La centralité institutionnelle d’Emmanuel Macron

Se mettre en marche, c’est partir de quelque part. On peut venir de la droite et du centre, c’est le nom que j’ai donné à mon blog, en même temps que d’autres font  un chemin symétrique, venant de la gauche sociale-libérale, ou même de plus loin. Dans tous les cas, il s’agit de converger vers un nouveau centre, qui n’aurait plus cette image floue et confuse, de groupement d’opportunistes, de force d’appoint attendant de voir comment le vent va tourner, de « marais », de « citoyens qui ne se reconnaissent pas dans la division droite-gauche,  par volonté claire de ne pas se laisser embrigader ou par impuissance à se déterminer ? » (René REMOND).

Ce que nous voyons clairement, c’est que le mouvement En Marche acquiert une véritable “centralité institutionnelle”, laissant une chance aux héritiers de François Guizot de construire une nouvelle sensibilité, composite, et d’en choisir les matériaux, libérale en économie, pour gonfler nos voiles au grand vent de la globalisation, mais étatiste, car le marché ne peut pas tout, et il faut protéger les citoyens, national, car il faut se sentir appartenir au pays, mais européen, car c’est notre horizon incontournable.

Ce chemin, fait d’équilibre entre des contraires, est moins lisible pour bien des français que les propositions tranchées des autres camps. Il reste à les convaincre de la gravité des enjeux (1) et du caractère impraticable des autres choix auxquels pourrait être confronté le pays. Imaginez le dilemme d’avoir à choisir entre Hamon-l’utopiste-surpris-d’être-là-les-yeux-écarquillés-comme-un-lapin-dans-les-phares-d’une-voiture, ou les nationaux-d’abord-on-est-chez-nous-sortons-de-l’euro-point-barre ? Ou entre  les sus-nommés et Fillon-les-casseroles-mon-programme-quand-on-le-regarde-d’un-peu-plus-près-il-était-déjà-impraticable-avant-mes-ennuis-alors-maintenant-n’en-parlons-plus.

L’alignement des planètes auquel nous assistons pour EM va-t-il conduire les marcheurs à une trop grande confiance en un choix des français par défaut ?

Au sein même du mouvement, au centre, il y a Emmanuel Macron. C’est la pierre d’angle. Il met sur la place publique sa délibération personnelle, et on le voit  chercher les symboles qu’il pourrait choisir pour parler de lui aux français, puisqu’en même temps, l’idéologie de son mouvement, il la construit devant nous.

Il est le premier des candidats à l’élection présidentielle à répondre à l’invitation d’Emmanuel Laurentin pour évoquer les références historiques qui nourrissent son action (2). Il n’a pas eu besoin de lire « l’histoire de France pour les nuls », comme l’avait fait François Hollande, surpris par un photographe, plongé dans cette lecture, sur un bateau pneumatique (justifiant le qualificatif de capitaine de pédalo dont devait l’affubler Mélanchon).

Emmanuel Macron avait déjà semé des petits cailloux, antérieurement, par ses propos sur le corps du roi et sa visite à la basilique de Saint-Denis, son dialogue silencieux avec les transis, alors qu’il venait lui-même de sacrifier le corps du monarque républicain. On se souvient de la visite à Jeanne d’ARC, à Orléans. On connait  ses déclarations hasardeuses sur le crime contre l’humanité de la colonisation, en Algérie, comme pour faire pendant  à ses déclarations antérieures sur les retombées civilisatrices de celle-ci, qui ne valaient pas quitus pour en endosser les aspects négatifs. Et toujours, c’est au sein de belles phrases bien balancées  que les malveillants vont extraire des citations sorties de leur contexte.

Discours brillant et convainquant, dans l’émission d’Emmanuel Laurentin, bien au dessus de ce qu’aurait sans doute produit François Fillon, qui apprend par cœur la liste des rois de France, ou de la polémique sur les gaulois ou la princesse de Clèves d’un ancien président. N’empêche que le discours sur le dépassement souhaité par EM entre d’une part le déni des crimes passés et le repli sur une identité fantasmée, et d’autre part la  repentance et l’abandon de notre identité par haine de soi, ressemblait bien à une manœuvre de correction de trajectoire d’un artilleur dont le canon aurait fait quelques dégâts collatéraux.

