Transition écologique

Une journée de flânerie, pour moi, ce samedi ensoleillé, où il eût fallu se résoudre à sortir dans les bois, ce que je ne me suis décidé à faire que dans l’après-midi.
Regarder, donc, le beau ciel pur par la fenêtre, à l’heure du café matinal, dans ma cuisine. Le fond sonore était l’émission de Caroline Broué *, la matinale du samedi, sur FM 93,5 MH (je la capte aussi sur 98 dans mon coin perdu de l’Essonne). Une voix bien scandée, qui m’est familière, et ce n’est qu’en rédigeant ce post et en cliquant par hasard sur « images » dans Google que j’ai découvert son beau visage, mais je ne veux pas m’y arrêter et préfère ne percevoir que cette belle conversation avec son invité, Bruno Parmentier **, spécialiste de l’agriculture. Je prends au passage quelques notions sur les changements en cours dans nos façons de manger, sujet comparé par l’invité à l’exception culturelle française. C’est une bonne façon d’entrer dans le sujet de l’agriculture que de parler de nos façons de manger, et du budget que nous y consacrons, en France, 14 % du budget des ménages, 9 % en Allemagne, 7 % aux USA. Manger pour vivre, un morceau de jambon carré, dans un sandwich de même forme, ingéré devant son ordinateur, ou s’adonner au plaisir de manger, y consacrer un peu plus de temps et un peu plus d’argent, tel est le choix que nous avons devant nous. Allons-nous ingérer notre vie durant, notre dose quotidienne de pesticides et produits phyto-sanitaires, et préparer sagement notre petit cancer, en ingérant distraitement les produits d’une agriculture de plus en plus intensive, aux intrants toxiques (merci MONSANTO), délivrant des extrants tout aussi toxiques, à une industrie agro-alimentaire, constituant la filière de la malbouffe bon marché ?
Si nous voulons préserver notre exception alimentaire, partagée avec les pays latins, il faudra lutter contre cette terrible entropie, qui fait de nous des instruments jusque dans notre façon de manger. Il faut voir en face cette aliénation rampante, et corriger les « imperfections du marché », comme disent les économistes.
La nourriture est-elle une marchandise comme les autres ?
Le politique doit répondre par la négative, et voir ce sujet comme un domaine de souveraineté nationale, pas moins. Le citoyen doit s’en saisir, dans les médias, à l’école, dans les cantines, lorsqu’il va faire ses courses, et se donner les moyens d’organiser une défense civile. C’est un sujet de la subsidiarité nationale, contre la machine européenne à produire des normes, nous menant vers notre malheur, vers l’univers aseptisé et inhumain de la concurrence pure et parfaite. Puisque nos voisins européens semblent diverger, dans leurs mœurs, nous avons la responsabilité de constituer notre propre modèle, et tout d’abord favoriser, par nos choix de consommation, quand nous le pouvons, cette agriculture « résiliente », qui ferait le choix de la qualité. Manger de la viande cinq ou six fois par semaine, et des portions de 100 grammes au lieu de 150, sans écorner notre budget, cela permet aux agriculteurs de gagner leur vie et de nous servir de meilleurs produits.
A quand une éducation à la nourriture, dans les écoles, dans les cabinets des médecins, dans les médias, dans les entreprises ?
Manger différencié, y consacrer du temps et de l’argent, ériger cela en modèle, en façon de vivre, tendance, « fashion », cinq ou six couleurs dans l’assiette, diminuer les quantités, augmenter la qualité. Utiliser sans vergogne le marketing social, la communication d’état, et faire de ce sujet une grande cause nationale. Trouver un modèle transversal, infusant toute la société, pour créer une demande.
C’est ce modèle pour le futur et déjà pour le présent de l’agriculture, que Pierre Hivernat ***, nous propose sur son site « alimentation générale » appel au droit de bien manger, avec un appel à militer sur le site du journal Libération.
Et l’offre de ces produits alimentaires ?
Bruno Parmentier développe la belle image d’une agriculture « écologiquement intensive », aux processus sophistiqués, aidant le sol à produire, sans plus labourer et arroser les sols de produits chimiques, en tuant tout ce qui vit, pour y laisser survivre les semences génétiquement modifiées. Rejeter ce kit mortel pesticides-agents phytosanitaires-semences sélectionnées, et retrouver la sophistication de la vie. Cultiver 365 jours par an, diversifier les plantes, planter des arbres, et utiliser les animaux dans la filière de la culture, c’est le beau projet que nous avons à porter pour accompagner la mutation des 480 000 exploitations agricoles françaises.
Plus de labours, et une agriculture intensive en processus écologiques, et non plus en intrants mortifères. Proposer aux consommateurs un processus, intensif en savoirs-faires, en main-d’œuvre, en ingéniosité, et favoriser les circuits courts.
J’ai prolongé dans ma rêverie de ce beau samedi, les façons dont nous pourrions donner une réalité politique à cette belle idée, et je me suis demandé comment l’accompagner, en ce moment d’offre surabondante de programmes politiques.
Favoriser les circuits courts.
Susciter les entrepreneurs pour multiplier les AMAP, en les subventionnant, sous réserve qu’ils respectent une charte.
Mobiliser les chômeurs pour un service national de la production de nourriture, comme contribution en échange des revenus de subsistance qui leur sont alloués par la société.
Préserver les terres arables et potentiellement exploitables au sein du tissu rurbain, entourant les métropoles et mettre en culture les parcelles ainsi préservées.

