comme une reddition en rase campagne, un abandon, une lâcheté de clerc, pour pouvoir penser tranquille, sans dissonance cognitive, dans une cervelle éprise d’harmonie et répudiant au combat pour les valeurs, trop physique et trop vulgaire, sans doute.
Cette volonté de ne pas bouger d’une appartenance figée et définie en termes religieux et culturels, en opposition aux ténèbres extérieures d’une société dont ils retirent néanmoins une subsistance, est un donné qu’il faut prendre en compte, chez certains musulmans.
Néanmoins, cette attitude d’hostilité envers la société française n’est pas majoritaire, ou du moins pas encore, et il faut faire le constat que l’intégration a fonctionné pour une majorité d’anciens immigrants, que les couples mixtes sont très nombreux en France, et qu’il y a un attachement, pour ne pas dire plus, à notre pays commun, pour ceux-là dont les racines sont devenues mythiques, et sans consistance, français quand on est en visite au Bled, et franco-maghrébins en France.
Il faut dire aussi que notre regard collectif a changé, au fil de ces dernières décennies, sur ces «franco-maghrébins» ou «franco-africains », occupant des postes importants, souvent, et dont on oublie la consonance de leur patronyme, charmés souvent que nous sommes, de les voir prendre leur place et occuper parfaitement les codes de civilité de notre pays, et maîtriser souvent avec une élégance que nous n’osons plus, la civilité et l’élégance à la française. Il faut dire aussi que, pour les plus simples d’entre eux, ceux qui sont venus travailler chez nous aux basses besognes, et dont les enfants sont intégrés et épanouis dans la société française, nous avons aussi bénéficié de leur apport libérateur quant au regard que nous portons sur les critères de la hiérarchie sociale, alors que nous étions dans notre «entre-soi-entre-nous» régi par le principe de «la distinction» magnifiquement décrit par Pierre BOURDIEU, qui nous assignait une place dans l’échelle sociale, avec une désespérante rémanence, reposant sur un code social qui nous poussait à faire semblant d’être ce que nous n’étions pas, à aimer le concerto pour la main gauche, à mépriser les nains de jardin. Avec quel plaisir nous avons pu envoyer à la poubelle, dans la classe moyenne, ces antiquités, avec les nouveaux arrivants, qui ne s’exposaient pas au jugement social de cette façon-là, du fait de leur nouvelle citoyenneté. Nous aurions dû certainement ne pas fabriquer de nouveaux stéréotypes d’infériorité culturelle, ou ethnique, mais je constate que ceux-ci  sont en train de tomber, et qu’un accent maghrébin ou africain a le même charme pour nos oreilles aujourd’hui, que l’accent québécois, nous sommes de la même famille francophone. La méfiance, ressentie en des termes ethniques, est en train de tomber. Poursuivons notre effort collectif, sans qu’il soit besoin de le penser dans les termes de Pierre MANENT, mais au contraire, occupons le terrain, ensemble.
Et donc,  il faut penser cette nouvelle offensive identitaire religieuse, et ses risques de retour en arrière et de sécession, pour ce qu’elle est, un appel à un renforcement de la compétition pour les valeurs du vivre-ensemble à la française, et non pas à un désarmement de notre camp.
Ce qu’on peut reprocher à nos trois intellectuels, deux anti-modernes et un homme de la gauche des lumières, c’est un manque d’inventivité et de goût pour formuler des propositions détaillées pour sortir de l’impasse.
Je voudrais les ébaucher dans ce post déjà trop long.
Ne pas assigner «les musulmans» à une représentation unique auprès des autorités de la République, fût-elle celle des «musulmans de France», un organisme officiel et unique, qu’il faudrait renforcer, au point qu’il deviendrait l’interlocuteur unique et obligé entre ceux dont la désignation exclusive serait les “musulmans” et la Nation. Il ne s’agit pas de rendre homogène une communauté, mais au contraire, de permettre aux citoyens une identification ou une reconnaissance à travers des sensibilités diverses, sur le modèle que nous présente la biologie, au sein des chromosomes, allèle fort et allèle faible, alliés pour définir un phénotype (faites un wikipédia). Il y a ainsi les Français laics-musulmans, les Musulmans anti-laics-français administrativement, les Musulmans laics-français par le cœur, et les Musulmans-musulmans-antifrançais. Echappons au conflit, bloc contre bloc. Favorisons l’expression de toutes ces nuances, car il faut comprendre la pression de conformité et les racines du conformisme intégriste, dans les termes que nous propose Eric MAURIN, dans un livre déjà cité dans un précédent post. Ce sont les multiples interactions de notre réseau de proches, et de moins proches, avec les personnes et le groupe auquel nous pouvons nous identifier, que nait notre désir de nous conformer aux valeurs et pratiques majoritaires dans notre espace social. Il faut qu’il y ait une place, un espace d’identification pour les différents phénotypes mentionnés ci-dessus, pour ceux qui feront vivre la synthèse entre les valeurs françaises et leur religion et qu’ils soient bien visibles.