Il a manqué l’occasion d’endosser l’habit de la fonction à laquelle il aspire, avec nos amis algériens, qui ne demandaient pas qu’on emploie ce terme de crime contre l’humanité, mais dont il ne connaissait pas l’agenda : demande de reconnaissance des retombées malheureuses des essais nucléaires français au Sahara, et autres sujets très concrets qu’il eût fallu connaitre avant de rendre visite aux dirigeants algériens.

Emmanuel Macron est encore dans la délibération du philosophe. Il lui faut maintenant tenir un discours plus prudent et plus sobre d’aspirant à la fonction de monarque présidentiel, passer de la délibération au discours d’action. Se faire un peu plus rare, préserver une part de mystère (relire Balthasar GRACIAN)  ?  “il ne faut pas se piquer également d’habileté avec tous, ni employer plus de forces que l’occasion n’en demande. Point de profusion, ni de science, ni de puissance”

Certes, on ne peut pas dire qu’il n’agit pas, avec une audace extraordinaire et réjouissante, mais il ne faut plus trop se regarder avec satisfaction et commenter sans fin sa réussite,  dans la communion de ses fidèles, en employant la forme du nous, «notre mouvement». Il faut maintenant parler en direct aux français, les yeux dans les yeux, et tenir un discours plus carré.

Il s’active à décrire sa vision pour le pays, et c’est une belle fresque qu’il a produite dans son ouvrage, ” Révolution”.

Il a mandaté Jean Pisany-Ferry pour se donner un cadre budgétaire intangible, auquel on ne saurait déroger, et c’est un succès, à quelques détails près.

Il a lancé un mouvement pour construire un programme, qui semble ne pas lui appartenir totalement dans ses résultats, à l’issue d’un  dialogue avec des milliers de citoyens, consultés sur le pas de leur porte, ou dans des comités de travail locaux, et des collaborations d’experts -500- nous dit-on, pour mettre en forme un projet.

C’est le terme de projet qu’il semble vouloir employer plutôt que celui de programme, semblant manifester une certaine prise de distance avec cette feuille de route ?  Un programme, c’est le travail de l’entourage, c’est le produit d’une dynamique, qu’il ne faut pas décourager, certainement. Il le fallait, ce document sur papier glacé, et ses strophes et litanies bien scandées.

Ce document, on le voudrait parfait, car nous sommes convaincus du bien-fondé des intentions, des logiques sous-jacentes, de la vision d’avenir qui le nourrissent.

Hélas, on ressent un certain malaise à la lecture de ce qui pourrait ressembler à un catalogue dont on ne verrait pas les lignes de force.

Il faut ramasser tout cela en quelques points-clefs bien compréhensibles par les français, et ne pas tenir mordicus à des aspérités sur lesquelles vont se fixer tous les malveillants. Un projet est toujours perfectible, François Fillon nous en donne l’exemple avec son rétropédalage sur la sécurité sociale.

De quelle position, d’où lisons-nous le programme d’En Marche, nous les sans-grades ? De notre poste de vie, de notre territoire, dont nous sommes les experts, expertise citoyenne revendiquée depuis longtemps dans ce blog.

Depuis notre petit poste dans la société, dans notre petit secteur, nous pouvons ne pas percevoir, ici et là, que les propositions retenues dans le programme d’EM “adressent” complètement les problèmes et prennent en compte les lignes de force qui traversent la société.

Nous sentons les limites de la composition des membres de  l’entourage, qui ont produit les  propositions qui leur tenaient à coeur, en matière de transition énergétique, en matière  d’éducation(, de santé (3,4,5). Nous percevons un biais d’orientation du programme, que seule une consultation élargie de toutes les forces vives du pays pourrait corriger.

Nous pensons au conseil de BOILEAU « cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage ».

Pour ce faire, il faudrait une sorte de révolution copernicienne, en continuant la consultation  une fois le programme finalisé. Ce qui serait au centre, ce serait la démarche citoyenne d’appropriation du programme à travers une critique constructive,  à l’opposé de la sanctuarisation du programme comme chose achevée et parfaite. Cela serait l’aveu implicite de son imperfection, mais aussi la manifestation du désir d’EM de progresser sans cesse, de ne pas s’arrêter, d’associer tous les citoyens de bonne volonté.  Rester En Marche.
EM n’a pas besoin de ralliés, mais de participants.

