Le champ de ruines de la droite et la fin du clivage gauche-droite

Une primaire prometteuse bâtie sur un vrai clivage avec d’un côté un conservatisme soft libéral, qui avait ma préférence, laïc-rassembleur de bon père de famille, (expression supprimée du vocabulaire juridique * et que j’emploie avec circonspection en matière politique, d’abord parce qu’il n’y a pas de femme en lice dans la dernière longueur de l’élection présidentielle, et parce que je ne trouve pas d’expression équivalente pour qualifier le respect des équilibres et le souci de mener le pays vers plus d’épanouissement (l’identité heureuse). Il y avait donc d’un coté le gentleman confucéen, Alain Juppé, épris d’harmonie et soucieux des arbitrages budgétaires (la goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase budgétaire), et de l’autre, le conservatisme dur et punitif, car nous avons dilapidé l’argent public, c’est notre très grande faute, mea maxima culpa, et il nous fallait un grand timonier, un homme non seulement intègre et courageux, mais aussi rebelle et opposé au système, tellement il allait jusqu’au bout du bout de ses propositions pour le redressement de la France. Il allait nous conduire sans faiblir et sans faillir sur les chemins escarpés du resserrement budgétaire (nous n’allions plus vivre au-dessus de nos moyens), faire se mouvoir la grande roue de la réforme qui ne manquerait pas d’écraser sur son passage quelques pauvres victimes, et on nous les désignait déjà. Nous n’allions plus prendre en charge les soins (AME) des personnes de chair et de sang, réduites à leur statut juridique de résidants sans droits sur le territoire national, pataugeant dans la boue et le froid à Calais et autres lieux, et qu’on laisserait donc bientôt mourir de la tuberculose contractée dans ces merveilleux endroits, qui font rêver les migrants (la théorie de l’appel d’air). Nous allions perdre notre âme pour quelques centaines de millions d’euros. Après la victoire de ce camp-là, nous voyions les choses se mettre en place, avec l’aide des ralliés de la Sarkozie, un fameux cancérologue de l’assistanat, qu’on reconnaîtra, zézayant à nouveau son ordonnance pour la France, et figurant à nouveau sur la photo, et d’autres, de ces merveilleuses personnalités qui donnaient à nouveau de la voix. L’un s’était couvert de gloire en boutant hors de la belle région niçoise les vilains d’extrême-droite, en servant aux électeurs une salade avec des ingrédients pas très différents de celle de ses adversaires, l’autre piaffait dans sa ville de Troyes, gardant pour de meilleurs jours son profil parfaitement lisse d’éternel jeune premier de la politique, tellement raisonnable et modéré dans ses propos, maitrisant tellement son expression, qu’on se dit qu’il ne lui manque plus que la pensée.
On accourait de partout, on allait à la soupe et on allait nous jouer cette fois la partition « on prend les mêmes et on change tout ».
Et patatras, faute de carre, comme on dit au ski. Certes, nous savions bien que dans ses fonctions de premier ministre, monsieur le candidat menait grand train, autrefois, déplaçant FALCON et équipage pour aller se ressourcer quelques jours dans ses terres sarthoises, ou encore pour se rendre à l’invitation de son ami Moubarak, dans un palais égyptien (alors que l’équipage dudit FALCON attendait, l’arme au pied, dans un hôtel largement étoilé). Cela faisait beaucoup d’argent pour le train de vie d’un simple collaborateur, mais nous avions eu le temps d’oublier ces facheux épisodes, remontant à un temps lointain, et de prêter l’oreille à de nouvelles histoires, avec le coiffeur de l’Elysée, le cireur de chaussures du conseiller, et bien d’autres signaux faibles, qui renforçaient notre désir de voir s’installer plus de frugalité au sommet de l’état (je n’ose pas dire plus d’intégrité). Nous attendions donc un homme providentiel, correspondant au casting des français, en contrepoint au laxisme sans contours de la Hollandie. Nous pensions l’avoir trouvé.
Et puis Pénélope vint, épouse constante et fidèle, belle et digne, comme l’épouse d’Ulysse, à qui Nauplios, pour venger la mort de son fils Palamède, tué par Ulysse, avait fait croire à la mort de son mari et qui, désespérée, se serait jetée à l’eau, sauvée par des canards. Nous sommes à front renversé, c’est un vilain petit canard qui porte le coup fatal, à une Penny (prénom symbolisant la force de caractère aux US), qu’il eût fallu mieux protéger en se rangeant sous les augures de ce beau prénom, porté par une belle personne, intelligente et diplômée (avocate) et ne pas lui faire endosser les turpitudes d’un emploi fictif d’assistante parlementaire, puis de lectrice tout aussi fictive. Toute mon amitié et mon respect pour Penny, laissons-là à l’amour de sa famille, et que les chiens passent leur chemin.
François Fillon n’est pas Ulysse, il n’a pas la grandeur qui sied à l’instant de la tragédie qui se déroule sous nos yeux, et qu’il était seul à pouvoir trancher.
C’était à lui de parcourir librement le chemin qui mène de l’Olympe à la roche tarpéienne.
Admettons qu’il ne puise pas ses références dans la mythologie grecque. Il pourrait entendre la phrase de LUC 1:52 «il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles», et déchiffrer les signes du temps qui vient pour lui. Dont acte. S’il était incapable de se retirer, c’était  alors à son camp de le démettre.
François Fillon peut-il encore se réclamer de l’onction de la primaire, si le vote a eu lieu dans la méconnaissance d’éléments déterminants sur la personnalité et les actes d’un candidat, sur une tromperie ? Le cadre juridique de la primaire n’avait-il pas prévu l’invalidation du vote, car il faut bien appeler les choses par leur nom ? Les partis politiques de la droite et du centre, les membres de leurs comités dirigeants ne pouvaient-ils prendre la mesure du péril ? Les personnalités politiques qu’ils ont envoyées à l’assemblée nationale ne pouvaient-ils se lever et prendre une initiative ?
Tout le monde s’est couché, tétanisé par la peur de perdre sa place, montrant bien ce qu’est cette formation politique, un agrégat d’opportunistes et d’assistés, glissant tous ensemble dans la bassesse et le calcul.
Et les électeurs de la primaire ?
C’est le chemin de la compromission morale qu’on leur demande d’emprunter, après avoir voté pour le héraut de l’intégrité et du courage.
Ont-ils envie de voir encore aux affaires ceux qui ont montré leur vrai visage ?
Avons-nous confiance dans leur capacité à mener le pays alors qu’ils ont été défaillants dans la simple désignation de leur candidat ?
Avons-nous confiance dans le programme de François Fillon, qu’il faudrait examiner à la loupe, pour y déceler encore les imprécisions, les erreurs grossières d’appréciation, sur la sécurité sociale, sur la réforme de la fonction publique, sur d’autres sujets bientôt ?
Une nouvelle ligne de clivage est maintenant tracée, suffisamment forte pour mener beaucoup (?) d’électeurs de sensibilité droitière à exercer leur droit de retrait.
Cela sera probablement suffisant pour faire perdre au candidat par défaut François Fillon les quelques points nécessaires à sa qualification au deuxième tour. Une élimination soft, “sur le poteau” (pas le poteau d’exécution), qui laisserait le vivier des opportunistes accrochés à leur mandat, se mobiliser pour une prise de pouvoir au parlement, chassant en meute, installant François Fillon comme premier ministre d’un gouvernement de cohabitation ?
Il faut donc que ceux-là même qui se situent sur l’autre rive du clivage puissent aller plus loin qu’un positionnement de retrait et d’abstention, passif, néfaste à leur pays, mais explorent activement d’autres options pour la France, faisant le constat de la fin du clivage droite-gauche, qui n’est plus opérant, et qu’il faut maintenant balayer, pour participer à une recomposition politique du pays autour d’autres axes, ce qui ne se fera pas sans la mobilisation des femmes et hommes de bonne volonté.
Quels sont ces choix qu’il faut regarder en face ?
Les choix économiques, tout d’abord. Il faut regarder comme un fait incontournable  le développement des échanges mondialisés, que nous devons transformer en oppportunité de stimuler notre économie et d’augmenter notre prospérité, en sachant répartir les fruits de la mondialisation entre les gagnants et les perdants. Il faut rejeter   le repli sur soi, protection en trompe-l’oeil de frontières restaurées pour les biens et les services aussi bien que pour les personnes, et d’une monnaie nationale, nous donnant l’illusion de la souveraineté, mouvement qui mettra notre économie par terre, fera exploser notre dette libellée en euros, et qui ne fera pas revenir les emplois.
Pas l’abandon aux forces du marché, mais des choix économiques volontaristes qui nous donneront les moyens de politiques sociétales qui font besoin.  C’est de notre prospérité économique et de la maîtrise des finances publiques que dépendra notre souveraineté et notre capacité à nous réformer.
Penser le rôle de l’état ensuite, et il faut refuser de se laisser enfermer dans l’alternative patriotes ou mondialistes décomplexés, qui n’est pas la véritable ligne de clivage, puisqu’il y a plus de proximité qu’on ne veut l’admettre entre les tenants de la préférence nationale et les sécessionnistes des quartiers, installés les uns et les autres dans le rapport de forces. Le choix se pose entre un état qui inclut et un autre qui exclut et organiserait  alors un développement séparé et in fine, une société multiculturelle et fracturée, à l’inverse des objectifs de nation unie que proclament les populistes.
Il est misérable de désigner comme boucs émissaires ceux que nous avons fait venir pour que la machine industrielle tourne à plein, il y a quelques décennies, ou même ceux qui sont venus plus récemment, et qui occupent maintenant les petits postes. Regardez autour de vous, celles qui se lèvent à quatre heures pour nettoyer les bureaux avant l’arrivée des employés, ceux qui ramassent les poubelles. Voyez leur courage et le désarroi de certains de leurs enfants, nos compatriotes, qui n’ont pas intériorisé la règle du jeu qui mène à l’intégration par le chemin de l’école.
l’état fort inclut dans le collectif national ceux qui sont tentés par le repli communautaire et impose ses valeurs, au premier rang desquelles la laÏcité, qui n’est pas seulement une liberté, mais une hiérarchie des règles, qui doit s’imposer sur tout le territoire national. L’état pédagogue doit s’imposer sans complexe, en organisant l’obligation d’intégration. Pour ce faire, il n’y a pas d’autre voie que de conditionner les revenus d’assistance et de solidarité à une contribution personnelle, qui crée un lien avec l’état, obligation de se former, toute sa vie durant, qu’on soit actif ou chômeur, pour rechercher les moyens de son autonomie. Obligation de consacrer du temps au service du collectif national, particulièrement là où cela fait besoin. Il faut en finir avec l’unilatéralité des politiques de la ville, et les cinquante milliards d’euros et plus, dépensés en vain au cours des trente dernières décennies, sans que cet effort considérable soit perçu par ses destinataires comme autre chose qu’un dû, et à ce titre, jamais suffisant.
L’état fort, démocratique et décomplexé, doit savoir s’aider de  la transition numérique pour organiser  l’obligation citoyenne, qui n’est ni de droite, ni de gauche, et encore moins d’extrême-droite, en tranchant avec netteté avec les pratiques laxistes actuelles, non pas pour exclure, mais pour inclure. Les solutions ne sont pas toutes prêtes à l’emploi, mais il faut en faire un sujet central pour le quinquennat à venir. Nous voyons bien le consensus se dessiner sur l’importance de l’école, de la formation, surtout pour les laissés pour compte de la vie économique. Assistance contre contribution sous forme de la formation dans laquelle on s’engage résolument, et pas pour faire semblant, effort tracé dans un carnet numérique de compétences, sur le modèle du carnet de santé, qui nous suivrait notre vie durant. Tout le monde doit se préparer à la société du savoir.
Tout cela n’est pas incompatible avec la limitation de l’immigration, bien au contraire, qu’un état fort doit maîtriser.
Foi en l’Europe ensuite, qu’il faut changer de l’intérieur, et dont le contre-modèle est un certain parti populiste, récoltant les fonds européens, pour les utiliser au financement d’un parti tourné vers des enjeux nationaux, qui ne travaille pas sur les sujets européens, puisqu’on est «dans l’opposition» à l’existence même de cette instance européenne, dont on accepte pourtant les prébendes, comme un parasite.
N’exonérons pas pour autant de toute critique les partis de gouvernement qui envoient au parlement européen leurs “seconds couteaux”, et les médias, qui ne relaient pas assez les sujets européens,  et font perdre de l’influence à la France en Europe. Investissons massivement dans les instances européennes pour les transformer.

Ceci étant posé, j’ai décidé de ne plus rester sur ma chaise, à observer, mais de me mettre « en Marche » et d’aller voir si je retrouverais ces points clefs dans la proposition d’Emmanuel MACRON dont nous attendons qu’elle se précise.
Un simple cadre définissant ces quelques priorités lisibles pour les français. Point n’est besoin de propositions nouvelles ou de gadgets sur lesquels vont s’accrocher la meute des chacals de la politique.

*L’expression « en bon père de famille », directement issue de la locution latine bonus pater familias, a été consacrée par le Code civil de 1804 et attribue à l’homme, père de famille, la qualité d’être bon gestionnaire. Elle est supprimée du vocabulaire juridique par la loi n° 2014-873 du 4 août 2014, qui entend consacrer «l’égalité réelle entre les femmes et les hommes».