Cela ne se fera pas tout seul. Il faut prendre des initiatives et  intervenir publiquement pour réprouver tout  groupe ou toute  communauté qui se définirait en opposition et franche hostilité aux valeurs du pays d’accueil, la première d’entre elles étant une laïcité incontournable.
La discrétion des autorités publiques n’est plus de mise. Renvoyer les imams intégristes, proposer un cursus de formation des imams en France, à la faculté catholique de Paris, par exemple, et ne pas déléguer au Maroc la formation des imams, faire vivre un courant associatif exprimant la diversité, et permettant d’échapper à la pression de conformité étouffante, que vivent les «phénotypes» compatibles avec notre société, décrits ci-dessus.
Reconnaissons publiquement, en tant que citoyens, chacun d’entre nous, le conflit en cours, pas pour l’envenimer, mais pour proposer, par la persuasion et par l’accueil sincère, le modèle français. N’attendons pas seulement de l’école qu’elle soit seule à jouer ce rôle d’intégration. Multiplions, dans le monde associatif, les occasions d’interaction avec ceux qui vivent dans leur isolat et surinterprètent les signes de la société française, montée du FN en particulier, les confinant à vivre, comme dans l’isolat FN, dans la théorie du complot.
Enfin, quand on écoute réellement les nouveaux arrivants, comme j’ai eu personnellement l’occasion de le faire, on est émus de la sincérité de leurs sentiments lorsqu’ils expriment leur surprise, leur déception même qu’on ne leur demande rien, en échange d’une place dans la société.
Les revenus d’assistance et de redistribution représentent dans notre pays un tiers ou presque du PIB. La solidarité est effective, au bénéfice, en particulier, mais pas seulement, de ceux qui sont dans la situation du non-emploi, mais au-delà, dans la situation  du chômage citoyen, en position pas seulement de recevoir, mais de donner, ce qui serait une bonne interaction pour se sentir appartenir, non pas sur le modèle de la Big society, mais selon des modalités de service citoyen, à définir, pour tout citoyen qui ne travaille pas ses 35 heures, et qui reçoit un revenu de complément de la part de ladite société.
Et si nous voulons renforcer un enracinement dans un lieu, dans un quartier, pourquoi ne pas faire vivre des comités de quartier, venant exprimer leurs spécificités auprès des citoyens de la ville entière, réunis dans des lieux d’échange et de respect communs ? Tels pourraient être des leviers pour renforcer ces interactions entre citoyens.
Et pour le reste, n’ayons pas peur d’être cyniques, et d’appliquer certains principes de l’art de la guerre, mentionnés dans un de mes précédents posts, pour un autre usage.
Terrorisons quelques-uns pour intimider le plus grand nombre, et plus exactement, pour libérer le plus grand nombre, s’il faut aller jusque là pour faire monter en notre faveur le rapport de forces. Je pense au vote d’une loi qui prononcerait la déchéance des titres de séjour pour les étrangers qui ne se mettraient pas en conformité avec les valeurs de la société françaises, les prêcheurs de haine, ou les radicalisés authentiques bombes à retardement, et néanmoins hébergés gentiment dans notre pays, puisqu’ils n’ont encore rien fait. Je rejoins Bruno LEMAIRE dans sa proposition d’expulser tous les étrangers qui ont attiré l’attention des services de renseignement par leur classification en sujets à risque, et constituent un danger pour la nation.

