Comment peut-on être pro-européen ?

Il faut voir le reportage d’ARTE * sur les perturbateurs endocriniens et les enjeux majeurs de santé publique qu’ils  représentent, pour les générations à venir d’inaptes et handicapés neuro-psychiques que seront les enfants exposés à  la toxicité neurologique de ces produits.  Et pourtant, on vient tout juste, au niveau européen,  de se mettre d’accord sur la définition de ce qu’est un perturbateur endocrinien, en exigeant en même temps dans leur définition, que l’on comprenne le mécanisme selon lequel le produit exerce son  effet négatif  sur le développement du cerveau de l’enfant, mission impossible dans l’état des connaissances, fût-il prouvé cliniquement, sur des études épidémiologiques, que ces produits ont un impact  préoccupant. Une façon de rendre inopérante cette définition et de retarder l’identification même de ces produits, avant de parler de leur interdiction.

Autre sujet d’actualité, le   GLYPHOSATE, cancérigène reconnu maintenant de tous, malgré l’intense lobbying de l’industrie chimique et le conflit d’intérêt  pour ne pas dire plus,  de certains membres du collège des experts européens, voit son autorisation prolongée de cinq ans par la commission européenne, et nous ne pourrons pas nous-mêmes, tenir nos engagements d’arrêter son utilisation en FRANCE dans les trois ans. Comment d’ailleurs avons-nous pu prendre cet engagement (Je m’arroge le droit d’utiliser ce « nous » sans bien savoir s’il s’agit de parler au nom d’un collectif ou d’une volonté jupitérienne ?).  J’imagine le processus. Un conseiller ès santé publique se fait une opinion « disruptive » quant à  cette vérité que voudraient cacher les experts européens, à savoir la dangerosité du GLYPHOSATE. Il faut prendre une posture avantageuse et s’engager à ce que cesse ce scandale sanitaire. La « mesure » figure au programme.
Sauf qu’il n’y a  pas de plan B pour les agriculteurs, hors l’usage du GLYPHOSATE, sauf à utiliser des procédures beaucoup plus consommatrices en temps et en complexité, considérées  comme impraticables dans un contexte de compétition par les prix,  dans une économie ouverte, et d’invasion d’aliments  produits intensivement, hors de nos frontières, avec tous les intrants d’une agriculture intensive, dont le GLYPHOSATE,

Deux options s’ouvrent alors, l’une est l’arbitrage en faveur de la santé publique. Nous interdisons l’utilisation du GLYPHOSATE pour nos agriculteurs, en leur donnant trois ans pour effectuer cette « transition écologique » à marche forcée. Il faudrait alors interdire à ce même horizon la distribution en France, de tout aliment cultivé ou élevé dans l’environnement de cet herbicide nuisible pour les humains,  et traquer même sa présence dans toute  la chaîne alimentaire. Ce serait une mesure de protection pour la santé publique, qui pourrait bien être considérée comme protectionniste au regard des règles économiques du libre-échange et en porte-à-faux avec la réglementation européenne, mais qui à la fois représenterait  une opportunité pour les producteurs, qui verraient s’ouvrir un marché “bio”  important, protégé  et solvable (si on y met le prix) pour asseoir leur transition écologique.

Oui mais que diraient les industriels de l’agro-alimentaire, qui pèsent 9,3 Md € en termes d’excédent brut dans nos échanges commerciaux, troisième excédent commercial de la France, qui est le cinquième exportateur mondial derrière les USA, les Pays-Bas, l’Allemagne et le Brésil. Les exportations de notre industrie agroalimentaire se font majoritairement vers les pays de l’Union européenne, qui représentaient, en 2015, 63 % du total des exportations françaises. Pour nos « clients » européens, ces mesures ne seraient qu’une « protection déguisée » et seraient contestées.

On pourrait  toujours penser  que c’est un test pour notre souveraineté, une opportunité de manifester une volonté politique forte sur un sujet qui devrait faire consensus.
Force est de constater que dans ce monde globalisé, nous ne pouvons faire de geste fort sans être rappelé par les multiples liens de nos économies interdépendantes.

Nous pourrions même rêver  dans notre for intérieur d’un dirigeant aux idées simples –simplistes- qui « passerait à l’acte », (forme impulsive de l’agir, avec une dimension de violence et d’effraction) sur le modèle de ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique,  mais nous voyons bien que nous n’avons pas la « taille critique », avec nos 65 millions d’habitants, et que par ailleurs, notre collectif national est mou, pour le moins, qualifié par notre président lui-même, de syndicat de petits copropriétaires.