Les fausses notes du candidat François Fillon

Comment qualifier ce que je ressens en observant l’offre politique telle qu’elle est en train de se composer sous nos yeux au sein de la droite et du centre ? Je me sens fracturé, au sens d’une ligne qui passerait en dehors de moi et m’assignerait à une rive, et alors je verrais mes concitoyens de la droite sur l’autre rive, séparés que nous serions par un gouffre. Les débats de la primaire à peine clos, on voit se recomposer les alliances et les mêmes qui s’étaient rangés derrière des bannières maintenant périmées, accourir pour voler au secours de la victoire. Eric Woerth monte vaillamment au front pour défendre des propositions sur l’assurance-maladie, qu’il combattait il y a peu. Les sarkozystes et juppéistes les plus agiles se sont faufilés pour occuper une nouvelle place et s’accrochent à leur strapontin. Le centre-croupion se parcellise en concours d’ambitieux, le plus spectaculaire étant Hervé MORIN, président de région, porteur d’une candidature avortée à la présidentielle, et qui se positionne encore pour recevoir les faveurs de la majorité qui se dessine, donnant le spectacle d’une cupidité politique impudique. Recyclage et interchangeabilité. Nous assistons à la recomposition et à l’attribution des places, alors qu’on ne sait pas comment on va conduire le pays. Ce n’est pas leur sujet.
Je ne me sens pas la moindre humeur militante. Je ne suis pas d’humeur massacrante, non plus, mais plutôt en train de passer du soutien au soutien critique, et bientôt, à la critique tout court.
Peut-être, y-a-t-il trop de fausses notes dans la petite chanson du candidat restant dans le camp auquel je croyais appartenir. Peut-être suis-je maintenant sur l’autre rive.
C’est bien de penser que la loi TAUBIRA nous a été extorquée de mauvaise façon, liant d’une part le désir de légitimer devant la société le mariage homosexuel, qui était accepté par tout le monde, et d’autre part, la filiation dans les couples homosexuels, placée dans le même paquet, point sur lequel la société était divisée.
C’est simplement sur le fait que le consensus n’est pas là, que tout le monde n’est pas d’accord, qu’il faut appuyer la proposition de revenir sur le droit de la filiation, et pas sur l’appartenance d’arrière-plan du candidat de tous les français à une sensibilité catholique. Un candidat qui désapprouverait en son âme et conscience l’avortement, mais qui aurait, comme il le dit, constamment voté les lois légalisant celui-ci, et n’aurait aucune volonté de remettre en cause ce qui est maintenant un droit acquis,  c’est un candidat républicain-laïc, qui pourrait garder en tête la phrase de Saint Paul “tout est permis, mais tout n’est pas profitable”, et garder également en lui le souci intime de prévenir l’expérience négative de l’interruption volontaire de grossesse. Il pourrait considérer le taux de grossesses chez les adolescentes comme un indicateur de souffrance sociale, et porter ce fait de société comme une souffrance personnelle, suivre de près cet indicateur, porter cette vigilance, et alors il faut éduquer, prévenir, mettre en place un dispositif, quand on est aux affaires. Nous n’en avons pas vu les signes. Cela pour l’avortement.
Et le même candidat, en revanche, reviendrait sur le droit de la filiation entre le parent A et le parent B, qui feraient fabriquer leur bébé par un utérus-tiers, (la nouvelle doxa), en s’appuyant explicitement sur cette même sensibilité catholique d’arrière-plan, et non pas sur le sentiment, partagé par beaucoup de français, qu’on a cédé trop facilement au camp des sectaires et des idéologues inspirateurs du paquet TAUBIRA. C’est ainsi s’exposer à proposer aux français que la révision de la loi TAUBIRA soit la victoire du camp des bigots sur celui des sectaires de l’autre camp. C’est une faute d’avoir perdu le point de vue surplombant d’un président prudent, refusant qu’on impose à tous, un changement dans les mœurs, disons-cela comme ça, alors que tout le monde n’y est pas prêt, et alors, mieux vaut conserver le statu quo. C’est cela, un conservatisme acceptable par toutes les parties. Il faut le construire, l’expliciter, recueillir l’adhésion des français à son sujet.
Conserver le statu quo, ce n’est pas la même chose que revenir sur des dispositions qui ont ouvert un droit à un groupe de personnes, certes très restreint, dont il faut plutôt faire en sorte qu’il le reste – restreint – il faut alors organiser cette restriction de l’accès à ce droit, par toutes sortes de conditions drastiques. Le point-clef, compris par tous, c’est le bonheur et l’équilibre des enfants qui naîtraient dans de telles conditions (GPA). Pour l’instant, François Fillon nous a donné l’impression d’une grande impréparation sur ce sujet. Il ne semble pas en mesure de remettre en cause les dispositions sur la filiation sans déclencher une guerre de tranchées.
Il y aura d’ailleurs assez à pourfendre pour le grand œuvre de la réforme des finances publiques. Et là, nous pensions que c’était du solide, le programme concocté depuis des années par 400 experts, mazette, pour restaurer les grands équilibres.
Et patatras, on nous dit qu’il sera tout simplement impossible de supprimer 500 000 postes de fonctionnaires sur un quinquennat, ou même sur deux. On voit bien la règle de trois : soit une augmentation du temps de travail des fonctionnaires à 39 heures, vous totalisez les heures gagnées par rapport à la situation actuelle, vous divisez par un temps de travail moyen par poste, et vous obtenez 500 000 postes, que vous pouvez supprimer. CQFD. C’est tellement brillant que cela se passe de commentaires.
Et puis repatatras, pour la sécu, et cette sinistre histoire de panier de soins, qu’on voudrait alléger de la bobologie, mais aussi des lunettes et des soins dentaires et qui se transformerait en panier percé. Continuité entre le président qui moque les sans-dents et son successeur qui voudrait leur faire payer une prime d’assurances pour avoir le droit d’aller chez le dentiste.
François Fillon est-il devenu un adepte de la « post-truth », la post-vérité, qui consiste à surévaluer grossièrement et sciemment les objectifs qu’on se fixe et qu’on sait qu’on n’atteindra pas, pour mettre en scène la farouche détermination, la volonté sans faille d’un homme de convictions (« n’a de convictions que celui qui n’a rien approfondi » dit Emil Cioran). Une posture en somme, qui pourrait bien se transformer en imposture. S’agit-il de vendre aux électeurs ce mouvement de la volonté, ce geste, qu’importe s’il est imprécis pourvu qu’il soit bien visible, comme un chasseur qui tirerait « au jugé », espérant que les électeurs votent de même ?
Il faut craindre que nous n’ayons pas affaire à une telle habileté, mais que notre candidat ne soit en train de se tromper de convictions, tout simplement. « Les convictions sont des prisons », écrivait NIETZCHE, et il s’est laissé enfermer dans ce récit du programme solide, préparé de longue date, sur lequel il était légitime de prétendre dire la vérité aux français, seul contre tous, et qui pouvait lui permettre de hausser le ton et couvrir la voix de ses concurrents.
Lancinante question qui se trouve posée en effet, avec plus d’acuité encore dans cette campagne : comment se prépare-t-on à gouverner ? Peut-on compter sur quelques conseillers aux têtes bien faites, qui viennent vous vendre leurs assertions et leurs certitudes, mais jamais leurs doutes, puisque c’est ce qu’on leur demande. Ce sont ces quatre-cent experts, dans l’esprit du candidat, qui représentent la caution ultime de ce programme, lequel mérite d’être publié sur du papier glacé, puisque ce sont des « vérités », qu’il faut dire aux français.
Le cauchemar de la démocratie, c’est de voir et d’entendre un président de la république, comme nous l’avons entendu, en 2008, s’adresser à Jacques ATTALI, président de la commission pour la libération de la croissance française, et déclarer : « ce que vous direz, nous le ferons ». Ce sont ses propres termes. Sur ces 316 propositions, organisées autour de huit grandes ambitions, une seule avait commencé à voir un début d’application, « supprimer les rentes, réduire les privilèges, favoriser les mobilités ». Il s’agissait de permettre à de nouveaux chauffeurs de taxi de s’installer sans payer de licence ! Cela nous avait valu de beaux embouteillages. Il faudra attendre UBER pour voir la fin des rentes pour les chauffeurs de taxi, qui sont maintenant les seuls à payer des cotisations sociales et rembourser l’achat de leur licence. Quant à la suppression des départements, à la réduction du nombre de communes, à la baisse des cotisations sociales, et au transfert sur la CSG et sur la TVA (la TVA sociale), toutes propositions de la commission, on en a parlé, mais tout cela s’est fracassé sur le mur de la réalité. Cela n’a pas empêché la même commission, d’estimer deux ans plus tard que 60 % des mesures préconisées dans son rapport avaient été « plus ou moins mises en œuvre », puis enfin, préciser en octobre de la même année, que l’urgence restait entière quant à la maîtrise des dépenses publiques, la réforme de l’état, de l’éducation, et beaucoup d’autres sujets, prononçant l’avis de décès de la commission, qui comptait dans ses rangs un jeune banquier plein d’avenir, Emmanuel Macron.
Rêvons un peu, et imaginons que la commission ait été instituée dans la durée, avec des rendez-vous réguliers de ce club de réformateurs, travaillant bénévolement pour leur pays. La commission aurait pu évoluer sur des positions initiales peut-être excessives ou datées, par exemple, être amenée à craindre les effets récessifs d’une politique trop rigoureuse de maîtrise budgétaire, puisque ces interrogations se font jour à ce sujet, même au sein du FMI, trouver le bon curseur, éviter la course à l’échalote, 75, 100 milliards d’économies, qui dit mieux ? Comment ? Pourquoi ? Quels effets prévisibles ?
Imaginons surtout qu’on ait pu, comme dans d’autres pays européens, organiser le débat public autour de ces options, par exemple en favorisant la diffusion de blogs, la création de forums non formatés, non « modérés », où de simples citoyens essaieraient de réfléchir sur la chose publique. Des membres de la société civile, selon la formule consacrée, (y compris des chauffeurs de taxi), qui pourraient donner un avis pertinent sur la chasse aux rentes et sur beaucoup d’autres sujets, puisque ce sont eux, les véritables experts de leur « poste de vie ». Je me suis fait l’écho dans ce blog, ces dernières années, de cette proposition de diffuser auprès des sympathisants de la droite et du centre, l’adresse des blogs citoyens, ce qui aurait l’avantage, peut-être, d’inciter beaucoup d’autres citoyens à s’exprimer, réfléchir, penser par eux-mêmes, s’informer pour échanger, créer leur propre blog ou espace d’expression. In desertum clamavi. Mépris et silence à tous les étages, de la section locale de la défunte UMP, puis de LR, puis aux tentatives de dialogue avec l’entourage des candidats. Ce cercle vertueux, d’avoir de meilleurs militants, de meilleurs citoyens, car plus informés, plus lucides, est-il désiré par nos hommes politiques ?
Quant aux experts du premier cercle, par exemple, monsieur de CASTRIES, a-t-il un blog, est-il prêt à descendre dans l’arène citoyenne pour défendre ses points de vue, d’homme à homme, de citoyen à citoyen, ou bien n’aurons-nous pour seule information, qu’il est catholique pratiquant, qu’il se tient prêt et qu’il est possiblement notre futur premier ministre. Pour autant, il a laissé son candidat faire piteusement marche arrière sur le panier de soins, après avoir inspiré, dit-on, la proposition de réforme du risque maladie.
Les experts sont-ils capables d’humilité, de montrer une opinion en train de se former, la leur, appuyée sur leurs informations, susceptible d’évoluer, sollicitant la réponse des citoyens, ceux-là qui pourraient être affectés par leurs propositions, et qui ont l’expertise du terrain social, puisqu’ils y vivent.
Dans cette configuration, les programmes politiques ne seraient jamais terminés, arrêtés, mais toujours remis sur l’ouvrage, actualisés, critiqués, jusqu’à faire consensus, ce qui permet une mise en œuvre déterminée et sécurisée, car le terrain serait préparé. Une sorte de progrès  continu.
Elargir le débat à tous les citoyens, et non plus seulement à la représentation nationale, ou aux seuls médias, dont nous ne connaissons que trop les biais cognitifs et moraux, dictature de l’actualité, points de vue idéologiques, connivence, goût irrépressible du discours d’assertion et de conviction, des leçons assénées aux citoyens, absence de continuité de la réflexion sur les sujets de fond, une fois qu’ils échappent au projecteur de l’actualité, absence de questionnement sur le bien-fondé de leurs positions passées, et sur leur fonctionnement.
Trouver la bonne articulation entre ces trois ordres, la représentation nationale, les médias, les citoyens, c’est la démocratie délibérative, qui n’est pas la démocratie participative, laquelle est une utopie – un pouvoir qui serait exercé directement par les citoyens – Il s’agit plus sagement de faire en sorte que toute décision soit longuement soumise au débat citoyen, avec les espaces et les canaux nécessaires à ce débat public, et que le gouvernement et les membres de la représentation nationale décident, en toute connaissance de l’état de l’opinion.

Oui, je suis sur l’autre rive.

Joyeux Noël !