Un forum accessible à tous, pas à travers ces “fils” pour initiés, sur TELEGRAM, qui s’entremêlent comme du fil de pêche, tellement ils sont nombreux et confidentiels.
Un forum public où tous  les citoyens pourraient proposer leurs analyses, cela dans le cadre intangible de quelques lignes de force  fortes et définitives, bien lisibles.

Laisser enrichir le programme, l’infléchir et ne pas mener une guerre de tranchées sur un catalogue comportant des choses importantes et des choses futiles ou non pertinentes, mais tenir fermement sur les options essentielles.

Ce serait  une nouvelle façon de faire de la politique,  la démocratie délibérative, explosant le plafond de verre des proches et des experts, la fin d’une hypocrisie sur “Le Programme”, dont on sait que c’est un objet bien imparfait, mais néanmoins qu’on va défendre pied à pied, et qui n’est, en dehors de quelques points importants, qu’un support de communication, qui permet seulement d’occuper la posture de la conviction véhémente, d’avoir réponse à tout, quitte à le jeter après usage, en s’empressant de le trahir.

Action résolue sur les choses incontournables, délibération et recul  du candidat, sur les choses perfectibles, opération vérité sur les limites de l’action d’un président, qui ne peut pas tout connaître et tout maîtriser dans un programme de gouvernement. L’aveu de la fragilité de l’homme politique, à la tête d’un mouvement, à l’opposé de l’Hubris qui mène à leur perte ceux qui se sont baricadés, dans leur campagne et dans leur conviction de forcenés.
” Dureté et rigidité sont compagnons de la mort. Fragilité et souplesse sont compagnons de la vie. (Lao-Tseu)

Prendre le risque d’une petite phrase, certes, “le président ne peut pas tout connaître” (mais il  a le désir de progresser),  qui  serait bien différente du ” l’état ne peut pas tout”, (et il baisse les bras),  qui fit perdre Lionel Jospin.

C’est un risque à  prendre  pour un candidat,  par ailleurs totalement déterminé et parfaitement au clair sur les choses essentielles. Emmanuel Macron est suffisamment brillant pour mener l’exercice à bien, guidé par la phronesis de ses maîtres philosophes.

Humilité et vérité devant les français.

Je discute  les orientations du programme, donc, comme un petit marcheur, assis devant mon ordinateur, dans la posture du soutien critique.

Pour commencer par l’école, tout d’abord,  il faut dire qu’on a envie de dépasser le clivage droite-gauche et les positions idéologiques sur l’école, entre les conservateurs de droite,  tenants des apprentissages fondamentaux, lire-écrire-compter, plus le récit national, et les idéologues de gauche pour lesquels le salut de l’école viendra des recrutements d’enseignants (les 60 000). Emmanuel Macron en a fait un marqueur de son programme, avec les 12 élèves par classe de CP dans les ZEP.

Or, ce n’est manifestement pas un déficit de moyens qui peut expliquer que 20 % des élèves ne maîtrisent pas les savoirs fondamentaux à la sortie de l’école primaire, puisque la France reste le pays où les fondamentaux, français et mathématiques bénéficient de la plus forte dotation horaire, 37 % du temps pour la lecture, contre 22 % en moyenne dans les pays de l’OCDE, et 21 % pour les mathématiques, contre 15 % pour l’OCDE.

Le CNESCO, conseil national d’évaluation du système scolaire vient de livrer les conclusions de la conférence de consensus qu’il organisait. Conclusion des travaux, «après trente ans de travaux, nous n’avons pas assez d’éléments convergents entre la taille des classes et les résultats des élèves» (Nathalie MONS, citée dans Le Monde (6)

Les préconisations retenues par le CNESCO,  ce sont : la personnalisation de l’enseignement, l’identification des enfants à risque, pour mettre en place une pédagogie personnalisée, la création d’un poste «d’enseignement des fondamentaux», qui suivrait les élèves tout au long de leur cursus, le tutorat par les pairs, à la japonaise, élèves plus âgés, expliquant aux plus jeunes, bénéfique pour celui qui explique et pour celui qui crée un lien avec le plus ancien, (développement du collectif à l’école) et surtout la formation professionnelle des professeurs des écoles.