Faiblesse de la démocratie qui nous condamne à de petits gestes symboliques, fixer un objectif à 15 % des produits bio, contre 6,5 % actuellement, privilégier le bio dans les cantines, mais les enfants mangeront du Glyphosate et des perturbateurs endocriniens à la table familiale.

Un petit pas dans un voyage de mille lieues. C’est tout ce qui reste de l’affirmation selon laquelle  nous mettons en premier la « protection » des européens, dans notre échelle de valeurs. In fine, nous –collectivement aussi bien que nos dirigeants- n’avons pas la possibilité de nous opposer à la concurrence des « mieux-disants » mondiaux en termes de prix, les organisations et les pays qui méprisent ouvertement la protection des personnes et souvent  aussi leurs droits. Comme eux, nous mettons en premier nos intérêts économiques.

Une autre option serait de bien soupeser ce que le terme de « taille critique » veut dire, et de constater ce qu’un marché de consommateurs éclairés, de 500 millions de personnes à fort pouvoir d’achat, dans le premier ensemble économique du monde, peut  imposer des règles de protection des personnes.
Cela ne peut se faire sans la création d’un collectif européen sur ce sujet, une opinion publique européenne mobilisée autour de sujets qui ne devraient pas trouver d’opposants, sauf en termes d’intérêts économiques à ménager, mais pas au niveau des principes.

Bien évidemment, il faut aller plus dans le détail des marges de manœuvre qu’auraient ces grands exportateurs agro-alimentaires,  le petit pays plat, ou l’Allemagne des process industriels appliqués à l’Agriculture, qui ne pourraient pas quitter les modalités d’agriculture intensive, avec des intrants toxiques.

Mais nous qui pouvons, en France, du fait de la taille de nos exploitations, de la main-d’œuvre encore présente, évoluer vers des formes de production respectueuses, « écologiquement intensives », qui demandent plus de travail, pour se couler dans les processus de la nature, et éviter les intrants néfastes, nous qui ne sommes pas au plein emploi, et pourrions développer l’emploi dans la filière agricole, nous qui sommes intéressés par l’économie circulaire, par les circuits courts, dans nos terroirs, qui ne demandent qu’à se renforcer, et sont en demande de projets, nous pourrions, donc,  réclamer au sein de l’Europe, notre positionnement sur le segment de cette agriculture « haut-de-gamme », forcément plus chère pour le consommateur, mais qui serait le résultat d’un choix de société. Tout cela nécessiterait un « dispositif », avec tout d’abord une sorte de « Small Business Act », où l’état pourrait solvabiliser la production écologiquement responsable, en interdisant le non-bio dans les administrations, les hôpitaux, et dans toutes les cantines publiques, en subventionnant  les consommations alimentaires saines chez les personnes à faibles revenus, pour éviter la fracture alimentaire.  Nous l’avons bien fait pour la transition énergétique et la production d’électricité solaire. Ensuite, promouvoir l’information du public, avec un étiquetage contraignant (nous avons bien « le tabac tue », nous pourrions avoir « le Glyphosate donne le cancer », «  cet aliment contient des perturbateurs endocriniens, qui feront de vos enfants des handicapés mentaux »), information sur des réalités prouvées, qui serait suivie  à terme d’une  fiscalité différentielle pour les produits biberonnés au Glyphosate, pour atténuer le différentiel concurrentiel envers les produits bio, en diminuant l’écart de prix. Un vrai dispositif, aux multiples facettes, étudié dans ses conséquences, son impact, et pas une vague déclaration d’intérêt ou une « mesure » isolée, mal pensée, destinée à échouer, et à nous renvoyer l’image de l’impuissance publique.

Nous cherchons des grandes causes pour renforcer notre collectif national, c’en est une, un matériau de la religion civique que nous avons à construire.  Notre pays a été en pointe dans la promotion des droits, soyons les premiers dans la protection des personnes et la promotion du bien-vivre.