Une carte postale du 21 avril 2016

« La grande image n’a pas de forme ». Je pensais au titre de l’ouvrage du philosophe-sinologue François JULLIEN, dissertant sur l’art de peindre dans la chine ancienne, et sur LAO TZI « Le grand carré n’a pas d’angle, la grande image n’a pas de forme ».
Nous voyons apparaître, par bribes, les morceaux de programme des candidats de la primaire. Nous sommes dans un paysage nuageux, dont émergent le sommet de collines, où l’on aperçoit la silhouette de pèlerins sur des chemins tortueux, procédant avec lenteur et hésitation.
Nous attendons l’image complète, ce que d’aucuns appellent la  «vision» d’un candidat-prophète, terme nostalgique s’il en fût, ombre portée d’un certain Général, et d’un temps où les options étaient tranchées, et le courage politique plus partagé. Personne n’est content. Les journalistes appellent de leurs vœux un «récit», dont ils puissent se repaître, mais n’auraient de cesse d’en explorer tous les soubassements de calcul politique et tous les non-dits, et démonter toutes les ficelles du «story-telling». C’est leur seule grille d’analyse. Les citoyens désespèrent de leurs hommes politiques, qui ne semblent pas mieux comprendre l’époque qu’ils ne la comprennent eux-mêmes.
En ces temps de disette et en même temps de surabondance programmatique, nous sommes effarés de ne pas repérer de cohérence interne dans les propos, qui ne sont pas encore des propositions définitives, des candidats, même s’ils sont assenés avec le ton de la conviction la plus affirmée. Mieux vaut ne pas suivre au fil des semaines les déclarations d’un candidat qui a pourtant occupé la fonction, a fait le job cinq années durant, vaille que vaille, pendant l’avant-dernier quinquennat, qui maintenant fluctue comme un frêle esquif, entraîné par de mauvais courants, et qui pourrait bien sombrer (et mergitur).
De ce fait, la place est libre, et cette foire d’empoigne qui s’ébauche apparaît bien comme une lutte pour les places (pour la place, certes, mais aussi pour les lots de consolation, qu’on a su trouver dans les suites de la primaire de gauche pour Arnaud Montebourg, dans son costume de redressement productif, et pour Manuel, l’homme des coups de menton et du verbe haut – il en fallait bien un – opportunément ringardisé aujourd’hui par le jeune et brillant ministre des finances, qu’on a lui-même privé de sa grande loi « MACRON 2 », pour lui donner le patronyme « EL KHOMRI », sans prévoir le fiasco que deviendrait cet imbroglio à la sauce hollandaise, lui épargnant de fait les coups, et lui laissant du temps libre pour se mettre « en marche ».
A droite, dans le vide laissé par le naufrage en cours du candidat naturel, s’engouffrent tous les ambitieux, donnant de la compétition elle-même une image amoindrie, et tirant vers le bas la primaire elle-même. Les représentants de petites coteries, ou représentants d’eux-mêmes, une fois encensés par les médias, qui leur ont ouvert leurs micros des heures durant, quand ils étaient sous les feux de l’actualité, et qui n’étaient rien sans l’onction de l’ancien président, veulent maintenant leur tête-à-tête avec la Nation. Seuls les députés pourront recadrer ces impétueux, et leur rappeler qu’ils n’ont pas la « centralité institutionnelle » qu’ils croyaient avoir dans leurs rêves les plus fous.
Il faudrait certainement beaucoup de force à un candidat, pour convaincre sur une grande vision (“big picture”), et sortir par le haut de ce rendez-vous avec l’histoire qui s’annonce sous des auspices peu favorables.
Nous voyons bien chez notre candidat en tête des sondages, que rien ne l’incite à la posture du stratège pour la Nation, qui tracerait devant elle les chemins de son avenir en toute clarté. Il pourrait avoir la tentation d’une stratégie de nomination par défaut, sur le modèle de celle de son mentor Jacques CHIRAC en 2002. Dans cette configuration, il faut simplement éviter les faux-pas, ceux qui ont conduit François FILLON là où il est, après sa lutte fratricide avec Jean-François COPPE, puis sa critique acerbe du quinquennat précédent, dont il aurait été, pendant cinq ans, un chef de gouvernement qui aurait choisi de « fermer sa gueule » et de rester. Ce désir de rester en place avant toute autre considération constitue un positionnement irrémédiablement faible pour sa candidature actuelle, sans compter les fausses notes plus récentes, par exemple, ses analyses sur la situation syrienne, imprégnées d’un poutinisme sans nuance, qu’il semble partager avec l’extrême-droite.
Alain JUPPE devrait donc se faire violence pour manifester de l’audace, car à la fois, il pourrait bien être échaudé par sa cuisante expérience de grande vision réformatrice, qui a tourné comme l’on sait, dans les années 1995. Et à la fois aussi, une trop grande clarification n’est pas son intérêt à ce jour. Il pourrait bien trouver son inspiration dans un autre concept de la chine ancienne, décrit par LAO TZI, « Wei-Wu-Wei », se laisser porter par une configuration favorable, et « agir sans agir ». A ce titre, son programme, que nous voyons se construire, au fil des publications thématiques, et qu’il qualifie opportunément d’ébauche, ne pourrait être rangé dans la rubrique “réformes structurelles”, mais plutôt, pour l’instant, dans la rubrique aimable du jardinage “taille douce” de notre beau jardin à la française, qui s’apparente de plus en plus à un labyrinthe.
Pour tous les candidats de la primaire, et pour Alain JUPPE, il y a d’abord  l’horizon des grands équilibres budgétaires, du déficit et de la dette, et les grands coups de rabot de cinquante, cent, cent-cinquante milliards d’économie, qui sur un quinquennat ou deux, pour certains candidats, qui avant une date butoir, pour d’autres, devront être passés sur notre beau modèle social.
Le problème, c’est qu’on a du mal à faire le lien entre cet horizon budgétaire, qui projette son ombre sur le pays, comme une guillotine, et les petits récits localisés et protecteurs, sur l’école de la république, sur l’état régalien, sur l’économie, bientôt sur la santé, dont aucun n’a la force d’aller au cœur de la structure, pour donner l’impulsion décisive, voire proposer les arbitrages douloureux qui semblent s’imposer.
Ce que le citoyen peine à percevoir, en effet, c’est la méthode employée par les candidats, dont nous ne voyons que le produit final, les “mesures”, qui se déplacent en train, voire en convoi, mais dont nous ne voyons pas la locomotive.
Il faudrait faire des « réformes structurelles » pour sortir du marasme, entendez par là qu’ on attend d’elles qu’elles corrigent presque magiquement nos déficits. Le but ultime de ces réformes, serait de facto, de corriger le désordre de nos finances publiques. C’est donc à l’aune de leur capacité à atteindre ce résultat qu’il faut les juger, c’est elles qu’on accroche à la locomotive de l’équilibre budgétaire. Sinon, pourquoi bouger les choses ?
L’actualité nous fournit l’occasion d’explorer le dispositif de nos aides sociales. Le député Christophe SIRUGUE a remis au premier ministre son rapport sur la simplification des aides sociales dans la matinée et illico presto, nous attendons des annonces vigoureuses de Manuel VALLS, à midi tapantes, nous dit-on dans les médias.
Le sujet, c’est la “simplification” d’un dispositif d’aides sociales, qui comporte neuf prestations différentes, et qui est considéré comme “coûteux et inefficace”. «Les minimas sociaux sont nés au fil du temps depuis l’après-guerre, et se sont juxtaposés sans que jamais on cherche à les harmoniser» expliquait le parlementaire.
Parmi “trois scénarios possibles”, le rapporteur privilégie celui d’ “une refonte en profondeur de l’architecture globale du système des minima sociaux, avec la création d’une «couverture socle commune», qui permettrait de traiter tout usager selon les mêmes règles quand ses ressources viennent à manquer, tout en bénéficiant d’un dispositif complémentaire qui corresponde aussi à ses propres spécificités”. Comprenne qui pourra. Nous avons un dispositif complexe, mais à qui on pourrait reconnaître qu’il permet une personnalisation des aides pour des publics et des besoins spécifiques. On le remplace par un dispositif socle unique, mais on prévoit néanmoins pour chacun un “dispositif complémentaire qui corresponde à (ses) propres spécificités”. Ne sommes-nous pas en plein syndrome de la reine rouge ? (Alice au pays des merveilles, demande à la reine rouge, “mais pourquoi courons-nous ? mais pour rester sur place, mon enfant).
La Cour des comptes indique que les minimas sociaux “ne permettent pas aux allocataires de sortir de la situation de pauvreté”. La pauvreté “monétaire”, après prise en compte des revenus de transfert, touche 8,5 millions de personnes en France, soit près de 14% de la population.
Le dispositif ne favorise pas non plus le retour à l’activité. Le taux d’emploi des bénéficiaires des minimas sociaux est très faible, de l’ordre de 14% à 17% selon les dispositifs, à peine 2 à 4% des allocataires sortent des dispositifs au profit d’une insertion durable sur le marché du travail.
Pour autant, les coûts du dispositif s’accroissent vertigineusement. De 2008 à 2014, le coût des minimas sociaux est passé de 17,3 milliards à 24,8 milliards d’euros (+30% en euros constants), hors coûts de gestion et dépenses d’accompagnement. Le nombre d’allocataires croît chaque année, du fait de la crise économique, mais aussi parce que les gouvernements, de droite puis de gauche, ont revalorisé les minimas sociaux (AAH et ASPA en 2008, puis RSA en 2013).
Enfin, il y a un problème de lisibilité, voire de justice, du fait des multiples niveaux d’intervention d’organismes différents, et du cumul des aides, provenant du département ou de la sécurité sociale, amenant des personnes au profil semblable à ne pas percevoir la même somme globale.
La proposition de la Cour des comptes est de ne conserver que trois allocations, RSA, AAH (allocation adulte handicapé) et ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées), et de faire reposer sur les caisses (CNAF-CAF) la gestion exclusive de l’attribution de ces allocations. Fermez le ban, pourrait-on dire.
Dispositif simple, accessible à un vote du parlement pour un encadrement de la progression des dépenses, de type ONDAM (l’équilibre budgétaire), duquel on n’attendrait pas qu’il favorise le retour à l’emploi, et qui, à ce titre, serait complété par une politique de l’emploi, dont on espérerait qu’elle évite de voir refluer dans le dispositif de plus en plus de chômeurs en fin de droit. Il faudrait aussi prévoir de compenser une possible déstabilisation du système en cas de progression forte du nombre des allocataires, qui se traduirait par une baisse des aides unitaires dans un budget globalement contraint. Pas simple.

Nous trouvons dans LE SCAN ECO du FIGARO le recensement de ces différentes aides, et leur ventilation, auprès de publics qui ne se recoupent pas ou peu, finalement.
Le RSA pour les personnes de plus de 25 ans, ou pour les moins de 25 ans ayant un enfant à charge, ou ayant travaillé deux ans au cours des trois dernières années. Il démarre à 524,66 euros pour une personne seule, à 1101,83 euros pour un couple avec deux enfants, et représente au total 9.8 milliards d’euros par an, pour 2 millions et 530 000 allocataires à fin décembre 2015
L’allocation adulte handicapé, créée en 1975, versée par la CAF aux handicapés, dont le taux de handicap est supérieur à 80 %, versement de un à cinq ans, étendue à un taux de handicap entre 50 et 79 % s’il y a restriction d’accès à l’emploi, jusqu’à l’âge du départ en retraite, 808,46 euros mensuels, un peu plus de un million de personnes en décembre 2015, 8.7 milliards d’euros par an.
L’allocation solidarité personnes âgées, a remplacé en 2006 le minimum vieillesse. Il faut avoir 65 ans, des revenus inférieurs à 9609,6 euros par an pour une personne seule, et 14918,90 euros pour un couple, le montant est de 801 euros pour une personne seule, et 1243 euros pour un couple, 496200 personnes bénéficiaires fin 2014, coût 3.1 milliards d’euros.
L’allocation de solidarité spécifique, pour les chômeurs en fin de droit, qui ont travaillé au moins cinq ans dans les dix dernières années, et n’ont pas atteint l’âge de la retraite, pour une durée de six mois, renouvelable, 487,50 euros par mois, plafond de ressources de 1137,50 euros mensuels, 1785 ,50 euros pour un couple, 435 000 personnes bénéficiaires en 2014, coût 2 milliards d’euros,
L’allocation supplémentaire d’invalidité, versée par la caisse primaire d’assurance-maladie en cas d’ invalidité réduisant la capacité de travail ou de gain des deux tiers, 404 euros mensuels pour les personnes aux ressources inférieures à 3582.45 euros par an, 78 000 bénéficiaires fin 2014.
L’allocation temporaire d’asile, versée aux demandeurs d’asile, plafond de ressources fixé au RSA socle, 524,16 euros, montant de 524, 16 euros pour personne seule, et 1467.65 euros pour un couple avec quatre enfants , 51000 personnes bénéficiaires fin 2014.
L’allocation veuvage, conjoint décédé, moins de 55 ans, ressources faibles, plafond de ressources trimestrielles de 2260.27 euros, ne pas s’être remis en couple pour en bénéficier. 602,27 euros par mois, 7200 personnes fin 2014.
Le revenu de solidarité outre-mer
Résidents outre-mer, revenus mensuels ne doivent pas dépasser 911.12 euros par mois pour une personne seule, et 1431.76 euros pour un couple le montant ne dépasse pas 512,76 euros. 9210 allocataires fin décembre 2015
L’allocation transitoire de solidarité,
Pour les gens ayant cotisé suffisamment, mais n’ayant pas encore atteint l’âge de la retraite, demandeurs d’emploi en fin de droits, 300 euros par mois, 11000 personnes bénéficiaires fin 2014.
Tout cela représente un total de 25 milliards d’euros bien sonnés, pour les personnes les plus précaires, et ce n’est pas le cancer qui rongerait nos finances publiques.
Le dispositif actuel est plutôt bien ciblé, et souffre peut-être d’abord de la multiplicité des échelons intervenant pour l’éligibilité à ces aides et pour leur distribution. Le regroupement dans un seul organisme, la CNAV-CAF, comme proposé par la cour des comptes, faciliterait la gestion, diminuerait les coûts de celle-ci, globalement. Les barèmes actuels permettant l’allocation des ressources, prennent en compte l’ensemble des ressources et déterminent des allocation “sur-mesure”, au plus près des besoins, c’est du moins leur objectif. Certains publics sont en dessous d’une allocation-socle, telle que proposée, mais ils bénéficient d’autres ressources, qui sont prises en compte dans les calculs.
Remplacer tout cela par une allocation-socle, ferait perdre en pertinence le calcul de l’allocation, au profit de la simplicité de gestion. Elle ne résoudrait pas l’inégalité alléguée devant les allocations, liée à la complexité du système actuel, au contraire. Elle ne ferait pas disparaitre la pauvreté, sauf à voir augmenter le montant global de l’enveloppe, accélérant peut-être encore le rythme de progression que nous avons connu dans les huit dernières années.Elle n’inciterait pas plus à la reprise de l’activité, et cela d’autant plus qu’il est question de la généraliser aux 18-25 ans.
Un mouvement en cache un autre, une “simplification”, sous forme d’un socle, et une généralisation de l’attribution de ce socle à la  tranche d’âge des 18-25 ans, telle est la proposition de Christophe SIRUGUE, pour des jeunes qui  ont certainement plus besoin d’aides concrètes à la formation, au logement, que d’une rente qui ne les inciterait  pas forcément à préparer leur avenir, sachant que le relais après 25 ans serait pris par une poursuite des mêmes aides, leur aménageant un long parcours d’assistés, accréditant dans leur esprit l’idée d’un droit à une sorte de revenu universel, un mol oreiller assurant un revenu de subsistance, quoiqu’on fasse. En somme, faut-il assigner toute une génération de jeunes décrocheurs à un statut d’assistanat et de relégation, et prononcer aussi tôt dans leur vie l’échec de leur recherche naturelle d’autonomie ?
Le rapport SIRUQUE prend en compte le fait que “tout va mieux” et prépare en fait la redistribution des bénéfices durement acquis du fait des efforts du début de quinquennat, dont nous savons à quel point ils ont payé en termes de croissance et d’emploi. Marqueur de gauche, pour un public oublié au cours du quinquennat, la généralisation du RSA aux moins de 25 ans coûtera 4 à 6 milliards de plus. On nous assure qu’on trouvera les économies budgétaires pour financer cette mesure électorale. Déliquescence, alors que nous voyons maintenant la loi EL KHOMRY vidée de toutes les mesures utiles pour faciliter l’embauche, et même aggravée par la surtaxation des CDD, lesquels constituent aujourd’hui la grande majorité des contrats de travail. On alourdit donc le coût du travail, on plombe la compétitivité des entreprises. Une sorte d’enfer pavé de bonnes (?) intentions. Intentions sans persévérance, si ce n’est celle, désespérée, de redresser la barre, en vue de l’iceberg électoral vers lequel se dirige le Titanic socialiste, et le pays avec lui.

