Une ligne claire face au Front National ?

L’UMP est un parti de droite. C’est donc son président qui expose devant l’opinion la ligne politique d’une « droite décomplexée, avec un message d’autorité sur le régalien, de courage sur l’économie, et de solidarité sans complaisance avec l’assistanat »

Il apparait néanmoins que les choses ne sont pas aussi carrées qu’il y parait,  à  entendre  les voix qui s’expriment, celle  de Bernard ACCOYER, notamment, pour demander « une ligne politique claire », constatant que «  Si personne à l’UMP n’imagine d’alliance avec le FN, il y a des positionnements différents et cela nuit à la crédibilité de notre parti ».
Pour l’observateur extérieur que je suis – hors les Limes reculés de l’empire de la rue de la Boëtie, plus loin même que le périphérique, dans le pays profond, à la base de la base – et qui ne perçoit que des échos, des bribes de ce qui se dit – nous sommes toujours dans la continuité du mouvement de droitisation, assumée comme un positionnement d’avant élection présidentielle, et qui vit toujours sur sa lancée.

Il faut constater que la distance idéologique entre les tenants du flirt avec Marine et du repli sur les valeurs patrimoniales d’un coté, et les nostalgiques de la période flamboyante du travailler plus et de la France énergique et ouverte, de l’autre coté, constitue une vraie ligne de clivage au sein de l’UMP, et qu’il faut l’assumer comme telle.

Il est difficile d’espérer une synthèse entre ces positions opposées, qui ne serait autre chose qu’une glaciation, ou un exercice de style, sur le modèle des formules creuses, qui ont égrené la vie du parti socialiste, et dont François Hollande a été le maître d’œuvre pendant dix ans. On voit maintenant à quel point cet exercice l’avait préparé à exercer le pouvoir.

Dans mon post précédent sur le bilan de la dernière partie du quinquennat de notre président et de la  période pré-électorale, je  regrettais que le président NS, notre président, sous l’impulsion de ses conseillers, ait tracé artificiellement la ligne de clivage que l’on sait, sur laquelle il a bâti sa campagne et récolté la défaite. Je persiste à penser qu’il était artificiel et malencontreux de tracer cette ligne de la droitisation pour départager les candidats à l’élection présidentielle, alors que les enjeux étaient ailleurs, comme nous le confirme chaque jour l’actualité des fermetures d’usines et du chômage de masse. J’aurais préféré garder jusqu’à la fin du quinquennat le président du pouvoir d’achat et du travailler plus, et que la droitisation soit accessoire, mettant en premier le «  courage sur l’économie », qui était le seul vrai  chantier, dont il fallait faire les plans, bien loin devant « l’autorité sur le régalien, et la solidarité sans complaisance, etc.. » qui ne sont que des diversions sur lesquelles la gauche a été élue, et sur lesquelles prospère le Front National.

Il y a une grande différence néanmoins entre notre président-stratège, traçant sur le sable la ligne de la droitisation, pour organiser sa campagne de conviction, ce qui est un acte de positionnement volontaire, et la ligne de clivage idéologique, qui traverse l’UMP, qui ne résulte pas de la volonté d’un homme ou des responsables de l’appareil, mais semble plutôt les prendre à revers. Le parti apparait comme un organisme fracturé, perdant sa capacité d’initiative comme un blessé sur le bord de la  route.

Que faut-il faire pour consolider cette fracture ?

Tout d’abord, il faut faire le constat de nos différences, au sein du même parti, et se rappeler que l’UMP est un rassemblement de courants, qui constituaient des partis distincts.

Pour l’instant, nous ne voyons et n’entendons que la droite forte, mais pour autant son discours est inaudible devant le pays, sa force de proposition inexistante, aimantée de façon criante par « l’angoisse obsessionnelle du FN » ( Bernard ACCOYER, toujours), et peut-être la fascination qu’on éprouve devant un précipice.
Cette force de proposition d’un grand parti de gouvernement, nous ne la récupérerons que si nous sortons de ce champ magnétique paralysant.

Bien des concepts et des images me viennent, en pensant à la tâche exaltante qui pourrait être celle des responsables de ce parti.

Il faut clairement demander à la Droite Forte de prendre position sur un axe « ami-ennemi », à l’intérieur et à l’extérieur de l’UMP.