 

La querelle des anciens et des modernes et la toile de fond de la crise des réfugiés

L’identité française n’est plus ce qu’elle était, et ne sait plus même ce qu’elle est. Elle serait résiduelle, souffrante, et porterait comme un fardeau les grandes erreurs collectives du dernier siècle, au premier rang desquelles le colonialisme, asservissement et exploitation des peuples, sous couvert d’un projet « civilisateur », déniant aux cultures des peuples premiers et des autochtones toute prétention à persister. Un “génocide culturel” mené par de braves pères de famille héritiers des lumières et de la révolution française, et pourtant nourris des stéréotypes les plus humiliants pour les anciens colonisés, persuadés que l’africain du nord et du sud était un grand enfant, un homme inférieur, non pas racialement, mais du fait de cultures périmées. Il fallait le faire entrer dans la modernité (la civilisation, comme le proclamait Jules FERRY) et comme notre bien mal inspiré président de la république française dans une époque pas si lointaine le proposait également, dans un certain discours de DAKAR.
Au-delà de la condamnation unanime de cette période de notre histoire, c’est sur toute possibilité d’une identité française ou européenne non plus conquérante mais même simplement englobante, capable de susciter un sentiment d’appartenance chez les nouveaux venus, anciens colonisés, comme chez les français plus anciens, qu’est jetée l’opprobre. La Nation suscite la  méfiance, puisqu’on nous dit que c’est contre les nationalismes, fauteurs de guerre, que se construit aujourd’hui le seul cadre politique qui vaille pour notre avenir, l’horizon européen. Perte du sentiment d’appartenance nationale faisant écho à l’affaiblissement de la souveraineté nationale, nous ne serions plus qu’une collection d’individus, et les seuls collectifs qui persisteraient et se renforceraient, seraient les particularismes et les communautés, seuls à même de constituer une identité, souvent victimaire, en opposition avec un collectif général historico-national, qui n’est plus là que pour servir de repoussoir et d’objet d’identification négative. Certains érigent ce système en doctrine politique de la nouvelle nation (sans majuscule), définie par ses marges, ses minorités, sur le modèle TERRA NOVA. Le problème de cette belle vision, c’est que beaucoup de gens se trouvent dehors, alors qu’ils avaient l’impression d’être chez eux. Dans ce modèle, la culture ouvrière et populaire, autrefois au centre du jeu, et qui n’a plus de capacité intégratrice pour les nouveaux arrivants, dans le contexte de la déconfiture industrielle, n’a plus voix au chapitre.  Abandonnée par la gauche, la classe populaire, le collectif des petits employés, des enracinés anciens dans un terroir bouleversé aujourd’hui, des manants (de «manere», ceux qui restent, par opposition à ceux qui bougent, et qui arrivent), se sent victime d’une «insécurité culturelle », et se tourne vers le conservatisme et la réaction.
Abandonnée de toute la gauche ? pas vraiment si on en croit la polémique qui enfle à partir de quelques phrases de Michel ONFRAY, issu de la gauche radicale, dont le verbatim s’étale dans le Monde du 21 septembre : seule Marine «parle au peuple», «les élites libérales l’ayant abandonné au profit des marges», propos dont il précise la signification, en vue de la réunion de ses soutiens à la Mutualité : «Nous allons dire que nous ne sommes pas avec Marine Le Pen, et que nous existons à gauche, que nous ne sommes pas instrumentalisables. Nous sommes de gauche. Ceux qui nous traitent de fascistes ne veulent pas penser».
L’approbation par Michel ONFRAY de la proposition de Jacques SAPIR, une alliance des souverainistes de gauche et de la droite – même extrême – pour sortir de l’euro, ne vaut donc pas ralliement aux thèses du FN, mais serait le passage obligé pour faire masse et être entendu, une sorte d’alliance objective entre souverainistes de tous bords, dans un domaine précis et limité de la souveraineté nationale.
C’est l’occasion pour le journal Le Monde d’organiser dans la semaine qui suit, un concert d’éditoriaux quasi-délirants, avec, en arrière-fond, une proximité savamment agencée avec la mention d’un «appel du FN aux intellectuels de gauche», le récit d’un flirt à distance entre le diable et ces «anti-modernes», lesquels exercent une «hégémonie idéologique» sur la société française.