Entrons maintenant dans le dur des transferts sociaux. les dépenses de protection sociale, qui représentent 31,7% du PIB, soit 672 milliards d’euros, principal poste de dépenses publiques en France. Depuis les années soixante, leur progression n’a pas cessé, à un rythme élevé dans les années 1960-1970, 14,3% du PIB en 1959 à 24,5% en 1981, puis 29,6% en 2006 et plus de 30% depuis 2010.
De plus, l’évolution des dépenses de protection sociale n’est pas identique selon les postes de dépenses.
Deux postes sont en forte progression :
Le poste vieillesse-survie, qui comprend principalement le versement des pensions de retraite (de base et complémentaires), passé de 5,1% du PIB en 1959 à 14,4% en 2010. Ce poste est particulièrement dynamique en raison des départs en retraite des “baby-boomers” et de l’allongement de la durée de vie des retraités.
Les dépenses du risque maladie ont également fortement progressé entre 1959 et 2013, passant de 3,1% à 8,7% du PIB. Le remboursement des soins de santé délivrés en ville et en établissements de santé, est la principale source de dépenses avec 139,3 Milliards d’euros en 2013, suivi de la prise en charge de revenus de remplacement (indemnités journalières principalement) pour 9 Milliards d’euros.
le risque « pauvreté-exclusion sociale », essentiellement pris en charge par le revenu de solidarité active, généralisé à l’ensemble du territoire le 1er juin 2009, constitue 2,5% des prestations.

Que nous proposent les candidats de droite pour trouver la centaine de milliards d’économies, (c’est une moyenne), qu’ils se font fort de rogner sur les budgets confondus de la dépense publique, incluant la protection sociale ?
Citons pêle-mêle, Bruno LEMAIRE : Instaurer une allocation sociale unique plafonnée à 2/3 du SMIC, qui rassemblerait toutes les aides sociales (le rapport SIRUQUE), Frédéric LEFEBVRE, après des emplettes programmatiques faites dans les pays anglo-saxons, auprès de nos compatriotes vivant à l’étranger, dont il est le député : Créer une allocation universelle, ouverte à tous, contrairement au RSA, sans condition, donc sans contrôle et cumulable avec un emploi, un revenu universel de vie, dont la généralisation couterait autant que la protection sociale actuelle, selon des estimations faciles à effectuer (mille euros par mois pour 65 millions de français). Mais alors il faudrait que cette allocation soit versée ” pour solde de tout compte”, laissant les citoyens responsables de financer leur protection sociale dans un système assurantiel. Très restructurant, en effet, si on ajoute en plus la flat tax, recommandée par le même candidat. Je n’achète pas quant à moi. Nicolas SARKOZY : Conditionner le versement du RSA à l’exercice d’une activité au service de la communauté. Intéressant, mais utilisé à mauvais escient à visée punitive, et non comme pédagogie de renforcement du lien social, et dont la portée n’est que symbolique, sans impact sur les finances publiques, ce qui est quand même le sujet central.
Il ne faut pas oublier la dégressivité des allocations chômage, et toutes les variantes proposées par chaque candidat, suppression ou diminution après deux emplois refusés, dont les effets seraient epsilonesques en termes d’incitation à l’emploi, s’il n’y a décidément pas d’emploi dans le secteur marchand pour accueillir les chômeurs très motivés, car on leur aurait coupé leur allocation-chômage.
Il faut alors se tourner vers la fonction publique ?
S’attaquer au statut de la fonction publique : relever la durée de travail hebdomadaire, directement à 39, voire 40 heures, pour certains, ou à 37 heures payées 37 (durée de travail légale des fonctionnaires, et 39 heures (heures supplémentaires dans la tranche 37-39 ou 39 payées 39 ?). Discussions picrocholines, augurant d’une guerre du même nom, qu’on s’épuiserait à livrer pour un résultat incertain.
Réduire, ou supprimer pour certains, ou encore limiter à quelques fonctions régaliennes, les recrutements sous statut de la fonction publique, et particulièrement pour la fonction publique territoriale, pour permettre aux élus de pratiquer le système de la dépouille (Spoil system), créer un contrat de cinq ans, qui serait donc même dérogatoire aux contrats de travail de type CDI (!) ne pas remplacer les 700 000 fonctionnaires qui partiront à la retraite d’ici 2020, instaurer un, voire trois jours de carence, lutter contre l’absentéisme, développer la rémunération au mérite, augmenter le salaire des fonctionnaires après qu’ils soient passés à la moulinette. Les fonctionnaires font l’objet d’un grand luxe d’attentions.
La fiscalité, c’est sur, on ne peut que la baisser. Suppression de l’ISF, en refaisant le coup de Chirac, rare moment de courage politique, qui lui fît perdre les élections, dit-on.
Certains ne renoncent pas à diminuer les impôts sur le revenu. D’autres, tournés vers les entreprises, veulent diminuer la taxation des dividendes, qui est confiscatoire, augmenter la TVA, ce qui va contrarier la consommation de produits importés, mais distribués dans nos réseaux commerciaux et contrarier la demande.
Frédéric LEFEBVRE veut la flat tax. Défiscaliser les investissements dans les entreprises (flécher un investissement sur le modèle périmé des niches fiscales). Réduire les impôts tous azimuts pour Jean-François COPPE, diminuer à la fois l’IRPP et l’impôt sur les sociétés, ou encore pour d’autres aligner l’impôt sur les sociétés sur les pays européens ( compétitivité), mais il faudra pouvoir suivre les anglais, qui seront bientôt à 15 %, réduire les charges sur les entreprises, diminuer les charges patronales (mais financer quand même la protection sociale).
On se prive de ressources budgétaires, dans l’espoir d’une dynamisation de l’économie, qui surviendrait sans autre effort que la diminution des impôts et la maltraitance des chômeurs, la dynamisation de l’économie, que même la monnaie hélicoptère n’est pas sure de nous procurer. Voila une équation qui n’a rien à envier à une certaine inversion de la courge du chômage.
Où va-t-on trouver des économies sur la durée du quinquennat alors qu’on n’égrène que des mesures de long terme qui mettront une décennie au moins avant de porter leurs fruits ? (confer l’effet de la RGPP).

Encore un effort, mesdames messieurs les candidats de la primaire.

L’administration centrale, nouveau bouc émissaire

Cécile CORNUDET, dans les ECHOS, se penche sur le « Syndrome de Benjamin Millepied » qu’elle décrit sans pour autant lui donner encore ce nom. Elle fait le récit emblématique de la façon dont une administration tatillonne et conservatrice, ici l’Opéra de Paris, « tueuse d’initiatives », étouffe toute velléité de changement et détient le vrai pouvoir, celui « de ne rien faire ». Et de généraliser le propos, en citant Emmanuel MACRON, qui « cherche d’autres moyens qu’une loi pour faire passer des réformes » et Laurent WAUQUIER « un ministre n’a aucun pouvoir ». Enfin, notre ancien président, parmi ses « retours d’expérience », qui s’apparentent parfois à des retours de flamme, ne manque pas de mettre sur le dos des pesanteurs administratives son indécision personnelle. Il serait favorable à un « Spoil system » à la française, (« système de la dépouille » à l’anglo-saxonne), en proposant de changer d’emblée les vingt plus importants directeurs d’administration centrale à son arrivée au pouvoir.
Ce n’est pas une bonne idée. Lorsque les politiques n’ont en tête que l’annulation des réformes de leur prédécesseur, et ne sont pas capables de concevoir une réforme sur le temps long ou poursuivre modestement, dans la continuité, les actions entreprises par leurs prédécesseurs, pour la seule raison qu’ils ne peuvent s’en attribuer la paternité, il n’est pas mauvais qu’il existe une continuité, un volant d’inertie, entre le vote, à chaud, de lois souvent partisanes et déséquilibrées, la parution des décrets, et la mise en œuvre concrète des «changements», si tant est qu’ils soient toujours d’actualité et pertinents à moyen terme. C’est le fonctionnement de la démocratie représentative qui est déficient, quand toute décision politique est instruite dans l’urgence, pour répondre à chaud à un évènement ou à un mouvement d’opinion, et passe ensuite à la trappe, quand les projecteurs de l’actualité se sont éteints. Heureusement qu’il y a une continuité dans la haute administration, pour faire vivre avec prudence le mouvement si mal impulsé par le politique, voire pour attendre et voir si les impulsions sont contradictoires et incohérentes. Faire de l’administration le nouveau bouc émissaire des faiblesses du politique, et instaurer un rapport de force avec l’administration, comme on l’a fait avec les corps intermédiaires, c’est le piège dans lequel est tombé notre ancien président.
Alain JUPPE verrait plutôt ses ministres en « managers », faisant corps avec les membres de l’administration centrale. Les ministres sortiraient de la tour d’ivoire du groupe des conseillers, lequel groupe se réduirait en effectifs, en même temps que s’allégerait le budget des ministères. Le ministre serait ainsi de plain-pied avec la réalité du terrain. On ne peut pas faire aux membres de la haute administration le procès d’intention de préférer le statu quo, et pourquoi ne pourraient-ils faire preuve de créativité et d’esprit d’innovation si on le leur demandait ? Au moins l’échelon politique y gagnerait en perception de l’état de la réalité, et toute proposition de réforme comporterait de facto son étude de faisabilité, puisque l’administration centrale y aurait été associée.

Faut-il diminuer les impôts ? (le contre-choc fiscal)