Le programme d’EM apparait inspiré par la loi de PARETO des 80/20, mettons des moyens sur les ZEP, où sont 80 % des problèmes, mais cette analyse n’est pas pertinente, car il y a des enfants en difficulté dans toutes les classes, dans tous les milieux. On laisse ainsi entendre que la ségrégation scolaire est un fait acquis, et qu’il ne faut faire porter l’effort que sur des classes-ghettos.

Et que dire des 80 % d’enfants autistes qui ne sont pas même scolarisés ?

Le père de cinq enfants que je suis, très éphémère responsable de la FCPE dans le lycée d’une de mes filles pendant quelques mois, il y a deux décennies, ayant suivi un peu le sujet, avec une lecture des médias, quelques clicks sur internet, et quelques posts sur le sujet dans ce blog (7,8), perçoit l’insuffisance des propositions d’EM sur l’école, du point de vue de son poste de vie de parent d’élève, et questionne les  experts qui ont concocté la recette de son programme.
Et s’ils descendaient dans l’arène et venaient s’expliquer ?

Sur la transition énergétique, maintenant, je voudrais essayer d’y réfléchir après avoir écouté studieusement la présentation de Corinne LEPAGE à ORSAY, entourée de deux professeurs et d’un membre du CEA, (intervenant à titre privé).

Je me rappelle une émission de C dans l’air sur la fermeture de la centrale de FESSENHEIM, où Corinne LEPAGE était opposée à Jean-Marc JANCOVICI, deux protagonistes mentionnant à peine  leurs conflits d’intérêt, la première défendant en tant qu’avocate les collectivités locales riveraines de FESSENHEIM, et l’autre travaillant pour l’industrie nucléaire  (9 ) Le débat à l’époque m’avait semblé un peu surréaliste. Le grand tremblement de terre de Bâle en 1356, était cité par Corinne LEPAGE comme une épée de DAMOCLES sur la pauvre centrale. J’avais fait une petite recherche sur WIKI, et j’avais noté que ce grand séïsme avait  fait débat quant à sa magnitude, 6,2 pour les français, 6,8 pour les allemands. Il aurait détruit quelques châteaux, et la ville de Bâle. Il y a des discussions sur l’orientation de la faille, qui semble moins menaçante pour le site où est implanté la centrale. Cette évaluation du risque (la centrale résisterait-elle à un séïsme (millénal ?), d’une telle amplitude, et peut-on chiffrer la probabilité d’une telle occurrence pendant la décennie ou un peu plus de durée de vie « normale » de la centrale ? Ce n’est pas ce genre de débat rationnel qu’avaient les protagonistes.
Autre débat de l’époque, le coût de fermeture d’une centrale nucléaire, quelques centaines de millions pour Marc Jancovici (à l’époque), quelques milliards pour d’autres. S’il fallait fermer FESSENHEIM de toute urgence, on aurait vite consommé les cinq milliards consacrés à la transition énergétique, sans avoir avancé d’un pouce.

Il m’avait également semblé que la promesse de campagne de François Hollande de faire passer la proportion d’électricité produite par l’énergie nucléaire de 75 à 50 % n’était pas sérieuse, préparée au doigt mouillé. Un ancrage initial non pertinent, aurait-on pensé, et maintenant que nous voyons que nous n’avons même pas pu fermer la centrale de FESSENHEIM, nous pourrions faire les ajustements nécessaires pour corriger cette erreur d’appréciation.
Ne pouvait-on faire au moins comme nos amis suisses, qui s’orientent vers la dénucléarisation, et qui pensent que les centrales doivent aller jusqu’au bout de leur temps de vie, sous un contrôle strict des autorités nucléaires. Et bien non, Corinne LEPAGE nous dit que la loi de transition énergétique et écologique d’août 2015 est une bonne base, sur laquelle il faut s’appuyer.

Nous commençons à avoir une idée de ce que coûterait la dénucléarisation de la production d’énergie dans toute l’Europe (10), quelque 225 milliards d’euros, C’est un projet centennal.