Pour nous persuader que le gauchisme culturel est toujours vivace, il faut lire en particulier l’éditorial du Monde, du 26 septembre, de Geoffroy de Lagasnerie et Edouard Louis, «Intellectuels de gauche, réengagez-vous !». Après une analyse apocalyptique de l’hégémonie de la «réaction», de «l’offensive pour imposer les pulsions les plus mauvaises dans l’espace public, populisme, islamophobie, misogynie, xénophobie, homophobie, antisémitisme et racisme». Les auteurs proposent « quelques principes », qu’il faut lire en se frottant les yeux, «refuser de constituer certains idéologues comme interlocuteurs certains thèmes comme discutables, certains problèmes comme pertinents». «Ces thèmes rendent la confrontation d’idées impossible, les évacuer est la condition du débat.» Au mythe de l’espace public comme lieu unifié de délibération, il faut opposer l’idée selon laquelle il y a «des problématiques incompatibles entre elles». «Ils ne parlent que de nation, de peuple, de souveraineté, ou d’identité nationale, ou d’identité nationale, de désagrégation. Nous voulons parler de classes, d’exploitation, de violence, de répression, de domination. Voila les deux scènes possibles et irréductibles l’une à l’autre» Il faut «se taire plutôt que d’être complice».
S’ajoute le «principe de nomination», «nommer les individus tels qu’ils sont», «ne pas accepter de présenter comme des opinions sujettes au débat ce que l’on sait, par la connaissance, être faux». Et encore «le principe de redistribution de la honte» «il y a des individus dont on préférerait qu’ils se taisent, non par la force, comme on ne manquera pas de nous en accuser, mais, au contraire, en leur faisant comprendre que leur discours ne méritent rien d’autre que le mépris».
Et pour finir, on cite «La civilisation des mœurs» de Norbert ELIAS, qui n’est pas la disparition des pensées les plus laides, c’est une société où «ceux qui voudraient les formuler soient amenés à contrôler leurs pulsions».
Enfin, ce n’est pas fini « le principe d’intervention », «le plus souvent possible, intervenir, occuper l’espace». Voila pour les principes de cette nouvelle guerre des mots.

Pendant que se rejouait la querelle des anciens et des modernes, quelque chose d’immense était en marche, une foule innombrable d’hommes, femmes et enfants en détresse, devenaient visibles pour nous, et poussaient l’outrecuidance jusqu’à marcher vers nous, en foules compactes, devenant soudain visibles, comme le petit Eylan, échoué sur le rivage.
Il faut penser le phénomène, de toute urgence. C’est ce à quoi on s’est employé sur France culture, une journée entière, le 25 septembre.
Il fallait d’abord entendre le Pr Etienne TASSIN, philosophe spécialiste du cosmopolitisme et commentateur de Hanna ARENDT, dans les nouveaux chemins de la connaissance du vendredi 25 septembre*, magnifique méditation sur la condition migrante. Nous comprenons que la migration est une ressource, une question constitutive de l’EUROPE et non pas une crise qu’il faut solutionner. Une chance et une solution pour notre pays. «Il faut changer les frontières européennes, si cela pose problème, et non pas changer le flux massif de migrants», «le problème est dans le statut des frontières et le fonctionnement de SCHENGEN, libre circulation des biens et services, difficultés pour faire circuler les personnes, sauf si elles ont la particularité d’être des ressortissants d’un des états de la communauté européenne, l’envers a donc été d’en bannir ceux qui étaient des extra-européens ». «On a reconduit les frontières aux limites de l’Europe, et ces frontières cessent d’être des frontières et deviennent des murs». «L’Europe vit dans une confusion entre la frontière et le mur». «Nous vivons dans le fantasme de la souveraineté, et cela pointe un truc qui est un fantasme absolu de la pensée politique aujourd’hui, qui est l’identité, quoi, qui est quand même le concept qui fait obstacle à toute compréhension des choses politiques». «L’identité française, c’est une abstraction, c’est une construction, et elle consiste à dire vous devez être un national, et c’est ce qui conditionne votre citoyenneté, comme si être citoyen requérait d’être d’une certaine nationalité», «fantasme de l’identité nationale, couplé avec un autre fantasme, celui de la souveraineté de l’état et de la souveraineté nationale, les deux fantasmes explicatifs des blocages dans lesquels nous sommes»
«Pour passer des frontières et ne pas être renvoyés dans une supposée communauté d’origine, alors ils se désidentifient (ils effacent leurs empreintes digitales de leurs doigts). «C’est un laboratoire d’une politique à venir, qui ne serait pas une politique identitaire. L’Europe a tenté de faire cela, transcender l’enfermement dans les frontières nationales».