Qu’est-ce qui plait aux français dans la personnalité d’Alain JUPPE ? Telle est la question que je me posais en écoutant Nicolas Sarkozy à l’émission « Des paroles et des actes », et en constatant le manque de simplicité, et l’autocentrement du propos de l’ancien président. Une conviction de forcené comme seule forme d’expression, et revenant à chaque coin du discours, l’intérêt pour son propre destin, pour son action passée et présente, pour son image auprès des français, tout cela a pris chez lui une place dévorante, en même temps que le contenu de ses propositions pour la France connaissait un affaissement spectaculaire.
La condition sine qua non pour que puisse naître chez un homme politique, une parole politique inspirée pour notre temps, pour notre pays, est une sorte de décentrement de la part de celui qui l’émet, un détachement, propice à entendre et formuler les questions qui peuvent naître dans la société et à les reformuler, à en faire le terreau de sa propre réflexion. Il faut donner le spectacle d’une pensée en train de se former, d’une pensée qui exposerait avec clarté des enjeux, des choix, des priorités. En ce sens, cette parole politique, exprimée sincèrement et avec simplicité, doit être stratégique, détachée des affects de l’homme politique qui l’émet, et ne pas sembler n’être qu’au service de son propre avenir.
Nous lisons dans « les Echos » la proposition de « contre-choc fiscal massif » de Nicolas Sarkozy. Disons qu’elle a de quoi laisser perplexe le lecteur le mieux disposé.
Une loi de finances rectificative serait votée dès l’été 2017, mettant en œuvre immédiatement une baisse d’impôts de 25 milliards d’euros.
Il ne s’agit pour le petit lecteur-citoyen  que je suis, que d’examiner la cohérence interne de cette proposition, dont le financement reposerait sur le retour de la RGPP, mais cette fois élargie aux fonctionnaires des collectivités territoriales, également sur l’augmentation du temps de travail dans la fonction publique, l’allongement de l’âge du départ à la retraite, et enfin sur la dégressivité des allocations chômage.
Pourquoi faire voter dès 2017, sous forme d’une loi rectificative à la loi de finances, des mesures qui sont certes faciles à mettre en œuvre dans leur volet dépense fiscale tous azimuts (suppression de l’ISF, diminution de l’IRPP de 10 %, et baisse des impôts des entreprises) mais beaucoup plus difficiles à financer, au moins avec les moyens qu’on nous annonce : Le retour de la RGPP, l’allongement de l’âge du départ à la retraite sont des mesures de temps long, qui sont découplées d’une  loi de finances rectificative.
Il faudrait donc creuser très largement le déficit budgétaire sur l’exercice en cours et sur le suivant, en passant le reste du quinquennat à attendre que se réalisent les effets de ce choc fiscal, qui ne définit pas de priorité entre une action sur la demande (IRPP), et sur l’offre (allègement des charges des entreprises), et qui risque de se résoudre à un saupoudrage, une folle dépense fiscale hâtive et mal fagotée, mal pensée, pour tout dire. Cela nous rappelle l’attente irrationnelle de l’inversion d’une certaine courbe par le président actuel, et sa stratégie trop visible – mettre en œuvre une action de façade, peu importe sa pertinence, et attendre le retournement d’un cycle économique, qu’on feindrait de s’attribuer par son action. “Vous voyez bien que la croissance est en train de revenir, grâce à l’action du gouvernement
C’est en soi une option possible de se trouver des marges budgétaires, ou de croire qu’on en dispose, mais d’une part il faudrait les utiliser à bon escient, et d’autre part, on peut craindre que le même candidat nous déclarera sans doute dans un autre épisode de son programme, sa volonté d’atteindre l’équilibre budgétaire à très grande vitesse.
Et d’ailleurs, même si on élargit la perspective à quelques années, disons le quinquennat à venir, peut-on raisonnablement espérer une réduction de la dépense publique de l’ampleur mise en avant par le candidat (passer de 57 à 50 % du PIB), avec les mesures mentionnées par le même candidat ?
C’est là que l’exercice du « retour d’expérience » dudit candidat aurait pu le conduire à examiner les résultats de  la mesure phare de son quinquennat passé. Il aurait pu consulter le rapport publié le 12 octobre 2011, par la mission d’évaluation et de contrôle (MEC) de l’Assemblée nationale, évaluant l’impact financier de la règle du “un sur deux” pour le non-remplacement des fonctionnaires partant à la retraite.
« Mise en place dans le cadre de la révision des politiques publiques (RGPP), cette mesure devrait se traduire, sur la période 2008-2012, par la suppression de 150 000 postes.
« En termes budgétaires, cette mesure n’a pas eu l’impact escompté. Elle s’est traduite par une économie nette de 100 millions d’euros (contre 400 millions attendus) en 2009 et 264 millions (contre 444 millions) en 2010. Au total, sur les trois dernières années, la masse salariale (rémunérations et pensions de retraite) a progressé en moyenne de 1%.
Plusieurs éléments y ont concouru :
– Le non-respect, par certaines administrations, du plafond de 50 % des économies
réalisées reversées aux agents.
– L’effet “Glissement Vieillesse Technicité” : même avec le gel du point d’indice, la
rémunération des fonctionnaires progresse avec la carrière, les statuts et les changements d’échelons.
– L’obsolescence des données statistiques qui n’a pas permis d’établir des prévisions
fiables. »
Il en est de même pour la dégressivité des indemnités de chômage, formule mise en œuvre entre 1992 et 2001, où l’on était passé d’une allocation fixe jusqu’à la bascule en fin de droit, à une allocation dégressive dans le temps. La conclusion du rapport de l’INSEE, sur la période 1992-1996, est que « la dégressivité…aurait ralenti le retour à l’emploi ». La crainte en effet d’une forte perte de revenus à la fin des droits, dans le système actuel aurait un effet incitatif beaucoup plus fort en faveur du retour à l’emploi. C’est le cas surtout pour les allocations élevées. En revanche, pour les faibles indemnités, le retour à l’emploi est contraint par l’offre de travail. La conclusion de Bruno COQUET (OCDE), est que « la dégressivité tendrait à accroître le chômage de longue durée » (rapport pour l’institut de l’entreprise).
Les autres paramètres méritant un examen seraient la diminution de la durée de l’indemnisation, en fonction de la conjoncture économique ( ce qui se fait aux USA), consistant à connecter la politique d’indemnisation à l’offre d’emploi, car il ne sert à rien d’inciter les chômeurs à revenir en emploi, s’il n’y a pas d’emploi. On pourrait imaginer ainsi définir des durées d’indemnisation différentes selon les métiers ou les secteurs économiques, là où existent les emplois non pourvus, mais nécessitant peut-être une mobilité de la part du demandeur d’emploi. On pourrait aussi connecter la durée d’indemnisation avec un projet de formation, précisément pour diriger les demandeurs d’emploi vers ces emplois non pourvus, après une période de formation.
On pourrait aussi « caper » les indemnités, en montant ou en durée pour les hauts revenus, puisque ce sont les cadres en perte d’emploi, indemnisés jusqu’à 6000 euros par mois, dont on peut penser qu’ils auraient le plus de facilité à revenir en emploi, fût-ce dans un emploi moins bien rétribué, même si celui-ci n’est pas conforme à leur plan de carrière.
On pourrait aussi diminuer  l’allocation-chômage après une ou deux offres d’emploi refusées,  une dégressivité après refus, amenant l’indemnité à un plancher, où, s’il fallait choisir entre la reprise d’emploi, certes dans des conditions non optimales, et  la forte diminution des indemnités-chômage, l’incitation pour le demandeur d’emploi serait en faveur de la reprise d’emploi.
Et la liste est longue d’autres propositions possibles, dont certaines seraient plutôt destinées à rétablir les comptes (30 milliards de dette), ou d’autres à inciter à la reprise d’emploi (lutter contre l’affreux cancer de l’assistanat), ou au mieux, agir sur ces deux leviers. Peut-on parler des indemnités-chômage sans parler en même temps de la politique de l’emploi, et n’en faire qu’un levier d’ajustement budgétaire ?
Et la suppression de l’AME, citée également, sans autre commentaire, un autre ajustement budgétaire ? avec les drames prévisibles pour des personnes de chair et de sang, dont on nous demanderait de détourner le regard ?
On se dit qu’il n’y a donc rien de disponible que cette dégressivité des propositions dans le sac de l’ex-président, et l’on est navré que cette grande énergie s’use à grands moulinets, pour un si maigre contenu.
Non, il faut choisir entre soutien de la compétitivité et soutien du pouvoir d’achat, et donner la priorité aux diminutions de charges pour les entreprises. Laisser penser que nous avons les moyens de stimuler l’offre et la demande, c’est le signe d’une non-sincérité du programme économique de l’ex-président, de son caractère électoraliste, et du rejet qu’il inspirera aux citoyens informés. Et dans le cas où les militants ou les votants à la primaire s’en contenteraient, ce serait une mauvaise action contre la qualité du débat démocratique.
Il faut supprimer l’ISF, ne plus taxer la détention des actifs, mais taxer les flux en provenance de ces actifs économiques, il y a un consensus des candidats de droite sur ce cadre, dans une perspective d’harmonisation européenne et de stimulation de l’investissement en France. Pour autant, la “diminution des impôts de 10 % pour tout le monde” proposée par notre ancien président n’est pas à la hauteur des enjeux. Il faut une refonte complète de la fiscalité du patrimoine, sur le modèle de ce que propose  l’institut COE REXECODE.  Celui-ci constate que les prélèvements dépassent 65 % des revenus du patrimoine, contre 38 % en 1995. Une politique de l’offre ne peut se satisfaire de cette situation catastrophique pour l’investissement. Les niches fiscales supposées alléger cette  charge fiscale, orientent les investissements de façon non optimale. Il faut remplacer les trois impôts, ISF, impôt sur le revenu et prélèvements sociaux par une “flat tax” de 30 %, versée au premier euro, et, pour que cette réforme soit neutre pour le budget de l’état, supprimer les niches fiscales. C’est dans le domaine de la fiscalité du patrimoine que le big-bang fiscal s’impose. II faut sans doute également garder un élément de régulation, pour favoriser l’investissement dans les entreprises, et certes, revenir sur la taxation des dividendes, qui est confiscatoire et désincitative, mais il faut également inciter les entreprises à investir plutôt que distribuer aux actionnaires.

Après le choc des attentats

 

Se remettre à réfléchir, ne pas rester dans l’émotion et l’hébétude, de peur de voir naître en moi un sentiment de haine, «mimétique», et diffus, cherchant son objet  au-delà de ces terribles machines à tuer.
L’heure est au brainstorming, à l’exploration sans frein et sans autocensure de cet évènement qui fait irruption, mais que nous pressentions.
J’ai choisi pour explorer ce terrible champ de bataille, une méthode, décrite par Edward de BONO, les «chapeaux pour penser», que j’évoquais dans un précédent post. Il s’agit de mettre sur sa tête, successivement, un chapeau de couleur différente, chapeau noir pour la pensée négative et pessimiste (intelligence du pessimisme), chapeau jaune pour les pensées et actions positives, qui pourraient constituer des pistes pour une sortie de crise, et qu’il faut essayer de mettre en actes (l’optimisme de la volonté), chapeau vert pour  la créativité, et enfin, le chapeau bleu pour le  processus de synthèse et pour agir sur le monde.
Tant qu’on a sur sa tête un « chapeau », on n’est pas vraiment responsable de ce qu’on pense, et c’est après avoir parcouru tous les chapeaux, une fois tête nue, qu’on peut  faire le tri de ce qu’il est raisonnable d’exprimer, à visage découvert, après avoir exploré tout le champ du possible. Nous portons sans le savoir, en permanence, un chapeau idéologique et un déterminisme socio-culturel, qui restreignent notre pensée et nous interdisent d’explorer des champs interdits. En cela, nous ne sommes pas très différents de ceux qui portent, vissés sur leur front, le chapeau d’une appartenance à un groupe, qui leur a enlevé le fardeau d’avoir à penser par eux-mêmes.
Porter le chapeau noir, c’est avoir une pensée nue, et s’engager dans toutes les voies qui se présentent, sans avoir peur de l’obscurité, là où le lampadaire du politiquement correct n’éclaire pas.  Porter ensuite un chapeau vert, c’est pousser le raisonnement  à partir d’un fait hypothétique, par exemple : « et si le  khalifat était destiné à persister dans la durée, quelles en seraient  les conséquences ? », c’est ce que Edward de BONO appelle la pensée latérale *.
Chapeau noir, explorons sans crainte ce qu’il y a derrière ces jeunes assassins, tuant indistinctement nos jeunes, élevés, eux, dans le respect de la différence. Regardons en face leur terrifiante manière de  s’effacer littéralement derrière leur acte, ne plus laisser de traces d’eux-mêmes, de leur humanité, ne plus avoir de visage, plus de mains, plus de corps, déchiquetés par leur bombe. Des zombies victimes volontaires d’un mouvement sectaire mondialisé ?
Une des grandes religions de l’humanité atteinte dans une de ses franges par un phénomène épidémique de nihilisme déréalisant perdant les repères du bien et du mal ?
Une aspiration à une pureté paranoïaque, à un royaume d’utopie, dont le remède serait peut-être de laisser les foules de djihadistes se heurter à la réalité d’avoir à vivre dans une telle société, et plus seulement mourir pour son avènement ?
Leurs commanditaires. Anciens tortionnaires du parti BAAS de Saddam Hussein, formés aux méthodes de manipulation mentale et d’organisation d’un état totalitaire, méthode KGB, et d’anciens activistes religieux formés à l’école de la haine dans les prisons américaines en IRAK. Ce ne sont pas les dirigeants qu’on peut rêver pour l’avènement du khalifat du prophète, mais si nous faisions le pari de laisser se poursuivre l’expérience, sur un territoire limité, et faire confiance à l’usure du réel pour laisser se tarir la fascination qu’exerce aujourd’hui ce mouvement, qui ne serait plus qu’un misérable état totalitaire habillé des oripeaux de la religion pour opprimer son peuple ?
Au moins, sur le papier, explorons cette hypothèse. Que veulent-ils ? un khalifat, sur un territoire. Il faut un instant en examiner la possibilité. Une étendue désertique, ponctuée de villes en ruine, vidées de leurs habitants ou de toute capacité à reconstituer un tissu social par la sauvagerie successive du gouvernement de ce qui était leur pays, et n’a plus de légitimité à le rester, puis par la sauvagerie de l’occupation de DAESH. Constituer un territoire limité par les contours de la destruction la plus achevée, la plus irrémédiable, dont ces territoires stérilisés ne se relèveront pas pendant des décennies, même si DAESH en est chassé. Instituer dans ce désert où la haine a sévi comme dans peu d’endroits dans le monde, un état confessionnel dans sa version wahhabite, pourvu que les habitants fassent le libre choix de vivre dans cette belle société – et alors il faut accueillir dignement les réfugiés qui ne désirent pas vivre cette expérience très spéciale – Ils sont déjà sur les routes, au moins ceux qui pouvaient payer les passeurs.
Si nous excluons de ce khalifat les quelques grandes villes qui tiennent encore debout, reprises à DAESH, autour desquelles se construirait l’état syrien d’après BASHAR, distinct du khalifat, dans un climat de paix armée, en face lui-même d’un KURDISTAN, qui est aujourd’hui notre plus fidèle allié, seul apte à mener cet endiguement qui restera nécessaire. C’est bien cette politique de fixation du phénomène DAESH sur un territoire et d’endiguement que nous (communauté internationale), avons menée jusqu’à présent.
Profiter aujourd’hui de cette terrible tabula rasa, et prendre en considération les dernières convulsions achevant l’éclatement des nations nées au XIX ème siècle, et construire autour des dynamiques qui existent aujourd’hui, un état résiduel syrien, autour des anciennes minorités alaouites, un Kurdistan, un Irak construit sur l’autonomie de deux régions confessionnelles, sunnite et chiite, et enfin, ce khalifat, auquel une chance pourrait être donnée d’abandonner son fonctionnement de trou noir de la violence mondialisée, en construisant sur ses ruines un état confessionnel sunnite, car c’est bien sur la base de la revendication d’une identité sunnite que le djihadisme a pu trouver un territoire.
Il n’y a pas d’autre horizon politique que la création d’états confessionnels, et pourquoi sacraliser la configuration des états actuels, qui n’est rien d’autre que la suite des accords secrets Sykes-Picot, découpant la région en zones d’influence des puissances de l’époque, une zone française d’administration directe (Liban et Cilicie), une zone arabe d’influence française (Syrie du Nord et province de Mossoul), une zone anglaise d’administration directe (Koweït et Mésopotamie), une zone arabe d’influence anglaise (Syrie du Sud, Jordanie et Palestine), une zone brune d’administration internationale comprenant Saint-Jean-d’Acre, Haifa et Jérusalem.
La création de ces états confessionnels n’est-elle pas l’horizon politique qui manque pour donner un sens à la lutte contre DAESH ?
Parvenir à une paix provisoire, dans un périmètre stabilisé, après un effort de guerre conséquent de la coalition, qui aurait grandement affaibli les velléités d’expansion et raboté les illusions de DAESH, et obtenir le renoncement à la révolution mondialisée, puisqu’il serait possible à tous les monomaniaques de la pureté religieuse – c’est ainsi que se présentent ces incultes, en recherche en fait d’une fraternité fusionnelle, ne supportant pas notre individualisme, et notre liberté – de venir vivre dans cette nouvelle terre promise, revigorer leur ego malmené dans nos sociétés.
Cette nouvelle expérience de nation building, aurait sans doute un sens, à l’opposé de ce qui s’est passé en IRAK. La transition au sein du khalifat pourrait se faire un jour entre la génération des assassins-fondateurs et les bâtisseurs d’une nation, qui a déjà une armée, mais qui aura besoin de quelques commodités supplémentaires. Diluer le phénomène djihadiste dans une reconnaissance de la revendication sunnite à constituer un état confessionnel, qui aura fort à faire à organiser la vie quotidienne, et à faire évoluer la culture de mort de DAESH vers une culture de vie en société. L’idéologie du whahabisme, en tant que principe organisateur d’une société, trouverait à terme les compromis qu’il faut avec les résidents volontaires, et transformerait le désert en jardin, irrigué par les finances saoudiennes, mettant fin aux humiliations sans fin des peuples de la région, sunnites, kurdes.
Et si tel était notre espoir secret avant les attentats ?  Et si ce n’était que parce que nous sommes  touchés par le prosélytisme de ces fanatiques dans nos pays, que nous leur déclarons notre  hostilité ? agirions-nous autrement que ce que nous faisons, en appuyant les forces locales hostiles à DAESH, l’opposition syrienne démocratique, les groupes islamistes n’ayant pas fait allégeance (pas encore ?) à DAESH, et les kurdes, dans un jeu triangulaire avec les forces de BASHAR. Attendons-nous autre chose qu’une sorte de solidification de cette zone en fusion, en pratiquant le «containment», et en espérant que le meilleur possible en sorte, ou le moins pire**.
Après cet endiguement, conduisant à la reconnaissance d’un territoire confessionnel sunnnite, il faudrait espérer voir survenir la dilution du djihadisme dans cet ensemble sunnite.