Quant à EDF, l’estimation du coût de la mise en conformité avec la loi de transition énergétique et écologique, qui sanctuarise les 50 % de production d’énergie électrique d’origine nucléaire, est  largement sous-estimée dans les chiffres officiels fournis par EDF. Elle  serait de l’ordre de 100 milliards à l’horizon 2030) (11)

Par ailleurs, il y a plus de cinquante centrales nucléaires en construction dans le monde, et nous avons une filière industrielle capable de produire les centrales les plus sûres au monde (après quelques aléas).

Enfin, il est nécessaire de créer une filière de démantèlement, qui fera besoin. Est-ce trop demander de donner une perspective à cette filière, plutôt que de passer son chemin en se bouchant le nez ?

Si nous voulions dénucléariser notre production d’énergie, il nous faudra de toute façon une source d’énergie permanente, associée aux énergies renouvelables, intermittentes. Même si nous voulions que la part de ces énergies renouvelables, 7 % au niveau mondial, monte à 17 ou jusqu’à 30 % un jour, il faudra une source de production constante (créer des centrales à charbon ?). Il est intéressant d’aller en Allemagne et en Suède, voir les difficultés de la transition énergétique, le coût colossal investi dans cette transition, 28 milliards d’euros par an pour l’Allemagne, sans avoir progressé beaucoup vers la décarbonation et avec un coût du KWH à 30 centimes d’euros contre 15 chez nous.

Pour le dire brièvement, nous n’avons pas les moyens de décarboner et dénucléariser en même temps notre production d’énergie. Ce qui est urgent, à l’horizon d’un quinquennat, c’est de lutter contre le réchauffement climatique.
Nous avons un budget un peu serré pour ce faire (5 milliards).

Investir dans les énergies renouvelables ? et  faire payer aux abonnés locataires des appartements HLM et aux entreprises, de par l’augmentation des tarifs de l’électricité,   les installations solaires des pavillons, en subventionnant  les installations des CSP + propriétaires de leur toiture ?  Notre budget n’est pas à la hauteur des enjeux et le résultat de 5 milliards d’euros investis dans cette aventure  serait epsilonesque.

Ou bien faire de l’isolation des logements une grande cause nationale, puisque nous savons qu’il y a entre l’Allemagne et la France, un différentiel de près d’un tiers dans la note moyenne de chauffage du simple fait du retard dans l’isolation des logements dans notre pays.
Alors, faut-il faire porter la charge des travaux d’isolation aux propriétaires immobiliers, les méchants rentiers ? Il ne nous a pas échappé que la disposition de la loi pour la transition énergétique et écologique d’août 2015, qui obligeait ceux-là à isoler leur habitation a été retoquée par le conseil constitutionnel.

On en vient donc à considérer le problème du logement dans notre pays, retracé dans un article récent du Monde (12), pénurie de logements, limitation de l’accession à la propriété pour les jeunes générations.

Et on se penche à nouveau sur les méchants rentiers propriétaires immobiliers, et on consulte un travail de la société FIDAL, de 2014 (13), qui pointe que la fiscalisation d’un investissement immobilier de 200 000 euros, exemple utilisé, pour un accédant à la propriété, est fiscalisé sur les dix ans de cet investissement, à hauteur de 56 %, contre 26 % en Allemagne, tous types de prélèvements fiscaux inclus. Quant à un propriétaire qui aurait la mauvaise idée de louer deux ou trois appartements qu’il posséderait, voire plus, il serait de plus  soumis à l’ISF, dont le principe est de fiscaliser la détention des actifs, et non pas les flux financiers qu’on en retire, archaïsme que nous sommes seuls à maintenir en Europe. Et si on ajoute à cela la taxation des revenus du capital, qui serait fixée à 30 % et qui viendrait s’ajouter (?) à la taxation précédente ? Je ne suis pas concerné, mais je me mets à la place d’un vilain investisseur-rentier, et je me dis que ce n’est pas demain que je ferais isoler mes logements. Le dispositif est même clairement désincitatif.

J’ai donc sagement écouté les professeurs et Corinne LEPAGE, dont je ne sais pas si elle représente, pour EM, l’évangile et ses prophètes en matière de transition énergétique, mais je n’ai rien entendu de toute cette problématique dans cette longue présentation.