Sur la différence entre exilé et migrant, « l’exilé est un exproprié de sa terre natale, alors que le migrant construit sa vie en ne l’ancrant pas exclusivement dans sa terre natale, et il est tout à fait légitime à exiger l’accueil » dans sa nouvelle terre, en Europe.
«Il faut repenser cette identité européenne, comme étant accessible, de droit, à des migrants, qui ont fait le choix de venir vivre en Europe. Leur décision d’aller vivre et travailler ailleurs, leur permet de s’octroyer la citoyenneté de plein droit»
La condition de migrant, n’est pas celle d’Ulysse, habité par son désir de revenir à Ithaque, souffrance d’avoir à quitter un lieu, et désir d’y retourner un jour. «C’est une représentation fausse, qui fait obstacle, à la compréhension de la condition migrante. Le migrant habite trois mondes, le monde d’où nous venons, monde perdu d’avant, qui n’existe plus, le monde nouveau, les lieux par lesquels ils doivent passer et qui ne vous accueillent pas, et le troisième, le monde désiré, qui donnerait asile et accueil, permettant de se remettre de la perte du monde originaire». Le migrant est dans la «condition d’avoir à vivre dans un mouvement permanent, position d’extériorité, jeté hors de moi, dans un monde qui me rejette aussi».
Le migrant nous renvoie à la réalité de notre existence, nous qui pensons être enracinés. Ex sistere (sortir de, et par extension, pour Etienne TASSIN, se mettre en chemin)
«Exister n’est pas seulement être dans l’enracinement, mais toute vie nous expose à autre chose et à ces formes de déracinement. Philosophie de l’ex sistere : mon existence me tient hors de moi. Se tenir en dehors de soi, en dehors de ce qu’a permis l’existence initiale».
Magnifique et très émouvant développement.
Néanmoins, à l’issue de cette «désidentification», effacement des empreintes digitales, et plus profondément, exposition au risque de perdre sa vie pour passer une frontière, pour franchir un mur, pour endosser une vie nouvelle, sur une terre nouvelle, pour se remettre de cette errance, et exister en tant qu’acteur de cette nouvelle société, en être reconnu citoyen, sans pour autant qu’il soit nécessaire de devenir un « national », qualité facultative et encombrante pour Emmanuel TASSIN. Pour l’exilé, donc, il est problématique de devenir citoyen d’une Europe utopique, dont notre professeur nous dit qu’elle ne tient pas ses promesses, et qu’elle ne peut être l’horizon de cette «réidentification». Que reste-t-il à l’exilé, sinon se fondre dans l’atomisation citoyenne, ce que nous nommons l’individualisme, et qui est en fait une position dans une matrice complexe, de liens sociaux «profanes», avec le travail, le réseau de relations, l’histoire personnelle, les appartenances et sensibilités, qui ne se laissent pas facilement qualifier, en dessous du radar des idéologies, mais qui nous font solidement appartenir (identité heureuse), comme le montre admirablement Eric MAURIN dans son récent opus **, tout comme notre professeur de philosophie Etienne TASSIN appartient à son université, à ses rêveries fleurant bon l’odeur des bibliothèques universitaires (et n’héberge pas un couple d’afghans dans sa chambre d’amis).
Cette revendication de plein droit,  des exilés posant leur sac chez nous et exigeant droit à la citoyenneté, ne peut pas revêtir la forme d’un contrat synallagmatique, où le nouvel arrivant serait le seul signataire. Il faut que nous (l’infâme collectif historique national), soyons signataires du contrat. Les nouveaux arrivants sont des entrepreneurs d’eux-mêmes, nous dit-on, leur courage parle pour eux. Mais s’il n’y a pas d’intégration, par le travail, s’il y a «encampement» et isolement des migrants dans des lieux de fortune, des isolats précaires, en tête-à-tête avec eux-mêmes, s’il n’y a pas l’interaction avec les citoyens, pour en acquérir les codes, pour en apprécier les formes de civilité et apprendre à se faire apprécier, vers quel collectif vont-ils se tourner ? Vont-ils échouer à accéder à toute possibilité d’intégration par le travail, ou par toute autre forme d’appartenance citoyenne, et se replier dans des collectifs de déception et revendication, bientôt d’opposition et de rejet du pays d’accueil ?