Et dans les supermarchés, n’accepter de faire ses courses que là où figure la provenance des aliments qui sont mis à la vente, quatre pastilles de couleur différente, une couleur pour la production locale, à moins de 100 kilomètres, de producteurs respectant une charte, et méritant à ce titre un signalement au consommateur, une autre pour la production nationale, respectant cette même charte, et deux autres, enfin, pour les productions intensives-industrielles-bon marché, nationales et non nationales.
La réglementation nous en empêche ? Votons une loi le permettant, nous arrogeant cette dérogation pour exception culturelle que nous avons su négocier avec l’Europe pour d’autres productions culturelles. Il ne s’agit pas d’une entrave tarifaire à la concurrence, puisque ces produits sont librement accessibles, mais il s’agit d’informer le consommateur et de lui permettre un choix éclairé.

Je suis ensuite tombé sur la livraison du monde de samedi, sur mon iphone, et je me suis arrêté sur l’article « Cancers au travail : Bruxelles complice de l’industrie »****.
Le constat, c’est que 100 000 personnes meurent chaque année en Europe des suites d’une exposition à un produit cancérigène dans l’exercice de leur métier. Les normes européennes d’exposition sont laxistes, la SCOEL, comité scientifique, est constituée d’experts, dont les liens avec l’industrie chimique, et donc les conflits d’intérêt sont visibles comme le nez au milieu de la figure, et la commission européenne ne peut pas ne pas le voir. Mardi 28 février, le parlement européen examinera une proposition de modification de sa directive sur la protection des travailleurs, qui est qualifiée par le Monde «d’autorisation de tuer ». Quinze substances sont examinées dans ce projet d’évolution de la directive européenne, dont on citera le Chrome hexavalent, dont les seuils d’exposition tolérés dans les normes européennes sont 25 fois supérieurs aux normes françaises. La santé des travailleurs de l’industrie est une variable d’ajustement pour la compétitivité de la grande industrie, (allemande surtout). La commission est corrompue (?), le mot est peut-être un peu fort, ou du moins effectue sous le voile d’ignorance, sans mandat électif des citoyens, des compromis, des «trade-offs » comme on dit chez les stratèges des grandes industries, entre les intérêts industriels, dont une des variables est probablement la préservation de l’emploi en Europe, et les victimes collatérales, qui paieront de leur vie cet « arrangement ». Le parlement européen aura le choix entre promouvoir les nouvelles normes, où les refuser, c’est-à-dire rester à des normes encore moins favorables.
Le parlement ne connaîtra pas la réalité des coûts induits au sein des entreprises pour modifier leurs «process» industriels, afin de respecter des normes plus sévères, préservant la santé de leurs employés. Il ne saura pas s’il s’agit simplement de diminuer un peu la rétribution des actionnaires ou de remettre en cause la capacité même de continuer à produire en Europe, et alors, il faudrait sous-traiter ces productions dans des petits Bohpals exotiques, sans explosion autre que l’épidémiologie des cancers, sans exposition médiatique. Les puissants lobbies industriels sont à l’œuvre à Bruxelles, sous la houlette de l’inusable Monsieur JUNCKER, qui sût aménager des arrangements avec les principes moraux, pour aménager activement une fiscalité dévoyée lorsqu’il était aux affaires au Luxembourg, et qui continue d’endosser ces petits arrangements avec la morale.

Etonnons-nous que les populistes ne fassent leur miel de ces pratiques.
Quant à moi, je reste europhile, et partisan d’une intégration budgétaire et fiscale entre les pays du noyau dur de l’Europe, mais je suis persuadé que la France a une responsabilité particulière, et doit peser de tout son poids pour redéfinir la subsidiarité, en mettant en premier la qualité de vie des citoyens, et la protection de leurs cultures ancestrales, quitte à limiter les prérogatives du grand marché unifié, à la concurrence pure et parfaite, qui est l’idéologie dominante chez les technocrates européens.

*https://www.franceculture.fr/emissions/la-matinale-du-samedi/jacques-darriulat-bruno-parmentier

**Le blog de Bruno Parmentier http://s365327531.onlinehome.fr/

*** Pierre HIVERNAT http://alimentation-generale.fr/auteur/pierre-hivernat

****http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/02/24/cancer-au-travail-bruxelles-complice-de-l-industrie_5084643_3244.html

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