Nous cherchons un sujet pour militer au sein de l’EUROPE, en voici un également, pour répondre à ma question de départ, oui, nous devons être pro-européens. Nous avons néanmoins du travail pour contrarier l’ordre des choses. Nous n’entendons pas beaucoup parler de transition écologique et de protection des personnes au sein des instances européennes. Nous n’y voyons que l’idéologie du libre marché : La commission cherche à compenser le manque à gagner consécutif au BREXIT et envisage des coupes claires dans la PAC, qui feraient perdre 4,5 milliards aux agriculteurs français, et en même temps, ouvre toutes grandes les portes aux produits agricoles produits de façon non respectueuse. Pas question de vouloir financer en Europe,  la transition vers une  “Agriculture intensive écologiquement”, solution pour les bobos qui ne regardent pas le prix en faisant leurs courses, laissant  la malbouffe low-cost à ceux qui ne peuvent faire autrement (mais qui pourraient éviter les aliments pleins de sucres raffinés, les menant à l’obésité et au diabète).
Quant à l’information du public, même les labels sont trompeurs. En face du label «intégralement BIO », présence d’un label « Agriculture “raisonnée”, qui consiste en l’utilisation “raisonnée” des produits toxiques, qui suffit à endormir le consommateur.  Interdiction d’un étiquetage, qui, en apportant des informations non mensongères, constituerait néanmoins une distorsion de la concurrence.
Pieds et poings liés !

Que faire ?

Porter l’étendard de la santé publique, faire pression comme le font les lobbys, grossir le nombre des pétitionnaires pour l’interdiction du GLYPHOSATE (400000 signataires à ce jour) pour que ce soit un véritable courant d’opinion, amenant à prendre au sérieux la transition écologique.

Militer ensuite pour ne pas envoyer au parlement européen des « seconds couteaux » de la politique, des recalés des élections nationales. Il faut bien constater que la campagne électorale européenne ne bat pas son plein, qu’aucune personne n’émerge, aucune voix, comme celle des grands européens, Jean-Louis Bourlange, qui nous donnaient des nouvelles de  l’Europe. Aucun  grand parti ne « parle Europe », en profondeur, y compris le parti majoritaire,  qui se contente de distribuer des flyers sur les marchés, à défaut de produire un discours et une réflexion, sans même parler d’un grand projet européen, et à défaut de faire distribuer ces flyers par des candidats désignés aux élections européennes. Se préparer à l’action en tant que force politique au sein du parlement européen, avoir un dispositif, complet, (j’abuse sans doute de ce terme), en commençant par la désignation et l’enracinement des candidats aux élections européennes, avoir un collectif de candidats, qui se renforcent mutuellement et se préparent à leur fonction, un an avant l’échéance, est-ce trop demander ?

Enfin, la grande consultation en cours ou à venir sur l’Europe, où nous allons pouvoir « nous exprimer », sur le modèle de la démocratie participative, est-ce autre chose qu’un simulacre de débat ?

J’enfourche à nouveau mon dada, dont j’ai parlé à longueur de posts il y a quelques années, en pointant la différence entre démocratie participative et démocratie délibérative. J’ai  pu enrichir ma réflexion ces derniers mois,  en participant à la vie du parti par excellence, celui qui donne la parole aux citoyens et aux militants à travers des « boucles » sur TELEGRAM,  des séminaires thématiques, ou à travers des consultations citoyennes.  Il faut « faire remonter » des idées, des suggestions, dont certaines pourraient devenir des « mesures », tout cela donnant l’image d’une réflexion totalement éparpillée, partant dans tous les sens, et qui donne le tournis.
Surtout, rien ne « descend » du siège de LREM, et encore moins des cabinets ministériels ou des membres de la représentation nationale, qui embolisent les sièges du conseil national de LREM, et ne vont  sur le terrain que pour des représentations et des discours formels.
Aucun de ceux-là ne fait  réponse aux documents et mémoires produits par les  groupes de travail de base, et on ne sait même pas ce qui en est resté, transitant vers  ces notes synthétiques (en une page), cet apurement, cette décantation, dont il ne reste plus qu’une petite fumée de mots, un paragraphe, une petite séquence regardée distraitement, un écho probablement importun, pour ces décideurs très occupés, qui ne passent du temps qu’avec les experts et ne descendent pas dans l’arène du débat démocratique, y compris à huis clos, et y compris dans le parti de gouvernement (ou peut-être au « QG »).

Délibérer, c’est  faire des itérations, faire « descendre » les fameuses « mesures »,  et les soumettre au feu des remarques citoyennes, à l’expertise des gens de terrain, à la sagesse des foules, pour constater que certaines de ces mesures, sortant toutes faites de petits cénacles, sous forme de projets gouvernementaux, et bientôt  soumises à la représentation parlementaire, auraient été  carbonisées par le débat citoyen, et n’auraient jamais dû rentrer  dans la sphère publique, sauf sous la forme d’une délibération citoyenne assumée. J’évoque ici par exemple,  l’annonce d’un arrêt du GLYPHOSATE dans les trois ans, impossible à  mettre en oeuvre, exposant encore une fois à un piteux renoncement, à une impression d’impréparation et in fine, à l’impuissance publique.

 

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