Et puis, si on quitte ces deux exemples de politique sectorielle, c’est surtout, me semble-t-il, en matière d’arbitrages budgétaires entre politique de l’offre et de la demande, qu’il faut infléchir le programme et clarifier les enjeux, car c’est la condition sine qua non  de l’atteinte des objectifs de réduction du taux de chômage à 7 % en fin de quinquennat.

L’arbitrage qui semble s’imposer,  c’est de pousser les  feux sur  la reconstitution de l’appareil productif, la reconquête industrielle, et se fixer une ligne minimale pour la politique de la demande, qui serait le maintien du pouvoir d’achat des ménages les plus modestes, une sorte de statu quo en somme, avec des mesures ciblées sur les plus faibles.

Cette ligne minimale ne sera acceptée par  les français que s’ils comprennent le grand dispositif de stimulation de la croissance qui la justifie, et les bénéfices qu’on peut en attendre à terme. Ouvrir plus grandes  les vannes de la redistribution ne ferait que pousser les français à acheter les produits de nos concurrents.

Nous sommes instruits par l’expérience de 1983, où nous avions creusé nos déficits en distribuant du pouvoir d’achat aux citoyens qui ne pouvaient que se tourner vers les entreprises étrangères, du fait de l’insuffisance de l’offre du système productif français. On nous parle depuis des années du décrochage de compétitivité de nos entreprises, qu’on ne résoudra pas seulement par une réduction du coût du travail, mais par un investissement massif pour agir sur la compétitivité « hors-prix », montée en gamme, innovation, économie du savoir et de la technicité.

Cet investissement nécessite une orientation délibérée des ressources budgétaires disponibles vers la stimulation de l’offre. Ce que nous avions retenu  du cadre budgétaire global,  inspiré par Jean Pisany Ferry, c’est qu’il laissait des marges de manœuvre, dans le respect des engagements européens, mais qu’il fallait des arbitrages clairs en faveur de l’activité économique.

J’avoue être effrayé par le catalogue des «mesures pour améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs», qui sont de facto, de pures mesures de dépense fiscale, qui fleurent l’électoralisme le plus débridé. J’essaie d’en trouver qui aient du sens, dont on puisse attendre quelque chose en retour.

«Nous rétablirons les exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires». Veut-on en faire une incitation à « travailler plus », et alors les employés qui joueraient le jeu seraient gratifiés par cette exonération ? Est-ce une incitation aux gains de productivité des employés, qui pourraient considérer comme avantageux le fait de dépasser le cadre des 35 heures, mais cette incitation fait-elle besoin, plus encore a-t-elle du sens, au titre de mesure isolée ? Est-ce une pièce dans un dispositif de réduction du coût du travail, pour les heures supplémentaires au-delà des 35 heures ? Mais alors, il faut en faire bénéficier aussi les employeurs.

Dans le même temps on prétend vouloir renvoyer aux négociations de branche la possibilité de « banaliser » les heures travaillées entre 35 et 39 heures, ce qui pourrait aboutir à supprimer le taux de majoration de 10 % entre 35 et 39 heures et finir de contourner les effets pervers des 35 heures sur le renchérissement du coût du travail. Point ne serait besoin dans ce cas, de diminuer les cotisations sur ces heures supplémentaires.

Ce serait le dispositif Sarkozy, en somme, moins la défiscalisation, alors qu’on a glosé sur ce cadeau fiscal fait aux insiders de l’entreprise, sans effet bénéfique pour les entreprises et pour l’activité, et qu’on qualifiait de gaspillage d’argent public. On pensait que la messe était dite sur ce sujet.

« Nous améliorerons le pouvoir d’achat de tous les travailleurs, sans que cela ne revienne plus cher aux employeurs, Nous réduirons les cotisations payées par les salariés, par les indépendants et par les fonctionnaires : près de 500 euros supplémentaires nets par an pour un salaire de 2200 euros nets par mois !

 « Nous augmenterons le pouvoir d’achat des ouvriers, des employés et des salariés les moins bien payés. Tous les smicards qui bénéficient de la prime d’activité toucheront par exemple l’équivalent  d’un 13e mois de salaire, soit 100€ nets de plus chaque mois. »

 « Nous ouvrirons les droits à l’assurance-chômage aux salariés qui démissionnent.