Si nous poursuivons la métaphore du chapeau, nous voyons que Manuel VALS, après les attentats,  a porté le chapeau rouge, celui de l’émotion, qui, selon DE BONO «n’a pas à se justifier auprès des autres chapeaux. C’est le feu, la passion». Le problème, c’est que la passion retombe, et quand on a proclamé que nous étions en guerre, et que nous allions «détruire» nos ennemis, ces paroles d’un dirigeant restent inscrites dans la mémoire collective, et sonneront, n’en doutons-pas, comme des paroles téméraires et des fausses promesses.
François Hollande prend à pleines brassées tous les concepts disponibles pour mettre en scène un “virage sécuritaire”, et bénéficie d’un “effet d’aubaine”, qui lui permet de sortir de l’inaction et de l’indécision. Que n’avait-il puisé dans ce que lui proposait la société française dans toutes ses composantes pour demander l’union sacrée pour le sauvetage de l’économie ?
Cette posture lui vaut une reconnaissance provisoire de la nation. Il feint d’être à l’origine, à l’impulsion de cette formidable action des forces de police, de la mobilisation exemplaire des secours et des hôpitaux. Il moissonne les maigres récoltes conceptuelles de la droite, y compris jusqu’à la déchéance de nationalité pour les binationaux radicalisés. Tout ce qui est disponible est mobilisé. La droite, piteuse, balbutie, s’agite sur les bancs de l’assemblée. Laurent WAUQUIER tente sa chance, au milieu de la fusillade, au téléphone, comme s’il sortait de son lit, proposant l’internement de tous les détenteurs de la fiche S, sur un ton qu’il voulait solennel, mais parasité par ce petit zézaiement qui prête à sourire, en même temps que le fond du propos et le timing renforcent l’impression d’impréparation, pour ne pas dire d’inaptitude à penser le phénomène. Même impression pour Bruno LEMAIRE à l’émission “Des paroles et des actes”, débitant un monologue grandiloquent, mais sans consistance, en miroir de celui de MELANCHON. Et ne parlons pas de celui qui proposera, dans les heures qui suivent les attentats, le rétablissement de la peine de mort pour les kamikazes, une version actualisée de la double peine, en somme, pour les petits gars qui se sont fait exploser. Celui-là même qui court à Moscou, et ne sait où donner de la tête pour exister dans cette tourmente. “Il faut revoir complètement notre politique de sécurité” c’est encourageant de la part de  la personne qui a construit précisément la politique de sécurité du pays pendant une décennie d’action publique, a eu tous les leviers de commande, a fusionné RG et DST, et donc a supprimé les renseignements généraux et la police de proximité, a construit sa carrière politique sur le sujet. Un début d’inventaire du quinquennat précédent ? Je crains que nous devions déclarer également inapte provisoirement, notre ancien président (arrêt de travail pendant quelques semaines ?), et le prier, dans l’intérêt de son camp, de prendre du recul.
François FILLON, à TF1, a produit un petit objet de communication politique, exprimé comme une opinion de bon sens, sans grand charisme, un peu détaché, il faut le dire, pas vraiment à la hauteur de l’évènement, et qui fait l’impasse sur une série de dilemmes. En bombardant DAESH en Syrie, nous aurions commis «un acte de guerre» et il fallait s’attendre à des représailles. Puisque nous sommes en guerre contre DAESH (cette guerre est-elle justifiée à ses yeux ?), si nous voulons gagner cette guerre, il faut la mener en Syrie, et pour être efficace, il faut s’allier au sanglant dictateur BASHAR et à son protecteur russe. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Le problème, c’est que le grand frère russe tape sur l’opposition démocratique, et ne cherche qu’à conforter BASHAR. Voila bien l’angle aveugle de la déclaration de François FILLON, le poutinisme rampant dont font preuve quelques politiques de droite, rejoignant sur ce point la droite extrême. POUTINE me fait horreur, j’aime bien FILLON, et je désespère de certaines de ses positions du type jeu de billard à plusieurs bandes. Autre point aveugle de son argumentation, cette coalition (élargie à POUTINE et aux iraniens), où nous nous impliquerions résolument, mériterait d’être examinée sérieusement sous l’angle des motivations et ambigüités de ses composantes, avec une grille de lecture à la SCHMITT – qui sont les ennemis de qui – le Kurdistan, cible de la Turquie, plus que DAESH, et ce n’est que lorsque ce dernier a commencé à déstabiliser la Turquie qu’une hostilité est née contre lui dans ce pays, qui était jusqu’à ce moment, une base arrière pour ses opérations. La Turquie va-t-elle pour autant se lancer dans une « lutte à mort » contre les tenants du khalifat ? La même question se pose pour le régime syrien, qui voudra conforter son existence sur un territoire plus restreint, et pour ses protecteurs, qui n’auront pas la volonté «d’éradiquer» DAESH. Les américains voudront-ils se mettre dans ce nouveau guêpier ? nos alliés européens, qui n’ont plus d’armée et ne sont pas des cibles de DAESH vont-ils s’impliquer ? Avons-nous les moyens de nous retrouver en première ligne en SYRIE ?
L’argument de François FILLON n’était pas convainquant au moment où il l’a émis, puis les évènements se sont accélérés, le CHARLES DE GAULLE appareille, l’allié POUTINE discute avec le président HOLLANDE, chef de guerre planétaire. Le président français “intensifie” les frappes, triple (mazette) le nombre d’avions, lesquels font des sorties tous les jours. Peu d’efficacité prévisible, comme le laisse voir l’accueil flegmatique, bien qu’amical, de l’ami BARAK, qui doit penser que les petits ruisseaux font les grandes rivières, lui qui tape bien plus massivement sur DAESH depuis des mois. Pas de vision du président HOLLANDE, qui remet à plus tard la question de BASHAR, tout à son alliance avec les russes. On tire à vue, mais on ne voit pas ce qu’il pourrait y avoir après, au moins, ça défoule.
Nous ne sommes pas partis pour résoudre l’équation DAESH en Syrie, dont les experts nous disent d’un ton pénétré, que c’est là-bas qu’il faut agir, aux racines du mal.
Les commentateurs pensent la chose en catégories. Sur France Culture, il y a les bellicistes, dont fait partie le président, qui mise sur les frappes aériennes, à défaut d’autre chose, et qui pense que ça finira par marcher, comme l’inversion d’une certaine courbe, mais cela risque d’être long, là aussi. Il y a les pacifistes (laissons-les se débrouiller entre eux et les choses s’arrangeront spontanément, du fait précisément de notre inaction). On relaie les propos d’un philosophe qui nous dit d’un air docte que bien des français auraient voulu s’unir autour d’un symbole différent du drapeau bleu blanc rouge. Ils n’ont de cesse de s’effacer, il ne leur reste plus qu’à ne plus parler, nous ne les regretterions pas. Et enfin, il y a les “réalistes”, pour lesquels, il s’agit en somme de faire ce qui est possible, sans se faire d’illusion sur ce que l’on fait. Une sorte de “fais ce que doit, et advienne que pourra”, telles sont les catégories utilisées dans la discussion entre Hubert Védrine et Guillaume ERNER aux matins de France Culture. On peut craindre que notre redoutable offensive militaire dans les cockpits des avions et intellectuelle dans les studios et les médias dominants ne débouche sur rien d’autre que le constat de notre impuissance en Syrie.

C’est donc sur le plan intérieur, en France et en Europe, que nous avons à faire porter notre effort, avec également, des dilemmes sur lesquels « élaborer » une vision pour nos pays européens.
Je continue à porter le chapeau noir, et je vois se déliter le rempart conceptuel élevé par nos élites, avec de laborieuses et insuffisantes mises à jour de notre logiciel démocratique, dans sa version upgradée, bardée de patchs, n’empêchant plus les bugs, au risque de l’affaissement du système fondant le vivre-ensemble.
Est-ce que nous ne sommes pas déjà dans le « vivre séparés », c’est la question que je me suis posé en faisant mes courses, et en surprenant, chez une femme menue et gentille, portant le voile, s’adressant à un commerçant coreligionnaire où j’achète mon pain, l’expression d’un contentement du coup porté à une entité ennemie, cohabitant avec eux sur un même territoire, et vis-à-vis de laquelle l’intensité du ressentiment est telle qu’on se réjouit de voir massacrés ses femmes et enfants.
Des lycéens rapportent des propos semblables, tenus ouvertement dans les classes, approuvant l’attentat de Charlie Hebdo. Voyons un peu cette fois si la haine du pays d’accueil s’arrêtera et si ce ne seront pas les mécréants fêtards et non adorateurs du prophète, qui auront été punis. On le dira peut-être un peu moins fort.
Je constate que les parents de ces lycéens n’ont pas été convoqués, et les enseignants se sont retrouvés seuls, abandonnés. Quelle est l’analyse des pouvoirs publics ? le phénomène est-il trop massif pour qu’on puisse lutter contre lui ?
Doit-on s’étonner de voir naître un rejet symétrique, chez de paisibles citoyens confrontés à ce phénomène, beaucoup plus répandu et rampant que ne le pensent ou veulent l’admettre nos élites.
Nous sommes pris entre la sécession des quartiers et la progression du front national.
Le communautarisme est un rapport de force. Les membres de ces communautés se trouvent, pensent-ils, en marge de l’attribution des places dans la société et occupent des postes subalternes dans l’économie de marché, mais pour autant, au lieu de jouer le jeu de la société méritocratique, ils préfèrent instaurer un rapport de forces pour obtenir autrement, pensent-ils, ce qu’ils n’obtiennent pas par le jeu démocratique, et construire leur identité politique et sociale sur l’opposition aux valeurs de la France.
Le ressentiment contre le pays d’accueil amène à se réjouir de ce qui l’atteint, et l’affaiblit, espérant pouvoir encore pousser leur avantage, et leur sécession. La réaction aux attentats dans les quartiers manifeste cruellement la rupture du lien national comme un phénomène de masse.
Il faut regarder cette réalité en face.
Il ne suffira pas de fermer quelques mosquées intégristes,  déchoir de la nationalité quelques fanatiques-assassins en puissance, enfermer ou maintenir en résidence surveillée cinq milles radicalisés, ou même 11500, (autre chiffre entendu dans les médias), car les chiffres ne représentent que la partie visible d’un processus beaucoup plus répandu, au sein de communautés entières se coupant de la société française et vivant dans la théorie victimaire du complot occidental contre l’islam. C’est un phénomène de masse, terreau fertile pour le pire. La prise de pouvoir par des groupes de salafistes dans beaucoup de mosquées est en cours, et l’islam dur porteur d’un projet politique, est en pleine expansion. Nous laissons les musulmans modérés faire face, seuls, à ces groupes déterminés.
Il est symptomatique de voir le débat se déporter vers le contrôle des frontières, alors que ces jeunes assassins sont originaires de nos banlieues. Le non-dit est de limiter quantitativement le phénomène communautariste, en limitant le nombre des immigrés s’installant chez nous, faisant l’hypothèse sans le dire que le combat pour intégrer ces nouveaux-venus dans la société laïque à la française est perdu d’avance, avant même d’avoir été livré.
Portons maintenant notre chapeau bleu, et voyons ce que doit faire la communauté nationale : exercer un rapport de forces symétrique,  exiger un implacable respect de la laïcité, et condamner sans appel certaines positions communautaires, qui ne tombent aujourd’hui, sous la coupe d’aucune loi.
Alors une police de la pensée, l’instauration de lois interdisant le blasphème contre les valeurs démocratiques ? des lois liberticides ?
Faire monter le rapport de forces, c’est savoir jusqu’où il faut aller, entre persuasion, campagnes d’opinion, incitations positives, union sacrée et implication de tous les citoyens pour les solutions d’endiguement du communautarisme, sans perdre nos valeurs démocratiques.
Les pistes à creuser pour les politiques, par exemple les candidats à la primaire, c’est avoir le courage de regarder les faits en face, faire campagne publiquement pour l’intégration dans la nation et l’adhésion à nos valeurs, qui concerne, heureusement, une majorité des musulmans, faire bloc pour persuader, et en dernier recours, intimider, à notre tour, les sécessionnistes. Les musulmans modérés ne pourront que voler au secours de la victoire de la laïcité.
Il faut examiner jusqu’où pourrait aller la montée en puissance du rapport de forces, pour une minorité (on l’espère) d’opposants à cette grande cause nationale : convocation des élèves et des parents d’élèves devant une instance extra-scolaire, si c’est au sein de quelques familles mal informées, qu’il faut trouver le milieu idéologique d’hostilité à la société, il faut les éduquer solennellement, comme un rappel à la loi. Il en est de même pour ces jeunes scolaires, se croyant autorisés à porter une parole publique de soutien à la radicalisation dans le milieu scolaire, qu’il faut admonester de la même façon, et ne pas donner le spectacle du désarroi et de la faiblesse de professeurs dont ce n’est pas le rôle de s’opposer à leurs provocations.
Il faut un combat idéologique contre les croyances favorables à la sécession, exercer des pressions de toutes sortes contre les sécessionnistes, allant jusqu’à l’exclusion du périmètre de la solidarité de ces français communautaristes (minoritaires) qui veulent ce développement séparé. Des sanctions financières prononcées contre des citoyens récalcitrants, politique du donnant-donnant, et peut-être, obligation de travaux d’intérêt général qui leur seraient demandés pour prendre la mesure de l’effort consenti par ce pays honni, où ils habitent, pour les loger, les éduquer, les soigner, et à qui il faut donner quelque chose en échange.
Et pour ces mêmes sécessionnistes, de nationalité étrangère, ce qui serait disponible, déjà, c’est une politique de maintien conditionnel sur le territoire, qui, pour constituer une menace crédible, devrait être une mesure de masse, pour peu que l’administration puisse être seule juge de l’opportunité de conserver un droit de séjour à des étrangers non intégrés, hostiles à leur pays d’accueil, dont la scolarité de leurs enfants pourrait bien se poursuivre dans leur pays d’origine. Il faut changer la loi sur le séjour des étrangers, en faisant un bon usage de cette mesure, car mieux vaut brandir une menace que la mettre à exécution.
Le soutien implicite des héros négatifs de l’islam par une base sociale communautariste est l’ ennemi de la Nation.