Ce n’est pas une crainte vaine, c’est l’étude du coup d’après, pour emprunter une métaphore au jeu d’échec, c’est même la prise en compte de l’ensemble du jeu, car le problème est manifestement d’une ampleur géopolitique inédite, appelant des décisions fortes des pays occidentaux, pour être à la hauteur de la gravité du drame des réfugiés, et ne pas passer à coté de l’histoire.
Ce que nous avons lu et entendu cette semaine, dans les grands médias de référence, témoignait de notre tradition intellectuelle à la française, telle que la voit Sudhir Hazareesingh, historien britannique, s’exprimant dans Le Monde du 27-28 septembre : “penchant pour le schématisme, l’abstraction et le refus des faits, le goût du paradoxe, le recours systématique à la diabolisation et aux arguments extrêmes, et une vison apocalyptique de l’avenir”.
Dans la même page du Monde, Nicolas TRUONG nous annonce que “A droite et à gauche, la bien-pensance n’est plus le discours dominant”. L’idéologie contemporaine est plutôt autoritaire que libertaire, conservatrice que progressiste”. “Gauche et Droite confondues, appellent à restaurer l’autorité”. Il énumère les vaches sacrées aujourd’hui vilipendées de toute part, le relativisme culturel et l’anti-humanisme post-68, la mauvaise conscience post-coloniale, et maintenant la théorie du genre, ou le transfrontiérisme (dont nous avons vu ci-dessus un bel exemple). Le rejet de ce qu’on a un peu vite dénommé ces “valeurs de gauche”, et qui ne sont en fait que celles du gauchisme culturel, transcende les frontières de la Droite et de la gauche institutionnelle, parlementaire et partisane, et gouvernementale, puisqu’il n’y a pas jusqu’à un ministre en vue qui affirmait “le libéralisme, c’est la gauche” (Emmanuel MACRON).
Nous assistons à une décomposition-recomposition des sensibilités politiques, une dérive des continents, des mentalités et perceptions, autrefois liées, se séparant sous nos yeux, non plus à l’échelle des temps géologiques, mais de jour en jour, et la crise des migrants donne à cette décomposition un relief et une acuité particuliers.
Les valeurs de droite ou réputées comme telles, celle de la souveraineté, des traditions à protéger, des valeurs à préserver, les frontières de la nation, qui sont aussi le périmètre de la solidarité nationale, inspirent des intellectuels de gauche, lesquels dénoncent en même temps l’asservissement des peuples au capitalisme mondialisé, marqueur, s’il fallait nous en convaincre – de leur appartenance à la gauche.
Je voudrais me joindre à ceux-là qui veulent faire de la Nation, la maison commune, de ceux qui sont Charlie et de ceux qui ne le sont pas, des partisans du mariage pour tous et de ceux qui voulaient voir associer un qualificatif à ce mariage particulier, pour se laisser le temps de traiter le problème de la filiation, de ceux qui pensent qu’il faut renoncer à construire un aéroport pour préserver une espèce de grenouille endémique à ce seul endroit marécageux, et de ceux qui mettent en premier le développement économique. Problème de société, problème éthique, économique, que tout problème soit notre problème collectif, que nous nous en emparions avec passion, chacun d’entre nous, et que cela soit signe de notre citoyenneté. Que le débat soit argumenté, factuel, et que nous acceptions la grande divergence de nos opinions, notre identité plurielle, recomposée, chatoyante variété de sensibilités, de positions, sans qu’il soit nécessaire de tout ranger à droite ou à gauche.
Enfin, que le journalisme soit maintenant, au-delà d’un journalisme des problèmes et des polémiques, un journalisme de solutions (écoutez l’émission « Le secret des sources », du samedi 26 septembre sur France Culture***).
C’est un grand vent de liberté qui pourrait souffler sur notre vieux pays. Nos yeux se décillent et nous voyons l’inutilité de ces querelles idéologiques abstraites, de ces concepts qui n’ont rien d’opératoire pour le présent, et qu’il faut ranger au magasin des accessoires pour enfin, penser très concrètement la situation présente, et peut-être, comme le propose un candidat de la droite et du centre, enfin, «Faire»****.

* http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-une-journee-sur-les-routes-de-l-exil-avec-etienne-t
** Eric Maurin « La fabrique du conformisme » Coédition Seuil-La république des idées
***http://www.franceculture.fr/emission-le-secret-des-sources-le-journalisme-doit-il-trouver-des-solutions-2015-09-26
****François Fillon «Faire » Albin Michel