S’il s’agit pour eux de se situer dans la surenchère ou l’accord implicite avec les propositions de l’autre camp, nous allons vers la porosité et la désagrégation de leur courant, et la mise en péril de l’ensemble de l’édifice UMP.

Et puisqu’ils sont au contact, sur cette frontière, c’est à eux de nous faire des propositions, et de nous convaincre qu’ils sont plutôt légitimes à se trouver de ce coté-ci  de cette frontière, et pas de l’autre.

S’il apparait que les problèmes du communautarisme, de l’immigration, de la sécession des quartiers – symétrique à la «  sécession des riches », qui seule occupe le discours socialiste – sont bien des réalités, il ne faut pas en rester à la similitude des constats, et mettre rapidement en avant la différence des solutions proposées.

Il est désastreux que nous apparaissions comme situés sur la même échelle de l’islamophobie, à la position 2, alors que le FN serait à la position 5.

Il est urgent que nous disposions d’une «  boite à outils » pour installer la dialectique de l’ami-ennemi avec le Front National,  en nous situant sur deux pôles différents et opposés.

Pour ce faire, il faut se laisser guider par deux principes forts, d’une part le principe de réalité, qui est le viatique d’une droite réaliste, et d’autre part la générosité.

Le principe de réalité, tout d’abord, quant à l’immigration.  Comment ne pas voir ce petit peuple des travailleurs originaires du sud de la méditerranée, qui se lève encore plus tôt que ceux qui se lèvent tôt, pour nettoyer les bureaux et les usines, et tous ceux, issus de l’immigration,  qui occupent une place dans la société, d’employé, éboueur, médecin, ingénieur. Il faut faire le constat de la réussite de l’intégration pour la grande majorité des personnes issues de l’immigration.

Il faut également examiner très concrètement le grand n’importe quoi de la politique d’immigration, où on s’est efforcé jusqu’à présent de fermer la porte, avec le succès que l’on sait. Quant à aller rencontrer ces masses d’immigrés économiques, parqués dans les quartiers, sans aide à l’intégration, aucun politique ne s’y risque sans dommage.

C’est le schéma de régulation qui est donc défaillant, comme le disent les personnes concernées : «Vous nous accordez une protection sociale, et vous ne nous demandez rien en échange».

Le nouvel arrivant ne peut s’intégrer dans la  culture de son pays d’accueil, qui se dérobe, avec laquelle il ne parvient pas à avoir de contact, en dehors de ce guichet, devant lequel il se présente pour obtenir sa subsistance. Comment s’étonner qu’il fasse sécession, tout naturellement, bien loin de cette mixité, et de l’univers multiculturel prôné par TERRA NOVA.

En opposition avec ce modèle utopique de la gauche, où la mixité, le métissage, et l’intégration, sont supposés se faire tout seul, et le rejet massif et indistinct des immigrés, prôné par le FN, il faut trouver une troisième voie.

Là encore, c’est vers la société libérale du contrat, passé avec le pays d’accueil, qu’il faut chercher. La notion de contrat sous-tend une confiance réciproque et l’engagement de deux parties.

J’avais proposé dans un de mes posts pré-campagne, une idée, que j’ai également vue évoquer par NKM, et qui est celle de la réciprocité, idée que l’intégration doit être un processus de don réciproque, toute attribution de revenus d’assistance devant être sinon conditionnée, du moins accompagnée d’un don inverse, de temps de formation, de temps à des tâches d’intérêt collectif.

J’avais qualifié cette force de travail, associée à celle des chômeurs de longue durée d’ «armée de réserve de l’économie », sur des chantiers non solvables ou non finançables, qui sont légion, ce qui augmenterait considérablement un PIB non comptabilisé en espèces trébuchantes, mais en contributions au bien-vivre dans notre société.

Intégrer, c’est demander au nouvel arrivant d’exister dans l’espace public par sa contribution, en échange d’une assistance.

Autour de ces idées, créer un courant d’adhésion à l’UMP, où les militants, voire de nouveaux militants  « mouilleraient leur chemise » sur cette nouvelle frontière. Le parti développerait un «  activisme social », loin des incantations.

Une manœuvre défensive et tactique tout d’abord, pour construire nos désaccords avec le Front National, puis une grande initiative propre à préparer nos retrouvailles avec le pays profond.

 

 

 

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