*https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thode_des_six_chapeaux
**http://www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre-d-ete-l-etat-islamique-va-t-il-bouleverser-les-frontieres-du-moyen-orie-0

Le système de santé dans le programme de François Fillon

Je n’ai pas beaucoup d’énergie pour produire mon post hebdomadaire. Je m’en explique.
Je suis invité par l’équipe de François FILLON, comme tous les professionnels de santé figurant dans la base de données dans laquelle a été puisée mon adresse mail, à réagir aux propositions du candidat pour défendre et pérenniser notre système de santé. Je dois donc déroger au cahier des charges de mon blog citoyen, où je prétendais me consacrer exclusivement à des sujets citoyens sur lesquels je ne dispose d’aucune autre source d’information que mes lectures, et d’aucune compétence de départ, et sur lesquels pourtant, je dois me faire une opinion, poussé par une obligation citoyenne.
Ce qui m’a décidé, c’est, dans le courriel d’invitation, la mention suivante, que je reproduis in extenso, tellement elle me semble inhabituelle sur les sites internet des candidats : ” Si vous souhaitez apporter une contribution plus longue que la publication d’un commentaire (en bas de page), à l’Atelier sur la Santé, vous pouvez nous envoyer vos propositions et les accompagner d’une pièce jointe via le formulaire de contact “.
Je ne suis donc pas condamné à ramasser mon argument en 140 caractères, ou à Tweeter une petite formule, ou encore à déclarer si je suis plutôt d’accord ou plutôt en désaccord.
De fait, je suis  atteint d’un accès d’agoraphobie, devant cet espace qui se libère et l’abondance des informations qu’il faut trier, puisque la médecine, c’est mon poste de vie. Je vois la difficulté palpable à produire une synthèse pour la régulation du système de santé à la française, du point de vue  du décideur politique que pourrait être le gouvernement nommé par François FILLON (F.F.), un jour, peut-être.
F.F.  et son Atelier Santé, ont réussi à produire quelque chose de solide, qui ne soit pas une « réforme de la santé », mais un programme «incrémental», tirant quelques leviers, poussant les feux sur quelques rares sujets, sans changement de paradigme. Ils se comportent en jardiniers, élaguant quelques branches, rajoutant du terreau, et ils ne proposent pas une «taille dure», de cet arbre harmonieux, qu’est notre système de santé. C’est à mettre à leur actif.
Le propos décliniste ou alarmiste, dans le domaine de la santé en France, n’est pas vraiment de mise, on en est rapidement convaincu quand on va faire un tour à l’étranger. Il y a, ici ou là, quelques craquements dans la superstructure, des acteurs de santé en souffrance, et des problèmes d’accessibilité aux soins qui commencent à poindre, mais il ne faut pas négliger l’immense travail accompli dans les décennies précédentes. Certes, notre santé nous coûte cher, et il y a des domaines «d’inefficience», mais la santé gratuite pour tous et la qualité des soins constituent ensemble un pilier de notre modèle social, et un exemple vivant de l’égalité républicaine.
Le propos de F.F. est plutôt de nature tactique que stratégique. Il semble avoir intégré la possibilité d’une synthèse harmonieuse entre les composantes disparates de notre système de santé, pour peu que l’on propose des améliorations marginales.
Réformer la santé, à l’opposé, ce serait en effet avoir tout d’abord une vision du système idéal, du nouveau paradigme vers lequel il faudrait nous diriger, faute de quoi, nous dit Sénèque, il n’y a pas de vent favorable et pas de plan de route possible.
Les ajustements incrémentaux seraient ainsi, dans cette perspective,  des petits pas qu’on fait dans un voyage qu’on a en tête, et qui peut durer mille lieues avant d’être à destination, alors qu’ici, dans l’ouvrage de François Fillon, nous avons de petits ajustements empiriques, pour conserver l’ordre des choses.
Ces paradigmes qui changeraient les choses, on ne pouvait attendre que François FILLON  les intègre dans son programme, car ils sont à l’état d’idées générales, et la crispation des acteurs de santé est telle qu’un examen serein de ces voies pour le futur est probablement impossible en dehors de réunions à huis-clos d’un atelier santé.
Quels sont donc les non-dits du programme de F.F. et parions-le, de tous les programmes des candidats de la droite et du centre ?
 Le paradigme du financement de la santé, tout d’abord.
La régulation des grands équilibres financiers du système de santé proposée par F.F. consiste à rendre incontournable et à inscrire dans la loi l’équilibre des comptes de la santé, déclinant ainsi au niveau des comptes sociaux l’obligation plus globale d’équilibre budgétaire, appliquée également à l’état et aux collectivités territoriales.
Notre système «Bismarkien» fait reposer sur les revenus du travail la charge du financement de l’assurance-maladie, et contribue à un coût différentiel du travail défavorable pour notre économie, comparé à nos concurrents européens. Le système « Beveridgien », le NHS à l’anglaise (système de santé financé par le budget de l’état), est très décrié pour ce qui est de la régulation de la médecine de ville, mais il constitue un très efficace moyen de mettre en lien le budget des hôpitaux voté au parlement et la gouvernance des hôpitaux publics, directement exercée par l’état. Il pourrait s’agir chez nous, de «nationaliser» réellement la gestion des hôpitaux publics, en mettant en œuvre à leur niveau l’obligation légale d’équilibre budgétaire, ou de respect d’un taux de progression des dépenses, inscrit au budget de l’état, obligeant à définir un périmètre de santé «régalien», et laissant au système libéral, financé par les cotisations assises sur le travail, les mutuelles et assurances privées, la liberté de proposer des soins de ville et hospitaliers privés, régulés, et de garantir l’accessibilité à ces soins de base pour tout assuré social, dans le système de santé libéral, ce qui est le cas aujourd’hui, avec quelques nuances près. Le secteur à honoraires libres peut poser un problème d’accessibilité aux soins là où il constitue la seule offre de soins, si l’offre de soins au tarif de la convention de secteur 1 n’est pas disponible (confer infra).
Dans le système de soins hospitaliers, le secteur privé conserverait toute sa place, et continuerait à assurer une grande part des soins,  en chirurgie et dans d’autres domaines de la médecine hospitalière. L’assurance-maladie, collectrice de cotisations, financerait un panier de soins de base, excluant les soins en hôpital public. L’ANS, (Agence Nationale de Santé), proposée par François FILLON, aurait ainsi  un objet social clair,  la gestion en direct de l’hôpital public. Cette agence nouvelle, et jacobine (au sens directif du terme) aurait à traiter la question de la légitimité du surcoût des soins à l’hôpital public, à prestation équivalente. L’impossible convergence tarifaire entre l’hôpital public et l’hôpital privé (un séjour pour une appendicectomie devrait coûter le même prix dans tout établissement, privé ou public) devrait conduire à des conclusions, quant au désinvestissement par l’hôpital public de certains domaines des soins. C’est déjà le cas dans certains grands hôpitaux publics, d’où sortent des norias d’ambulance, envoyant des patients hospitalisés pour obtenir rapidement dans les structures privées périphériques, des examens qui ne sont plus disponibles à l’hôpital public, mettant en pratique la complémentarité et la notion de taille critique (comment justifier la pérennité d’un bloc opératoire dont les taux d’occupation sont de moitié inférieurs aux établissements du privé ?). Définir donc un partage des tâches entre les deux systèmes hospitaliers, et renforcer un fonctionnement en réseau, où chacun fait ce qu’il fait le mieux. Et pourquoi pas des vacataires spécialistes privés dans les hôpitaux publics pour assurer la présence de leur discipline au sein d’un grand hôpital, qui n’a pas la taille critique dans leurs domaines de soins pour entretenir un personnel médical dédié (confer infra).
 La fronde dans la médecine libérale :
Les médecins généralistes de ville, paupérisés, comme le note F.F., sont confrontés à d’immenses défis. Le premier est celui de l’explosion des connaissances médicales, et l’inadaptation du parcours de soins tel qu’il est organisé aujourd’hui.
Le modèle est celui du médecin généraliste référent, prescripteur de dépenses pour son patient, qu’il s’agisse d’examens complémentaires, de prescriptions médicamenteuses, d’hospitalisations (demandées souvent pour des raisons de non-disponibilité d’un avis spécialisé qui permettrait d’éviter l’hospitalisation) ou de consultations demandées à des spécialistes, lesquelles surviendront parfois à des mois de distance, du fait de problèmes logistiques d’organisation des consultations classiques, alors que des médecins spécialistes de ville ou des services hospitaliers de référence, pourraient inclure dans leur cahier des charges, comme le font d’ailleurs certains, d’aider un médecin traitant à «débrouiller» un problème, par téléphone, problème qui s’avèrera souvent être trivial et ne nécessitant pas un déplacement coûteux auprès d’un spécialiste ou une hospitalisation. Les avis de « débrouillage » en zone rurale, particulièrement, seraient une occasion de formation continue en situation pour les généralistes et d’allègement du coût des soins de ville, examens inutiles ou mal cadrés, ou à l’inverse, perte de chance du fait d’attentes pour des patients dont la prise en charge est utile à brève échéance. Donc, un développement forcené de la télémédecine, rémunérée pour les médecins spécialistes et les hôpitaux, selon une formule prenant en compte les moindres coûts de ce type d’exercice (certains spécialistes pourraient disposer d’un iphone 6 pour donner un coup de main à un médecin traitant en peine, et se faire rémunérer par un tarif moindre qu’une consultation avec présence physique du patient).
L’autre problème posé aux médecins de famille est le paiement à l’acte. Nous sommes le seul pays à disposer encore de cet antique système de rémunération, obligeant le médecin à multiplier les actes médicaux (consultations), courts, souvent insuffisants car ne permettant pas d’aller au fond des choses, pour payer les charges du cabinet. Les médecins payés à l’acte vivent sous la tyrannie de la montre, comme le lapin d’Alice.
La solution est-elle le salariat et l’étatisation de la médecine de ville ?
Certes non. On imagine ce que cela pourrait signifier en matière d’incitation à soigner, de disponibilité et productivité que de fonctionnariser les médecins de famille (voir le système anglais).
On peut imaginer, dans un cadre d’exercice libéral, un paiement du médecin « référent » au forfait par patient. Il  serait fait obligation à tous les assurés sociaux de désigner un médecin traitant, lequel se verrait attribuer un forfait de base, lui faisant obligation de répondre aux sollicitations du patient, et si le patient n’est pas satisfait, il pourra  changer de médecin référent tous les ans.
Le praticien pourrait ainsi avoir la liberté d’élargir sa patientèle sur le mode libéral du travailler plus et néanmoins servir correctement ses patients par sa disponibilité, en ne mégotant pas son temps lorsque le besoin se fait sentir d’une consultation plus longue, et ne s’interdisant pas d’utiliser tous les moyens informels pour suivre le patient, appel téléphonique, Skype, tout ce qui n’est pas au format de la consultation rémunérée en face à face, mais qui permet de répondre à nombre de questions des patients, sans qu’ils aient besoin d’attendre des heures dans une salle d’attente.
Néanmoins, il faudrait que toutes ces actions soient tracées, et surtout  les consultations, pour trouver un équilibre entre le paiement du forfait et le supplément de rémunération en rapport avec les consultations et autres actions mentionnées, et garder un caractère incitatif pour le médecin à aller au contact de son patient de façon pro-active.
Le tiers payant ? dans le cadre d’un forfait délivré au médecin sur une base mensuelle, corrigé de la télétransmission des actes de consultation, amenant au médecin un revenu complémentaire, le tiers-payant serait effectif de facto, mais ce système ne pourrait encourir la critique d’une étatisation de la médecine de famille, et serait  sans douleur pour le praticien, à la condition de la création d’ une caisse-pivot, qui garantisse un paiement immédiat au praticien, laquelle caisse-pivot  se chargerait d’aller rechercher auprès des mutuelles le reliquat de prise en charge au-delà de la part de l’assurance-maladie, voire de percevoir auprès du patient un ticket modérateur pour responsabiliser les patients quant à leur niveau de dépenses, et pour faire connaître aux patients ce que coûtent  leurs soins, à moins qu’il ne suffise de leur communiquer mensuellement un relevé des coûts de leur prise en charge des soins de santé, ventilés par nature (transports sanitaires en particulier) pour les responsabiliser.
Il y a des moyens de régulation pour éviter qu’un médecin ne puisse s’orienter vers une patientèle « dormante », ne sonnant jamais à sa porte, et décourageant ceux qui viennent trop souvent. Les réseaux sociaux pourraient bien aider à corriger ces vilains travers et il ne serait pas obligatoire de trouver un dispositif contraignant. Si l’on veut être médecin libéral, il faut peser ce qui découle de cet adjectif de libéral, en termes de liberté et de contraintes pour servir des usagers de santé, devenant de plus en plus des consommateurs de santé exigeants.
Les médecins spécialistes du secteur 2 ne peuvent ignorer les problèmes d’accessibilité aux soins qui se posent dans certains secteurs, du fait des honoraires libres, appliqués néanmoins, il faut le dire,  avec tact et mesure, la plupart du temps, et sans que le tarif appliqué n’atteigne, et de loin, le coût de la consultation d’un spécialiste dans nombre de pays européens, sans parler des USA.
Le tarif conventionné secteur 1 des spécialistes, bloqué depuis vingt-cinq ans, ne correspond plus à notre époque, c’est une antiquité, comme le paiement à l’acte du médecin généraliste, mais c’est un moyen bien commode de stigmatiser les méchants libéraux.
La liberté tarifaire actuelle du secteur 2 –relative- pourrait faire l’objet de contreparties, au niveau d’un bassin de vie, obligeant les spécialistes à se grouper, pour permettre, au sein de leurs cabinets ou au sein des hôpitaux publics et privés, d’organiser une filière de soins au tarif de la convention de secteur 1, sous forme du tiers payant intégral pour ceux dont il est avéré qu’ils ne peuvent faire une avance de trésorerie, ou pour les patients en ALD. Le système serait régulièrement évalué et redimensionné, en ouvrant de nouvelles plages de prise en charge, si les temps d’attente de consultation excèdent certains délais, ou selon d’autres critères.
En échange de son fonctionnement en secteur 2, le spécialiste de ville pourrait aussi consacrer une demi-journée de sa semaine à l’hôpital Public de son secteur, payé à la vacation (200 euros par mois, c’est le coût pour l’hôpital public d’une vacation hebdomadaire de consultation de spécialiste, ce que j’ai fait pendant des années), pour occuper les magnifiques salles de consultation de certains hôpitaux publics, qui sont un peu vides, parfois, voire les salles d’opération, qui accueillent bien moins d’actes chirurgicaux que les cliniques, où les praticiens se disputent les plages opératoires.
Décloisonner, associer, faire réseau, ne plus vivre selon des stéréotypes dépassés, inventer de nouvelles manières de soigner, de s’informer, le mouvement est en marche, et les politiques doivent l’accompagner, et non pas le bloquer en voulant l’encadrer, comme aujourd’hui.
 La régulation :
Trop souvent synonyme de production de règles, et particulièrement dans le domaine de la santé. On ne peut que relever la contradiction entre un François FILLON  vitupérant contre le rouleau-compresseur réglementaire à l’œuvre dans notre beau pays,  les 400 000 textes réglementaires ligotant toute action, dans tout domaine que ce soit, et son conseil de «renforcer l’accréditation et la certification» et de «multiplier les contrôles» des hôpitaux. Disons clairement que le système-qualité à la française est à revoir totalement, même si des évolutions favorables se dessinent.
Globalement, notre système-qualité n’est pas orienté vers les résultats de soins, les «outcomes» selon le terme anglo-saxon.
C’est vrai à un échelon très global de santé publique. Nous avons l’espérance de vie la plus élevée au monde, mais en même temps, nous avons des indicateurs de mortalité précoce tout à fait défavorables, en raison de styles de vie à risque, tabagisme, alcool, accidents de la route. Cela devrait nous conduire à mettre le paquet sur ces comportements à risque, par une action résolue qui dépasse le système de santé, mais pose la question de l’accessibilité à des actions de prévention médicalisée pour les populations actives et les jeunes, qui ne consultent pas. Le chapitre du programme de F.F. sur ce sujet est un peu light, et pas à la hauteur des enjeux, car tout simplement, ce point des réalités épidémiologiques conçus comme des indicateurs de la performance du système de santé, n’est pas pris en compte par les régulateurs de santé.
Plus généralement, nous avons en matière de démarche-qualité, la religion des processus encadrés au millimètre par des protocoles et procédures, ce qui nous détourne de l’examen des résultats de soins. Le manuel-qualité d’accréditation-certification des hôpitaux est tentaculaire et totalement inadapté, les bilans annuels à remplir sur des supports informatiques sur les sujets les plus divers sont d’une ergonomie défaillante, sur la politique de lutte contre les infections, sur les médicaments, et sur d’autres sujets, on ne capture pas la réalité de ce que vous faites et le risque d’un dysfonctionnement auquel vous exposez vos patients. Tout cela est tout à fait formel, et disons-le, kafkaïen. La lettre a tué l’esprit.
Les infections nosocomiales sont un problème grave à l’hôpital. Les indicateurs recueillis pour voir si vous faites bien les choses, sont les factures prouvant que vous avez acheté les bonnes quantités de SHA (solution hydro-alcoolique), et vous pouvez prétendre que les infirmières s’enduisent frénétiquement  les mains de solution hydro-alcoolique (SHA) trois cent fois par jour ou plus, et jeter les récipients à moitié vides, pour faire semblant, pourvu que vous produisiez la facture, et, satisfaits de s’être conformé à la règle, ne plus voir que  distraitement, la fréquence dans votre service des infections nosocomiales. Mon propos est peut-être un peu caricatural. Je ne prétends pas que les hôpitaux jettent des cargaisons de SHA, comme les camions de l’armée faisaient tourner leur moteur autrefois pour conserver leur budget de carburant, et tout cela serait bénin, si nous n’avions pas autre chose à faire. Il faut ajouter que ces normes, recommandations et autres protocoles n’ont pas démontré, pour la plupart d’entre eux, leur lien avec les résultats de soins qu’ils sont supposés chercher à obtenir.
Au cours de la certification d’un hôpital, vous aurez à répondre à un manuel très exhaustif, donnant une part exorbitante aux  aspects «transversaux», le grand mot, ce qui vous oblige à passer beaucoup de temps à penser à vérifier que vous avez bien communiqué aux autres “acteurs” de l’hôpital, tout ce que vous faîtes pour prévenir des risques  qui ne vous concernent que très indirectement, et dieu sait qu’il y en a, de ces problèmes que nous pourrions rencontrer un jour, et qui sont décrits dans ces milliers de circulaires, mais en revanche, pour le cœur de votre métier, le questionnaire est indigent, et vous pouvez être très mauvais, mais avoir produit du texte, et des pages, sur tout ce que vous rencontrerez un jour comme problème et que vous êtes prêt à affronter, jusqu’au plan blanc d’une guerre nucléaire, en étant tout à fait satisfait et adoubé par les experts-visiteurs. Tout cela a un terrifiant coût d’opportunité.
Il faut donc recentrer l’examen des procédures sur le cœur du métier des professionnels, avec une approche par discipline, qui est tout à fait négligée,  augmenter le niveau d’exigence des manuels-qualité orientés métiers et spécialités, chercher à vérifier que les normes édictées pour encadrer les pratiques  ont un lien avec les  résultats des soins, et sont basés sur “l’Evidence-Based-Medicine”, et pas sur les délires technocratiques des ayatollahs de la qualité, qui ont transformé la démarche-qualité en un rituel de soumission sociale pour les professionnels de santé.
Pour ce faire, il faut donner la main aux sociétés savantes, et faire de l’HAS une chambre d’enregistrement et de mise en œuvre de recommandations appuyées sur des éléments de preuve, produits directement par les sociétés savantes.