Ce droit ne sera utilisable qu’une fois tous les cinq ans. En contrepartie, l’insuffisance des efforts de recherche d’emploi ou le refus d’offres raisonnables entraîneront la suspension des allocations ».

On entend dans cette énumération une coûteuse et résolue politique de la demande, sans qu’on puisse entrevoir autre chose qu’une aggravation du poids de la dépense publique, alors qu’on veut en même temps faire entrer le financement des indemnités du chômage dans le budget de l’état.

A cela, on doit ajouter la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages. C’est l’état qui prendrait le relais – en augmentant la dotation des collectivités locales ? Où est l’incitation des élus à maîtriser leurs dépenses, s’ils n’ont plus à redouter la sanction des urnes, devant des électeurs devant qui il suffira de prétendre que c’est l’état qui serre les cordons de la bourse. L’état finance et n’a pas le pouvoir d’orienter les dépenses des collectivités locales vers l’investissement et non pas vers le fonctionnement et l’entretien d’un collectif de fonctionnaires territoriaux pléthorique. Où est le reste du dispositif, qui a l’allure d’une reprise en main, étatiste, mais qui, faute d’aller jusqu’au bout d’une logique de clarification des objectifs, porte le risque d’un enlisement de la puissance publique ?
Tout cela aurait un très fort «coût d’opportunité» (ce que nous gagnerions en pouvoir d’achat nous le perdrions en marges de manœuvre budgétaires pour favoriser la croissance).

Il y a certainement de brillants esprits, « business-minded » qui ont passé au crible d’une évaluation économique beaucoup de ces mesures : quel objectif, quel retour sur investissement attendu, quel effet systémique, quelle priorité, quel calendrier, quelle interaction avec le cadre budgétaire global. Le petit marcheur que je suis maintenant, n’en perçoit pas grand-chose.

Et surtout, après cette profusion sur les travailleurs, pas grand-chose sur les “outsiders”, les hors-système, les fragiles, les handicapés, les parents d’enfants autistes,  les sécessionnistes des quartiers, pas grand-chose  pour leur donner espoir, et rien pour leur tracer une perspective. Rien sur les territoires abandonnés, les petites villes comme ALBI, décrite, le coeur serré par un journaliste du New York Times (14).

Emmanuel Macron ne devrait pas mettre sa main à couper pour défendre la pertinence de toutes les mesures de son programme. Il devrait rester En Marche !

  1. Le monde des Idées du Samedi 11 mars « la tentation centriste » de Gérard Courtois
  2. https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/limaginaire-historique-demmanuel-macron
  3. http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/?s=sant%C3%A9+
  4. http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/2014/02/16/reduire-les-depenses-de-sante/
  5. http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/wp-content/uploads/2012/03/Le-bilan-du-President.pdf  La réforme des hôpitaux
  6. http://lirelactu.fr/source/le-monde/05333793-0036-4d9f-b413-7e29b60df687        Le Monde du jeudi 9 mars ” Les fondamentaux à l’école à l’heure du débat”
  7. http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/2015/08/31/les-chemins-pour-lecole-dalain-juppe/   Le projets pour l’école d’Alain Juppé
  8. http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/wp-content/uploads/2012/01/Apprendre-sa-vie-durant.pdf   Apprendre sa vie durant
  9. https://www.youtube.com/watch?v=R5UX_cMnT-I
  10. https://www.lesechos.fr/04/04/2016/lesechos.fr/021816207151_nucleaire—l-enorme-cout-de-la-fermeture-des-centrales-en-fin-de-vie.htm
  11. https://www.lesechos.fr/04/04/2016/lesechos.fr/021816207151_nucleaire—l-enorme-cout-de-la-fermeture-des-centrales-en-fin-de-vie.htm
  12. http://lirelactu.fr/source/le-monde/a410f3ad-a5d8-4a2d-aba4-25cecd703
  13. http://fpifrance.fr/fr/content/etude-fidal-sur-la-fiscalite-immobiliere-en-europe-rapport-complet
  14. http://www.ladepeche.fr/article/2017/03/01/2526907-new-york-times-prend-exemple-albi-illustrer-lente-mort-centres.html