La durée légale du temps de travail, un combat d’arrière-garde ?

Est-il permis à un simple citoyen, rouage infime de la grande machine économique de réfléchir aux propositions du candidat François FILLON, ancien premier ministre, abondé dans sa réflexion par 400 experts ?
Le doute s’est en effet instillé dans l’esprit de bien des observateurs, et dans le mien, sur la vérité, véracité, sincérité, cherchons le terme, de certaines propositions du candidat à la fonction suprême, ou, perception tout aussi péjorative, sur l’intelligence ou la considération des situations concrètes qui suivraient un blanc-seing donné par la nation pour mettre en œuvre ses propositions.
Je crains quant à moi que ce ne soit pas la frugalité, le souci de l’efficacité économique, et l’économie de moyens qui aient présidé à la proposition de revenir sur les 35 heures, mais une surenchère délétère qui risque d’amener la nouvelle majorité à s’enliser dans une guerre de tranchée et remobiliser contre elle la vieille garde revigorée de la gauche archaïque.
On peut aujourd’hui se forger une opinion simple au sujet du temps de travail. Point numéro un, nous avons à peu près dans tous les pays européens une durée effective hebdomadaire du travail voisine, voire identique, approchant les 39 heures, sauf dans la fonction publique, où elle est souvent inférieure aux 35 heures. Point numéro 2, c’est un acquis social, une sorte de droit à travailler moins, et il faut de bonnes raisons pour revenir sur cet acquis. Point numéro 3, la gêne apportée aux entreprises par cette réduction du temps de travail consiste en un alourdissement du coût du travail, car, avant toute chose, les 35 heures, c’est un seuil de déclenchement des heures supplémentaires. Au-delà de 35 heures, le travail coûte plus cher à l’entreprise.
La solution la plus « frugale », et économe de moyens, est de poursuivre l’évolution actuelle, et de placer à 39 heures le seuil de déclenchement d’une majoration de la rémunération horaire du travail. Il y aurait des heures supplémentaires payées au taux de base de 35 à 39 heures, et une majoration significative à partir de 39 heures.  Conservons à 35 heures la durée légale du travail, c’est à dire le droit pour ceux qui le désirent de choisir cette durée de travail, tout en laissant la possibilité aux accords de branche de déroger à cette règle, là où cela s’impose de fixer pour tous les employés d’une branche, une durée de travail plus élevée. Nous voyons déjà les heures supplémentaires entre 35 et 39 heures affectées d’un taux de majoration de plus en plus modeste. Il n’y a qu’à compléter le mouvement actuel.
Passer aux 39 heures pour tout le monde, (payées 35 heures de surcroît), ou se caler sur le filet de sécurité européen des 48 heures pour ce qui devrait figurer dans le  code du travail, et déléguer aux branches les accords sur le temps de travail, cela pourrait sonner à certaines oreilles comme un propos churchillien, mais c’est une proposition inutile, inapplicable, et dangereuse.
Faire de cette mesure un marqueur d’une politique économique, c’est tout simplement mener un combat d’arrière-garde, et occulter les vrais sujets, alors que 70 % des embauches se font actuellement en CDD et que l’ubérisation de l’économie progresse et présente de nouveaux défis, imposant aux politiques de penser ce que le travail est en train de devenir.

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