Pour plus de lecture sur le sujet de la réduction des coûts de santé, voir un autre post :
Permalien : http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/2014/02/16/reduire-les-depenses-de-sante/ ‎

“Faire” de François Fillon

Les premières impressions sont souvent intéressantes à jeter sur le clavier, car elles pourraient bien s’effacer après une plus longue maturation, si tant est qu’on ait envie de poursuivre cette dégustation pour  voir ce qui reste en bouche,  si j’ai envie de reprendre certains chapitres du livre de François Fillon après une lecture superficielle et rapide.
Le substantif d’identité personnelle prend corps à la lecture de ce que François Fillon nous raconte de son passé, de ses passions, de sa carrière. L’humble paysage sarthois, et le contraste entre l’horizon resserré du bocage et l’échappée du regard vers les sublimes sommets pyrénéens, sont les terroirs contrastés de ses années de formation, espaces confinés d’une sociabilité de fils de notaire, élevé dans la foi catholique d’une part et communion avec la nature, qu’on explore en progressant vers les sommets, accroché en solitaire sur une pente vertigineuse, d’autre part. Cela pour l’espace. Pour le tempo, le même contraste nous est présenté, entre le goût de conduire des bolides de course, et le rythme long et tempéré d’une carrière politique, qu’on mène avec calme et détermination, sans se précipiter, sans démissionner, même si François Fillon nous raconte avoir présenté à plusieurs reprises sa démission au chef de l’état – en gardant prudemment cette information secrète, sans en faire mention auprès des médias.
Ce qui est frappant, c’est cette linéarité d’un parcours qu’on nous présente comme inspiré par de solides valeurs, mais que l’on a la tentation de percevoir fugitivement comme organisée autour d’un calcul constant, comme une seconde nature. François Fillon n’est pas impulsif.
Comment se forge-t-il une opinion ? A l’occasion de rencontres, provoquées par lui, auprès de quelques artisans, pour se faire une opinion sur leurs difficultés, ou encore au hasard de ses déplacements sur le terrain qu’il parcourt inlassablement, et qui l’amènent à glaner quelques faits, auprès des humbles et des sans-grades, ou auprès d’élus intègres et dévoués. Il s’arrête auprès des « invisibles », et se forge une opinion à leur écoute, nous dit-il. Ces anecdotes sont-elles la justification ex-post de convictions déjà forgées, où s’est-il vraiment donné l’opportunité de changer d’opinion à l’occasion de ces rencontres ? Applique-t-il la même méthode pour élaborer son programme ? il est légitime d’en douter, à la lecture de la liste des membres du comité directeur de FORCE REPUBLICAINE, qui ne comporte que des élus, et pas un membre de la société civile. Quelle est la place des experts et des conseillers dans son entourage, nous ne le savons pas, mais on la juge d’autant plus forte qu’il n’est à aucun moment fait mention dans le livre de ceux qui ont inspiré son programme, et  surtout aidé à l’écriture du livre, très abouti,  avec tous les critères d’un bel objet de communication.  Cherche-t-il une confirmation de l’adhésion à ses options pour la France auprès de ses sympathisants, une confirmation de l’impact de cette action de marketing politique, ou peut-être un réconfort, si on en juge par l’intérêt qu’il porte aux chiffres de vente de son ouvrage ?
L’ambiguïté n’est pas levée après la lecture de son ouvrage, qui ne comporte pas beaucoup de questions ouvertes, et qui de ce fait, semble un peu trop lisse à une première lecture.
Même linéarité pour nous montrer sa constance dans les épreuves, et la justesse de ses positions successives lors des dissensions avec le président, puis lorsqu’il est apparu que la présidence de l’UMP lui avait échappé à la suite d’une fraude massive organisée par la bande de copains-coquins qui occupait à l’époque les bureaux directoriaux du parti. Peut-être n’avait-il pas porté un effort suffisant à la constitution de réseaux de pouvoir au sein de l’appareil UMP, et surestimé ce qu’il pensait être son influence naturelle d’ancien chef du gouvernement.
Linéarité également dans le programme du futur candidat. L’affirmation de convictions citoyennes et républicaines, cela est bien. L’affirmation qu’il faut faire porter l’effort sur la politique macro-économique, et faire enfin ce que l’on n’a pas fait, sur les 35 heures, l’ISF, la simplification du code du travail, tout cela est dans l’air du temps à droite. L’objectif ambitieux de faire de la France la première puissance économique européenne est une bonne base. Diminuer la dépense publique de 100 milliards d’euros, est un cadre ambitieux, supprimer deux couches dans le mille-feuille territorial est également un projet ambitieux, cohérent avec l’objectif de diminuer la dépense publique. Simplifier le régime d’assistance en regroupant toutes les aides dans une allocation unique, permettant de vérifier que les revenus d’assistance ne sont pas supérieurs, pour un individu donné, aux revenus du travail, c’est bien si l’accès à l’emploi est possible.
Desserrer les contraintes qui entravent les agents économiques, en simplifiant, allégeant les normes réglementaires, le concept est déjà là, et le secrétariat d’état du même nom, également, mais comme une coquille vide, qui n’a pas empêché le choc de complexification de se poursuivre. Il suffit de donner à cette idée une véritable impulsion, mais tout est question d’exécution.
Ne pas s’investir dans les problèmes de société, et revenir sur le mariage homosexuel, en excluant la filiation du périmètre du contrat de mariage qui lie deux personnes du même sexe, cela est raisonnable, et pour le reste, laisser se faire l’évolution des mœurs, tout cela est bien, mais que fait-on après avoir constaté la sécession communautaire de certains quartiers et y avoir consacré un chapitre, en restant au niveau des constats. N’est-ce pas un véritable problème de société, qui ne trouve pas sa solution simplement dans le contrôle de l’immigration, comme semble l’indiquer François Fillon. La lecture du programme de François Fillon sur le site de Force républicaine ne nous convainc pas sur ce point.
Quelques marqueurs forts d’un programme de retour aux fondamentaux de l’équilibre des finances publiques et de dynamisation de l’économie, donc, et pour le reste, un vibrant plaidoyer pour le fonctionnement des institutions, et en particulier pour la fonction de premier ministre, vers qui convergent tous les arbitrages concrets de mise en œuvre de la politique gouvernementale. A ce titre, l’exercice de cette fonction pendant cinq années devrait permettre au candidat à la primaire de proposer un programme abouti, ciselé dans ses moindres détails par la connaissance des problèmes, un kit du «prêt-à-gouverner», du «prêt à Faire», alors que curieusement, François Fillon reste dans son livre souvent au niveau des constats et des principes, la liberté, l’autorité, le fonctionnement des institutions, ce qui, certes est susceptible de faire consensus, mais n’apporte pas une démonstration éclatante de son aptitude à «Faire» précisément, car nous attendions une vision en profondeur et systémique de l’action du futur président.